Lieutenant à bord de l’Hermione: le journal d’Antoine Faure

Le journal d’Antoine Faure lors du périple de la célèbre frégate sur les pas du Marquis de Lafayette durant l’été 2015.

Embarqué comme lieutenant navigation à bord de l’Hermione, Antoine Faure nous livre un récit d’aventures original, précis, un brin décalé avec une bonne dose d’humour de ces mois passés à bord de la frégate.

Mais c’est surtout le regard d’un passionné de voile doublé d’une solide expérience acquise dans la marmar qui rend son récit attachant et vrai, loin des standards que nous imposent trop souvent la littérature d’aventures maritimes écrite bien au sec sur un quai de Seine au pied de la tour Eiffel.

À 18 ans, Antoine Faure intègre en 2002 l’Hydro de Marseille. Jusqu’en cinquième année, il embarque comme élève puis officier à bord des gaziers de GéoGaz : Jeanne Marie, Summit Terra et René. Il y acquiert l’exigence et la rigueur nécessaire à ce type de cargaison, tout en découvrant les joies d’escales sympathiques.

IMG_4334

En 2010, DESMM en poche, il part à la recherche d’autres navigations dans un marché du travail déprimé. Finalement après avoir transporté du GPL, Antoine Faure se retrouve chez Gazocéan à bord de méthaniers GNL, Provalys et GDF Global Energy. Le travail à la machine était particulièrement curatif en raison des problèmes de jeunesse rencontrés par ces navires, notamment des phénomènes vibratoires à l’origine de nombreux dysfonctionnements.

« À la naissance de mon second enfant, sur une proposition du port de Bordeaux, j’ai rejoint le dragage de la Gironde, pour une navigation complètement différente me permettant de privilégier la vie familiale ». Changement complet de style de navigation, bien loin de la technicité du gaz et de l’excellence demandée à bord des méthaniers.

Originaire de la région de Royan, habitant toujours en Charente-Maritime, Antoine Faure a tout naturellement baigné très jeune dans l’aventure de la reconstruction de l’Hermione entreprise par une bande de bénévoles passionnés et qui a duré 17 ans. Passionné de voile et de mer, il passe sa jeunesse sur le plan d’eau de La Rochelle, d’écoles de voile aux compétitions, régates et autres courses sur tous types de voiliers.

À chaque recherche d’emploi, Antoine Faure adresse son CV à l’association qui gère l’Hermione, sans grand succès. «  En 2014, je pensais que l’équipage était déjà recruté, que je loupais le coche. Je n’imaginais pas que l’Hermione puisse partir sans moi. Assouvir ses passions pour la mer et la voile en associant son expérience d’Hydro à l’aventure de l’Hermione, il n’y a pas mieux… J’ai finalement été assez convaincant, pour rejoindre l’équipage de l’Hermione le 1er juillet 2014 ».

Il participe alors au neuvage de la frégate, aux essais, à la logistique et à la préparation du voyage vers les États-Unis. Puis c’est le départ, fortement médiatisé avec la visite de François Hollande à bord, vers les Canaries puis les côtes américaines. C’est l’aventure fort bien racontée dans ce livre.

Aventure nautique avec l’agréable surprise de manœuvrer ce vaisseau de 50 mètres et de 1000 t de déplacement, comme un navire de voile légère. Comportement à la mer hyper rassurant, même dans des surfs sur la houle du retour vers l’Europe où le loch dépasse les 13 nœuds. «  Il aura fallu que j’embarque sur une frégate du 18ème pour battre mes records de vitesse à la voile ».

IMG_1894

Aventure humaine avec un cocktail détonnant d’une quinzaine de marins professionnels (5 officiers et 10 marins) encadrant 56 bénévoles d’une diversité incroyable qui se sont préparés depuis un an : cordistes, pompiers, infirmiers, étudiants, informaticiens, retraités, et même tatoueur. Il faudra toute l’énergie et l’humour de certains, associés aux ajustements de la transat aller, pour atteindre un certain niveau de cohésion.

Rencontres improbables, comme «  Cette vieille américaine qui lors de l’accostage à Annapolis vers 05 h du matin nous attend sur le quai avec un minibus qu’elle a loué pour emmener l’équipage profiter de sa splendide maison avec piscine, en remerciement d’avoir sauvé les États-Unis deux siècles plus tôt ». Déception de constater la disparition d’un mythe : « La Morue Joyeuse » à Saint-Pierre et Miquelon.

Antoine Faure nous offre un regard particulièrement enthousiaste sur cet embarquement si particulier. À lire rapidement et à offrir aux jeunes tentés par la carrière d’officier de la marine marchande.

« Vivre la mer joyeusement semble être sa devise » comme l’indique Didier Mauriac dans la préface.

Publicité