Navigation dans les glaces à l’ENSM de Marseille

Par Isabelle Daumas

Malgré les difficultés qu’elle traverse actuellement, l’ENSM a le mérite de poursuivre son développement, notamment au niveau des simulateurs : le lancement, sur le site de Marseille, d’un nouveau stage via l’ajout d’un logiciel « glace » dans l’actuel simulateur de manoeuvre est une preuve de l’esprit d’adaptation et d’innovation de l’École.

En août dernier la Compagnie du Ponant, armateur des sublimes Boréal, Austral, Soléal et Ponant se rapprochait de l’école afin de développer une formation manoeuvre adaptée à la navigation dans les glaces. Le stage initial déjà existant (« navigation dans les eaux resserrées et manoeuvres dans les ports ») proposé par l’ENSM et se déroulant sur trois jours est constitué d’exercices-type dans des endroits aussi variés que le Détroit de Malacca, le Canal de Suez ou les ports de Gibraltar, Hambourg, Pusan, Singapour… Le stage n’est pas validant STCW mais est utilisé par de nombreux armateurs pour parfaire la finesse des officiers à la manoeuvre ou permettre aux jeunes officiers d’acquérir les principes élémentaires de manoeuvre, avant même de les vivre à bord. Pour la Compagnie du Ponant, le Commandant Lemaire, et pour l’ENSM, le Professeur de l’enseignement maritime Hervé Baudu, ont travaillé conjointement sur le simulateur « full mission » de l’école (simulateur à vision panoramique) pour construire un stage de trois jours basé exclusivement sur la navigation dans les glaces. Ou plutôt entre les glaces.

« L’idée n’est pas tant de naviguer dans les glaces mais d’éviter celles-ci » dit Hervé Baudu, « de savoir reconnaitre les situations risquées, d’éviter les growlers*, de comprendre les courants spécifiques des zones arctiques et antarctiques ». Le Commandant Vielfaure, Directeur de l’Armement et d’Exploitation de la Compagnie du Ponant précise quant à lui que cette formation a été non seulement créée pour les Officiers aguerris à cette navigation afin de s’entrainer à des situations nouvelles ou difficiles mais aussi de permettre aux lieutenants n’ayant pu acquérir cette expérience, somme toute unique, d’être formés spécifiquement avant même d’embarquer. Neuf exercices complets ont ainsi été élaborés pour la Compagnie du Ponant. Une douzaine d’officiers par an au minimum devraient bénéficier du stage.

INAUGURATION

Nous sommes le 21 octobre, journée officielle de lancement de la formation. Devant moi un commandant, un second, j’entends des ordres de barre…, le rêve opère, même dans le simulateur. Icebergs, growlers, courants, pétole, mer forte, grains, tout y est. Et malgré la démonstration dans des conditions météo qui commencent à rendre légèrement nauséeux les moins marins d’entre nous, nous rêvons tous d’y être. L’Antarctique ! La destination semble réunir marins et terriens, la Compagnie du Ponant aurait pu avoir des bulletins d’inscriptions, nous  aurions tous signés ! Une journaliste demande « mais comment faisiez-vous avant ? » Avant, les marins y allaient quand même mais, non, ce n’était pas mieux. Le progrès n’est pas l’ennemi de la marine bien que quelques vieux marins le croient encore. Le sens marin n’est bien sûr pas un mythe et ici, encore plus, les officiers doivent savoir l’utiliser à bon escient. Ce que leur apportent cesexercices est une facilité d’appréhension du danger possible ou tout simplement la connaissance des conditions qu’ils vont trouver une fois en mer. Le modèle-navire utilisé est celui de l’Austral et le Commandant Lemaire dira que le simulateur reproduit parfaitement les réactions de son navire. Le partenariat signé est donc une belle réussite de collaboration entre un armateur et l’ENSM.

Découverte ou aventure ?

Lire la suite en page 25 du N°221 de la revue Jeune Marine

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