Quand le cinéma inspire la capture de pirates, version histoire belge.

Le cinéma américain qui s’inspire de la piraterie somalienne, avec la sortie du film où Tom Hawks interprète le rôle du Commandant du Maersk Alabama, peut aussi donner des idées à ceux qui sont chargés de lutter contre cette délinquance en haute mer.

La Belgique vient ainsi de réussir une formidable opération d’intoxication et de neutralisation en arrêtant, le 12 octobre 2013, à leur descente d’avion sur le tarmac de l’aéroport de Bruxelles Mohamed Abdi Hassan, dit « grande gueule » et son bras droit Mohamed M.Aden, alias Tiiceey, ex-gouverneur de la région d’Himan-et-Heeb.

Cette arrestation illustre la nouvelle stratégie du parquet de Bruxelles qui veut s’attaquer aux commanditaires et pas seulement aux pirates arrêtés par les navires de guerre occidentaux. Ces derniers ne capturent que de simples pêcheurs reconvertis dans cette activité plus lucrative que l’halieutique.

Afweyne et Tiiceey avaient annoncé le 9 janvier 2013, lors d’une conférence de presse leur abandon de la piraterie (Voir JM 217 p10). Mais ils restaient sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Installés à Adado, protégés par leur milice, particulièrement méfiants, persuadés de n’être jamais extradés, ils poursuivaient tranquillement leurs business.

La police judiciaire belge a alors imaginé un scénario pour les faire sortir de Somalie.

S’inspirant du film Argo, qui retrace l’exfiltration d’Iran de diplomates américains en 1979 sous la couverture d’une fausse équipe de tournage, elle a envoyé, sous couverture, des agents en Somalie, pour proposer à Tiiceey d’être conseiller technique pour une maison de production devant réaliser un docu-fiction sur la vie d’un chef pirate somalien.

Après plusieurs mois d’approche et de négociation, les agents belges se montrèrent très convaincants en faisant miroiter une notoriété internationale et la promesse de contrats juteux. Ils quittent finalement ensemble leur fief pour rejoindre le Kenya et embarquer sur un vol Nairobi-Bruxelles. Pensant être attendus par le producteur de films, ils ont eu droit à un accueil expéditif, présentés devant un juge d’instruction le 15 octobre et inculpés pour l’attaque de la drague belge Pompeï, le 18 avril 2009.

La drague fut libérée le 28 juin 2009, après le parachutage d’une rançon payé par l’armateur. Son équipage était composé d’un Commandant hollandais, deux officiers belges, trois Philippins et quatre Croates. Il a fallu exactement 171 contacts avec les pirates pour ramener la rançon de 8 millions de dollars à 2,8 millions de dollars.

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