Un Hydro perdu dans le désert ( mise à jour 2 mai 2013)

La tragique prise d’otages du site gazier algérien d’In Amenas en janvier 2013 a révélé la présence supposée parmi les preneurs d’otages d’un Français. En effet les autorités algériennes ont retrouvé un passeport français n’appartenant pas aux employés français présents sur le site. Ce Français n’apparaît pas dans le bilan des djihadistes tués par les forces spéciales algériennes.

Mais ce dernier n’est pas un inconnu. En octobre 2012, Gilles Le Guen apparaît au grand jour dans une vidéo diffusée par AQMI ( Al Quaïda au Maghreb Islamique) où après avoir présenté son parcours il met en garde la France et l’ONU contre toute intervention au Mali. ( http://www.youtube.com/watch?v=REPY9F7e75k&feature=player_embedded)

Ce parcours a commencé sur les bancs de l’ENMM de Marseille en 1976. Fils d’un Chef Mécanicien, il a partagé son enfance entre le pays nantais et la Normandie. Élève moyen, il quitte le lycée pour effectuer son Service National dans l’artillerie. Puis il reprend ses études, passe son Bac C et intègre l’Hydro de Marseille. Ses collègues de promo parlent d’un garçon gentil, baba cool adepte des paradis artificiels ce qui lui valut quelques démêlés avec la justice. Surnommé « L’artilleur », il a navigué comme élève, lieutenant et officier mécanicien jusqu’en 1985 pour différents armements : d’Orbigny, Seas, Total et surtout Gabès Marine. C’est à bord des navires de cette compagnie qu’il découvre l’islam, la cause touareg et se passionne pour le désert. Ne trouvant plus d’embarquements avec son brevet OMM, il part 6 mois  en 1985 en Éthiopie pour le compte de Médecins sans Frontières.

Il enchaîne par un pèlerinage à La Mecque après sa conversion à l’islam dont il revient en 1986 pour rejoindre l’Hydro et décrocher le DESMM en 1987.

 Divorcé d’une première femme avec qui il a eu un fils, il part s’installer dans un village nomade de Mauritanie où il étudie le Coran et apprend la langue du pays. Au début des années 90, il s’installe dans un village en Provence avec l’ex-femme de son frère dont il est tombé amoureux. Il s’occupe de son potager, donne des cours de yoga et approfondit sa foi dans l’islam. Avec sa seconde femme naissent deux garçons qu’il emmène régulièrement en vacances au Maroc. Il repart finalement seul au Maroc en s’installant comme chauffeur de taxi. Il y rencontre sa troisième femme, jeune Marocaine originaire de Fès. Il partage avec elle ses convictions islamiques qui le coupent progressivement de sa famille, de ses amis et finalement de la société occidentale.

Après une dernière tentative d’installation en Provence, ils quittent définitivement la France, en 2008, pour le Maroc où Gilles Le Guen reprend son activité de taxi, puis enchaîne les petits boulots sur les chantiers. Le couple suit alors une vie de nomade qui les conduit vers la Mauritanie, le Mali, le Niger jusqu’au Soudan au hasard des communautés du désert avec lesquels ils partagent leur quotidien. En 2008 il signe ses lettres Oussama Ben Le Guen affichant ainsi son engagement auprès de la mouvance AQMI. Un cinquième enfant du couple naît en 2010. Il pratique l’élevage et la transhumance au gré des opportunités qui le conduit a s’installer à Tombouctou mi-2011.

Son parcours se perd donc aux confins du Mali et de l’Algérie. Après la diffusion de sa vidéo, il est arrêté début novembre 2012, quelques jours, à la suite d’une dénonciation par des miliciens islamistes occupant Tombouctou. Il est accusé d’être un espion des services français. Et l’on retrouve son passeport sur le site d’In Anemas en Algérie le 20 janvier 2013. Ce passeport lui avait-il été dérobé lors de son arrestation en novembre 2012 ? Ou bien était-il présent lors de l’attaque d’In Anemas ? Le mystère demeure.

Depuis la parution du N°218 de Jeune Marine, Gilles Le Guen a été arrêté le 29 avril 2013 par l’armée française dans un campement nomade à quelques dizaines de kilomètres de Tombouctou. Remis aux autorités Maliennes à Bamako le 30 avril, il a été extradé vers la France pour être interrogé par les autorités judiciaires. 

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