Un Hydro sur le Nomade des mers

Je m’appelle Simon, je suis en 5ème année à l’ENSM et je participe depuis 1 an au projet Nomade des mers.

Trois ans autour du monde
Le 23 février dernier, le catamaran Nomade des mers larguait les amarres de Concarneau pour une expédition autour du monde de 3 ans. Ce Kenex 445 de 13m a été partiellement déconstruit pour être transformé en véritable laboratoire expérimental. L’objectif est de concevoir et d’éprouver des low techs : des technologies de premières nécessités, simples à construire, durables et accessibles à tous (par opposition aux High techs).
Corentin, accompagné d’Elaine et Pierre Alain, partent à la rencontre d’inventeurs et bricoleurs du monde entier pour mettre au point des low techs qui seront utiliser à bord. L’objectif est, à terme, de faire connaître et diffuser ces solutions. Les plans des technologies seront accessibles en opensource et des vidéos tutorielles seront mises à disposition pour apprendre à les construire.

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Un catamaran laboratoire
A chaque escale, que ce soit en Bretagne, au Maroc ou au Sénégal, l’étonnement des visiteurs est toujours au rendez-vous. Ce qui interpelle au premier regard, c’est le poulailler qui remplace l’annexe, habituellement située à l’arrière du catamaran. Les quatre poules : Marvin, Amandine, Camille et Chab (du nom des équipiers restés à Terre) se partagent ces petits mètres carrés de paradis, bien à l’abri des embruns et offrent à l’équipage des oeufs frais tous les jours.
Le pont extérieur a, quant à lui, été transformé en serre où poussent des plantes dont se nourrit en partie l’équipage. Sous la serre on trouve la cuisine, composée de deux réchauds à économie de bois. C’est une low tech très intéressante qui utilisent le principe de la double combustion pour limiter les imbrûlés. Juste à côté se trouve un frigo du désert (ou zeer-pot) qui permet de conserver des aliments sans électricité, par simple évaporation d’eau. Tout cela n’est qu’un avant goût de ce qui se trouve à l’intérieur du bateau. Le carré a été transformé en serre intérieur, où pousse des plantes tropicales en hydroponie (une culture sans terre, plus économe en eau). Sur le Nomade des mers on ne se contente pas de l’alimentation « classique », la serre abrite également une culture de spiruline : des micro-algues très riches en vitamines et nutriments. A bord, on en mange d’ailleurs à presque tout les repas, sous forme de poudre mélangée au plat. Encore plus étonnant, à bord, pas de cacahuète en apéro, ni de steak haché au déjeuner mais des vers de farine élevés en grande quantité dans la coque bâbord. Pour compléter le plat type, des pleurotes sont cultivées dans une pièce humide à l’intérieur de grands « saucissons » de paille.
Bien sûr pour bricoler et étudier les systèmes, on trouve aussi : un atelier électronique, un petit laboratoire et un atelier « mécanique ». On se sert aussi d’un pédalier multi-fonction, qui entraîne au choix un tour, une perceuse ou une meuleuse. On peut même y coupler un alternateur, pour produire quelques centaines de watts, si l’éolienne ou les panneaux solaires ne suffisaient pas. Les bannettes et les meubles du bateau ne sont pas commun non plus. Tout est construit à l’aide de « mécanos géants ». S’inspirant du jeu bien connu des enfants, des pièces en contreplaqué de différentes longueurs, percées à intervalle régulier sont assemblées à l’aide de morceaux de tubes PVC venant s’emboîter.

Un bouilleur low tech
Sur le nomade des mers, on trouve tout ce qu’il faut pour se nourrir, produire de l’énergie et bricoler. Néanmoins, l’eau potable n’est pas encore produite à bord, c’est le défi majeur de l’expédition. Quand j’ai rencontré Corentin et son équipe, il y a maintenant un an, je lui ai fait part de mon expérience à bord et de la manière dont était produite l’eau sur les navires de commerce. Il m’a tout de suite proposé de faire partie de la communauté d’inventeurs et de réfléchir à un prototype de déssalinisateur low tech. J’ai alors commencé les croquis et les premières expériences dans mon garage. Mon idée était de réfléchir à une sorte de bouilleur low tech.

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Il existe déjà beaucoup de systèmes solaires utilisant l’effet de serre pour faire évaporer l’eau de mer (on en trouve dans certains radeaux de survie) mais ces systèmes ont des débits très faible. J’ai donc essayé de construire un prototype permettant des débits plus importants, l’objectif étant d’atteindre 10L/j. Je me suis
rendu compte que pour de tels débit, ce n’était pas rentable de faire le vide (comme on le fait dans les bouilleurs à bord).
L’idée était donc assez simple : on fait bouillir de l’eau de mer et on la condense pour récupérer de l’eau douce. Ce principe n’est pas nouveau, Bougainville embarquait déjà des « cucurbites » sur la Boudeuse lors de ses voyages. Si ces alambics à eau de mer permettaient une production importante, ils consommaient énormément de combustible et ne pouvaient pas être utilisé sur de long voyages où les ressources étaient comptées.
En effet, la vaporisation de l’eau est très gourmande en énergie. La bonne nouvelle, c’est que cette énergie est restituée lors de la condensation. J’ai donc imaginé un moyen de récupérer cette énergie. L’idée était aussi de pouvoir choisir la source de chaleur : feu ( de bois, biomasse, biogaz…), résistance électrique (alimentée par éolienne) ou concentrateur solaire.
Le principe est le suivant : une quantité d’eau est d’abord évaporée dans une marmite, sur laquelle est fixé un empilement d’assiettes contenant un peu d’eau de mer. En se condensant, la vapeur provenant de la marmite libère l’énergie nécessaire pour faire évaporer l’eau contenue dans la première assiette qui se condense sur la deuxième et ainsi de suite. Plus on ajoute d’assiettes et plus on récupère d’énergie.
J’ai construit un premier prototype sur ce principe à partir de vases d’expansion de chaudières domestiques. Les essais étaient très encourageant mais les pièces rouillaient trop vites. Avec la précieuse aide de M. Lecomte, couvreur Havrais, j’ai imaginé et conçu une version en zinc, moins onéreux que l’inox et facile à assembler. En quelques jours, le prototype était fonctionnel et prêt à embarquer sur le Nomade des mers. J’ai rejoins le bateau fin mars en Afrique pour 15j d’essais en conditions réelles. Les premiers tests avec deux assiettes étaient très concluant (environ 1L/h). Il reste maintenant à l’optimiser, l’idéal étant de le coupler à un concentrateur solaire. Les idées sont les bienvenues !

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Article publié dans le JM 234

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