CREWTOO Seafarers Happiness Index

equipage pont garde

par Jacques Mével – photos Éric Houri
ENQUÊTE

Crewtoo, un réseau social en ligne pour les marins, vient de publier les résultats de sa 2 e enquête visant à établir son propre index de satisfaction des marins : Crewtoo Seafarers Happiness Index.
La traduction de Happiness par « bonheur » semble inappropriée au contexte du navire de commerce du XXIe siècle, mais on a le droit de rêver ! Toujours est-il que les enquêtes ont été menées auprès de marins de plus de 50 pays, âgés de 16 à 69 ans, 25 % d’entre eux naviguant sur des PC ou des vraquiers. Les réponses ont été classées selon les fonctions à bord et ce sont proportionnellement les capitaines qui ont été les plus nombreux à répondre.

Les 10 questions posées étaient :
1/ Êtes-vous heureux d’une manière générale lorsque vous êtes en mer ?
2/ Êtes-vous content quant aux contacts que vous pouvez établir avec votre famille lorsque vous êtes en mer ?
3/ Êtes-vous satisfait des possibilités que vous avez pour vous rendre à terre ?
4/ Êtes-vous content de votre salaire ?
5/ Êtes-vous satisfait de la qualité de la nourriture à bord ?
6/ Êtes-vous satisfait des moyens mis à votre disposition à bord pour vous entretenir physiquement ?
7/ Êtes-vous satisfait de la formation que vous recevez ?
8/ Êtes-vous satisfait des rapports entre membres d’équipage à bord du navire ?
9/ Êtes-vous satisfait de votre charge de travail ?
10/ Êtes-vous satisfait des équipements visant à améliorer votre bien-être mis à votre disposition une fois arrivés à quai ?

De toutes les réponses à ces questions, l’organisme enquêteur a établi pour chacune d’elles un index de satisfaction qui va de 1 à 10 : de pas content à content, avec un indice global de 6,44.

Question n°1 : Êtes-vous heureux d’une manière générale lorsque vous êtes en mer ? Index 6,45.
Les préoccupations essentielles demeurent l’isolement, la solitude et le manque de connexion. Les effets cumulés de ces sentiments impactent durement la vie du marin, considérée comme des « montagnes russes d’émotions », avec des moments de réel bonheur alternant malheureusement avec des périodes de déprime. Pour beaucoup, « un marin heureux, c’est un marin satisfait dans son travail et en mesure d’être tout le temps en lien avec sa famille ».
Il ressort que le type de contrat d’embarquement et le montant du salaire contribuent à influer sur l’index de satisfaction. De même les conditions de sécurité et le « management » à bord contribuent à améliorer ou dégrader la valeur de l’index, très variables selon les compagnies et les navires.
Il est également souligné que la bureaucratisation de la navigation est à l’origine de nombreux abandons : les officiers et les capitaines en première ligne (les fameux « paper captains ») passent une bonne partie de leur temps à remplir des papiers pour se mettre en conformité avec les innombrables procédures qu’ils ont obligation de suivre à la lettre en devenant des « écrivains » (tels que nous les avons connus sur certains navires il y a quelques décennies, ndlr). La surcharge de travail est telle que nombreux sont les bords à devoir falsifier les registres de temps de repos, temps dûment imputé du fait de cette aberration administrative. Les officiers en arrivent à craindre les arrivées au port du fait de cette surcharge administrative précédant l’escale, mais aussi du fait de la pression commerciale et de la multitude d’inspections en tous genres qui les mobilisent une bonne partie des escales. Autant les marins se faisaient « autrefois » une joie de savoir qu’ils allaient escaler, autant cette approche est devenue de nos jours un facteur générateur de stress ! De cette enquête, il ressort que les marins se disent plus heureux en mer qu’au port…

À propos de l’accès aux ports, beaucoup de critiques fusent quant aux nouvelles dispositions prises par les USA pour délivrer aux marins des « shore leave », ces
permis de mettre pied à terre sur le sol américain.

Question n°2 : Êtes-vous content quant aux contacts que vous pouvez établir avec votre famille lorsque vous êtes en mer ? Index 6,76.
Les marins ont grand besoin de la connexion (familiale, au monde en général) qu’apporte l’accès internet et il semble qu’il se développe dans le monde maritime une dynamique à deux vitesses :
les marins qui ont accès à la connexion et ceux qui ne l’ont pas. Les marins qui n’ont pas accès à l’internet ne comprennent pas que les armateurs puissent leur
refuser cette connexion, fût-elle de moindre qualité qu’à terre et d’un autre coût. Savoir que la connexion à bord est possible tend à augmenter l’index de  satisfaction. Pouvoir disposer de 20 minutes gratuites de téléphone quotidiennement et de l’accès internet 24h/24 constitue une demande soutenue de nombreux marins. Pour ceux qui en disposent, la qualité de connexion et le prix réclamé par les armateurs sont l’objet de discussions. Il s’avère que ce sont les marins embarqués sur les navires de croisière qui bénéficient des meilleures conditions.
( suite dans le N° 230 de la revue Jeune Marine)

 

Publicité