Myferrylink : Crise de management, accalmie juridique temporaire et divorce

Trois ans après sa création, MyFerryLink subit une grave crise révélant la non-pertinence du modèle de management imposé par le gouvernement et les représentants syndicaux lors de la reprise des activités de Sea France. Le conseil de surveillance et le directoire sont en guerre en s’opposant sur le meilleur repreneur de la compagnie, qu’Eurotunnel souhaite vendre.

Les directeurs de la Scop, Jean-Michel Giguet et Raphaël Doutrebente, anciens de Brittany ferries, ont été débarqués par le président du conseil de surveillance Didier Cappelle, ancien leader CFDT de SeaFrance, et principal artisan de la création de MyFerryLink et de la Scop.

D’après Didier Cappelle les directeurs s’opposent à la solution de reprise type société d’économie mixte, mise en avant par le ministre et par la Région’. Le président d’Eurotunnel Jacques Gounon a remis les pendules à son heure en rappelant que le contrat d’affrètement des navires s’entend en présence du directoire actuel  ‘Une révocation du directoire entraînerait l’arrêt anticipé des contrats d’affrètement en plein milieu de la consultation en cours, risquant de compromettre toute solution de continuité pour MyFerryLink’

Pour protéger la compagnie, le directoire a obtenu la mise sous sauvegarde de sa propre entreprise par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. La nomination de Bertrand Vandycke, administrateur judiciaire, devrait permettre de mener dans un climat apaisé des négociations concrètes afin d’assurer la poursuite de l’exploitation dans les meilleures conditions et de garantir le maintien des emplois de l’ensemble des 577 salariés.

Dans la perspective de la vente des navires par Eurotunnel, quatre investisseurs se sont manifestés, en plus de la Scop, pour reprendre MyFerryLink. Cependant, le président directeur général d’Eurotunnel Jacques Gounon n’a pas jugé ‘satisfaisantes’ les offres de reprise de la compagnie maritime MyFerryLink et a annoncé l’ouverture d’un ‘deuxième round’.

L’incertitude de pouvoir continuer de desservir le port de Douvres à partir de Calais après le 9 juillet 2015 a été levée par la Cour d’appel de Londres qui a cassé l’interdiction formulée par la CMA( Autorité de la concurrence britannique) à l’encontre de MyFerryLink. La Cour d’appel a jugé le 15 mai que la CMA n’était pas compétente dans ce dossier. La CMA a tenté de remettre en cause cette décision de la Cour d’appel en déposant un recours devant cette instance, mais a été déboutée de sa demande le 22 mai. MyFerryLink a salué ‘une deuxième victoire devant la Cour d’appel de Londres’, affirmant qu’elle mettait ‘fin à trois ans d’incertitude créée par l’Autorité de la Concurrence britannique’. Le porte-parole de la CMA a toutefois assuré de son côté que son organisation pouvait encore déposer un recours devant la Cour suprême, l’organe judiciaire le plus élevé du Royaume-Uni. La décision du 22 mai casse complètement, pour l’instant, l’interdiction signifiée à MyFerryLink d’opérer à partir du mois de juillet.

En attendant, la fronde des équipages et des salariés de la SCOP contre le conseil de surveillance fait rage. 14 commandants de la compagnie ont lancé un appel : ‘Afin de garantir la sécurité́ de l’emploi, comme vous l’avez clamé tout au long de votre carrière, nous vous demandons la démission de l’ensemble du Conseil de Surveillance de la SCOP SeaFrance’» . Le message est direct et il est adressé par les commandants de MyFerryLink à Didier Capelle, président du Conseil de surveillance de la SCOP SeaFrance. La direction technique, la direction du service ventes à bord, la direction des ressources humaines, la direction des Systèmes d’information, le service financier et administratif… Tous ont également écrit à Didier Cappelle pour réclamer la démission du Conseil de surveillance et la réintégration de Raphaël Doutrebente et Jean-Michel Giguet au Directoire, dont ils ont été évincés par la seule volonté du leader syndical.

Toutefois, Eurotunnel maintient sa décision de vendre la flotte des trois navires, en déclarant que les nouvelles offres de reprises étaient meilleures qu’en avril 2015. Le groupe a officiellement confirmé le 28 mai mettre fin au contrat d’affrètement qui le liait à la SCOP pour l’exploitation de la flotte de MyFerryLink. La dénonciation de la charte-partie qui confie la flotte de MyFerryLink, propriété d’Eurotunnel, à la SCOP sera effective le 3 juillet 2015.

Quid de la saison estivale : Les navires seront-ils mis à la chaîne au début de la saison d’été, et les 600 salariés français et britanniques de la SCOP au chômage ?

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