Entre GNL et courant de terre, Aida et TUI ont fait ces dernières semaines un pas en avant

À quelques jours d’intervalle, les deux leaders de la croisière allemande annonçaient un pas en avant pour réduire l’utilisation des moteurs des paquebots au port. Avec une flotte très présente en Baltique, Manche et Méditerranée, TUI et Aida sont directement confrontées à l’image polluante désormais attribuée aux paquebots en Europe, aussi les deux compagnies ne lésinent plus depuis plusieurs années sur les moyens pour faire du tourisme maritime un secteur propre.

TUI l’a annoncé cette semaine : ses Mein Schiff 4 et 5 seront équipés dès l’année prochaine pour être branchés à terre pendant les escales. Le branchement à quai est sans doute la solution la plus souvent citée lorsque l’on évoque la pollution des navires à passagers, Marseille en est un très bon exemple. S’il ne remédie pas à l’échappement dû à la propulsion, en particulier pendant les manœuvres, il permet d’atténuer fortement l’émission de gaz toxiques pendant l’escale – un paquebot passant généralement entre 8 et 15 heures à quai.

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Mein Schiff 5 au Havre – août 2016 ©Mathieu Burnel

 

Plusieurs compagnies ont déjà franchi le pas du courant de quai : Cunard, Princess, Hurtigruten… sa mise en place demande cependant un lourd investissement du port, souvent rentabilisé après de longues années tenant un rythme d’escales soutenu. Les deux navires de TUI, livrés en 2015 et 2016, avaient été ainsi conçus en capacité d’un ménagement ultérieur : alors que les ports dotés des infrastructures se multiplient, leur premier arrêt technique quinquennal en sera une très bonne occasion.

La consœur de TUI est elle-même en avance sur le courant de terre : d’ici la fin 2020, 12 des 14 navires armés par Aida seront équipés pour le courant de quai. Mais Aida ne mise pas que sur ce point : elle profite d’une longueur d’avance conséquente sur le gaz naturel. L’utilisation du GNL à bord des navires à passagers a longtemps fait débat, son stockage froid et/ou sous pression exigeant une sécurisation absolue des installations : cependant l’armement italo-allemand inaugurait dès 2015 son premier navire à auxiliaires gaz. L’AidaPrima et son jumeau l’AidaPerla n’utilisent pas leurs moteurs diesels lorsqu’ils sont en escale : à la place, une turbine à gaz fournit l’électricité nécessaire à la vie hôtelière du navire, n’émettant ainsi pas de particule fine.

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L’Aida Prima à l’été 2018 dans le port de Barcelone ©Mathieu Burnel

Inauguré cette année, l’AidaNova est le tout premier paquebot fonctionnant complètement au gaz naturel : il a d’ailleurs été récompensé du Blue Angel, un écolabel développé par le gouvernement allemand. Aida assistait ce 15 août à la découpe de la première tôle de son prochain navire, jumeau du précédent (également au gaz bien sûr) et livrable en 2021, tandis qu’un troisième suivra en 2023. Son directeur, Felix Eichhorn, estime qu’en 2023, « environ la moitié de nos passagers embarqueront à bord de navires au gaz. Nos paquebots se distinguent par leur nombreuses innovations qui leur offrent un meilleur rendement mécanique et une consommation de combustible moindre. » Outre l’utilisation du GNL, Aida fait partie des pionniers de la croisière qui s’intéressent à nombreuses autres technologies : ainsi l’armateur annonce pour 2021 la mise en service à bord des premières piles à combustible.

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Découpe de la 1ère tôle du nouvel Aida ©Aida

Aida et TUI représentent respectivement la moitié (un million) et un quart (un peu plus de 500 000) des deux millions d’allemands partis en croisière en 2017, laissant le dernier quart aux compagnies exploitant des navires plus petits telles que Transocean, Phoenix Reisen ou encore Hapag Lloyd. Le marché allemand est désormais le plus important d’Europe (devant le Royaume-Uni). Son développement considérable a été conduit par les leaders de l’industrie : d’ailleurs Aida est une filiale du célèbre armateur italien Costa (groupe Carnival) et TUI appartient pour moitié au groupe Royal Caribbean.

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