VENISE : ACCIDENT SPECTACULAIRE DU MSC OPERA

Le dimanche 2 juin 2019, alors qu’il traversait Venise via le canal de la Guidecca, le MSC Opera a subi une perte totale d’énergie : en courant sur son erre à environ 5 nœuds, le paquebot de taille moyenne (LOA 275 mètres – tonnage brut de 65591 UMS – capacité maximale de 2 700 passagers) a violemment heurté le River Countess (134 passagers), petite unité semblable aux paquebots fluviaux utilisée pour des croisières sur la lagune vénitienne, débarquant ses passagers sur un quai parallèle au canal.`

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Plus de peur que de mal : tandis que les vidéos de l’accident tournent depuis ce matin en boucle sur internet, les médias italiens mentionnent quatre blessés légers. L’armateur italo-suisse n’a pas encore communiqué sur le sujet : cependant vidéos et traces AIS montrent le MSC Opera atteignant le River Countess sur son bord à quai, s’insérant entre ce dernier et le quai. De fait le navire incontrôlé a arraché les amarres et la coupée du second en frottant sur son bordé, sans pour autant causer de brèche. Plusieurs personnes débarquant alors sont tombées à l’eau, et la partie arrière du paquebot fluvial est fortement endommagée. Les deux navires demeurent ce soir amarrés à Venise, alors qu’une enquête se poursuit depuis la mi-journée.

Dès lors plusieurs journaux nationaux saluent le bilan humain limité : si le MSC Opera avait touché le River Countess de biais, il est certain que ce dernier sombrait – avec plusieurs dizaines de personnes à son bord. Cependant cet accident pourrait être l’élément de trop dans un débat ouvert depuis plus d’une décennie aujourd’hui, concernant le transit des paquebots de croisières sur le canal de la Guidecca. Le journal américain The Guardian rapporte un discours de Luigi Brugnaro, Maire de Venise, concluant qu’il n’était plus concevable aujourd’hui de voir transiter de si grands navires à travers la ville.

 

Le dit débat a depuis plusieurs années fait couler beaucoup d’encre : bien que le MSC Opera ne soit pas le cas le plus représentatif ; d’abord parce qu’il s’agit du premier accident du genre à Venise et ensuite parce que des restrictions ont été mises en place dès novembre 2014, mais concernant les « grands paquebots » (à partir de 96000 UMS). Pour mémoire, ces restrictions devaient être complétées par l’aménagement d’un chenal d’accès par le sud de la lagune permettant d’éviter la Guidecca : cependant ce chenal n’ayant jamais vu le jour, les navires de petite taille (dont le MSC Opera au sens de ce règlement) poursuivent leur transit à proximité de la cité historique. Pour les navires de croisière, ce dernier constitue de fait un passage unique : en longeant le centre historique de la ville – sans pour autant le traverser comme on l’entend souvent – il offre depuis les ponts supérieurs un panorama unique et inoubliable sur Venise. Principal port de départ de la mer Adriatique, Venise reçoit chaque année 400 à 500 escales et 1,5 million de passagers : une goutte d’eau en vue des 20 millions de touristes accueillis chaque année par la ville. Fumées noires, vagues d’étrave fragilisant les bâtiments, trafic maritime d’une densité dangereuse… vue depuis la terre, la contestation de cette activité dans la cité historique a cependant pris une répercussion internationale ; il compte parmi les sujets les plus sensibles liés au secteur de la croisière.

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La réponse de Luigi Brugnaro est intervenue directement après l’accident de ce jour : reste à voir maintenant ses répercussions au long terme. Pour des raisons économiques et touristiques évidentes, il serait très surprenant que le port de Venise renonce à la croisière : mais l’accident survenu ce dimanche a rappelé au monde du tourisme maritime combien il est urgent de créer cet accès alternatif au port vénitien. Si Paris vaut bien une messe, Venise vaudra bien un chenal.

 

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