Editorial Jeune Marine N°218

Cher lecteur, cher abonné,

Lors de son Assemblée générale annuelle le 23 mars dernier, HSM recevait au Havre Monsieur Marendet, nouveau Directeur de l’ENSM, qui s’est exprimé sur les grandes orientations prises pour remettre à flot le navire dont il a dorénavant la charge (voir article sur le site de Jeune Marine :http://jeunemarine.fr/breves).

La situation est difficile, mais pas désespérée. Ce nouveau capitaine a fait montre d’une volonté qui a, semble-t-il, séduit ses interlocuteurs. Un gros chantier se présente à lui, avec de nombreux défis et des problèmes concrets pas évidents à résoudre d’un coup de baguette magique. Entre autres, celui des élèves en recherche d’embarquement : un vrai casse-tête pour ces jeunes qui ont opté pour une carrière maritime, mais qui se heurtent à l’impossibilité de mettre leur sac à bord d’un navire.

Quelques armateurs français s’impliquent totalement dans le soutien à la formation maritime en offrant des stages embarqués sur toutes leurs unités : ces compagnies sont mêmes « victimes » de leur implication, car submergées de demandes d’embarquement de la part des élèves ou de personnes qui interviennent pour appuyer ces demandes. Que ces armateurs soient remerciés de « jouer le jeu » en matière de politique de formation : car il faut bien reconnaître qu’il est bien tentant d’aller frapper à la porte d’une « Manning agency » maltaise ou batave qui fournit à moindre coût un équipage, du  capitaine au matelot en passant par toutes les autres fonctions.

Car c’est, il faut malheureusement le dire, la pratique courante pour la plupart des armateurs européens ! Le traditionnel capitaine d’armement a totalement disparu : au mieux un ancien navigant transformé en bureaucrate sert d’intermédiaire auprès de ces agences « d’intérim maritime » et vogue la galère, avec le meilleur, mais aussi le pire. Il ne faut pas se voiler la face : qui voit-on aujourd’hui comme officiers sur les passerelles ? Des Russes et des Ukrainiens à 60 %, des Philippins à 20 % et des Européens pour les derniers 20 % : des « jusqu’au boutistes » qui aiment leur métier de navigant, mais qui savent qu’en période de crise leur poste est menacé par des moins disants. Des moins disants qui n’ont certainement pas le cursus d’un C1NM, mais qui font malgré tout « tourner » les navires…

Chers Hydros, je ne voudrais pas vous saper le moral, mais les temps sont durs. Qui plus est, être Français ne facilite souvent pas les choses lorsque vous postulez auprès d’armateurs étrangers : je me souviens de fins de non-recevoir de leur part avec un message laconique du genre « vous, Français, êtes trop exigeants en matière de protection sociale, pas de place pour vous dans notre armement ». Dont acte ! Vous lirez également dans notre rubrique « Courrier des lecteurs » la galère d’un jeune diplômé en  quête d’embarquement.

Un contre-exemple pour vous montrer qu’il demeure néanmoins des pistes à explorer : dans le domaine de la croisière qui connaît une croissance à deux chiffres ces dernières années, l’armateur allemand propriétaire de la flotte de paquebots Aïda va recevoir sa dixième unité et peine à trouver le personnel qualifié nécessaire pour armer correctement ses navires. Avis aux amateurs !

Une chose est certaine : la formation reçue dans les écoles d’hydro est reconnue d’excellent niveau et facilite les reconversions à terre. Notre collaboratrice Isabelle Daumas va vous mettre un peu de baume au coeur dans ce contexte de crise : elle vous propose une nouvelle rubrique « Atterrissages » avec des cas concrets de reconversion et même des offres d’emploi à la clé !

C’est pourquoi une Direction forte s’imposait à la nouvelle ENSM, le défi est de taille !

Bon courage, Monsieur Marendet !

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