ÉDITORIAL Jeune Marine 249

En ce début mai 2019, la flotte mondiale a franchi la barre des 2 milliards de tonnes de port en lourd, doublant sa taille en tout juste treize ans. Ces chiffres ne sont pas sans incidence sur la production de gaz à effet de serre des navires et montrent du doigt les armateurs, dispensés à une époque, comme les compagnies aériennes, de contribuer à la diminution du réchauffement climatique. L’aggravation de ce dernier ne pouvait laisser le shipping à l’abri des efforts imposés à de nombreuses industries pour réduire leur impact sur les gaz à effet de serre. Philippe Louis-Dreyfus, Président du Conseil de surveillance de LDA, armateur reconnu internationalement dans le secteur du vrac solide, milite depuis de nombreuses années pour une implication des transporteurs maritimes dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une solution toute simple, mais pas forcément comprise par des acteurs engagés dans une volonté de répondre à des défis de vitesse et des demandes pressantes de la part des économies en flux tendu : le slow steaming ! Réduire la vitesse des navires constitue une diminution immédiate et conséquente de la production des gaz à effet de serre. Vous pourrez lire dans ce numéro l’argumentation de Philippe Louis-Dreyfus, qui a su convaincre le Président Macron du bien-fondé de son engagement (soutenu par la signature de 113 armateurs mais aussi le trader suisse Trafigura !) et de la nécessité pour la France de déposer à l’OMI une proposition visant à faire adopter le slow steaming au shipping. La 74ème session du Comité pour la Protection du milieu marin de l’OMI (MEPC 74) vient d’avoir lieu du 13 au 17 mai. L’on peut toutefois regretter que l’honorable institution semble fonctionner avec la devise « Hâte-toi lentement » : le Comité, plutôt que de saisir l’urgence des mesures à mettre en œuvre sur le court terme, a préféré constituer des groupes de travail qui réfléchiront sereinement à ces diverses mesures et qui feront des propositions au MEPC 75 du printemps 2020 pour mise en application fin 2022…Les habitants des îles Kiribati auront peut-être déjà les pieds dans l’eau !

Il sera encore question de shipping dans ces pages, avec un résumé des conclusions d’un groupe de travail sur Le financement du renouvellement de la flotte marchande, présentées par Fernand Bozzoni (Président de Socatra) au Conseil Supérieur de la Marine Marchande en octobre dernier.

A l’heure où nous mettons sous presse, la tension reste vive entre Washington et Téhéran, la communauté internationale s’inquiète pour la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, voie maritime vitale pour nos approvisionnements en pétrole du golfe Persique. Malgré les attaques de quatre pétroliers le 12 mai à Fujairah, ce grand port de soutage situé à l’entrée du golfe s’avère constituer une solution de repli pour charger les tankers en crude, si un blocus venait à empêcher la circulation des navires dans le détroit, un « guet-apens pour supertankers », comme vous l’explique Jacques Nougier.

Un peu de joie et de fantaisie dans ce monde moderne bien chahuté, avec la présentation par Jacques Schirmann d’un nouveau livre consacré à l’œuvre graphique de son grand-oncle Gervèse (1880-1959), officier de Marine, peintre de la Marine (1921), illustrateur et surtout humoriste qui, « avec son œil espiègle et un peu frondeur » a largement contribué à faire connaître les équipages de la Marine nationale, tout autant que les acteurs de la vie quotidienne dans les pays d’Extrême-Orient au début du XXe siècle.

Bonne lecture !

                                                                                                            Jacques Mével

©MacLay

« Anne Quéméré, rameuse transocéanique nommée au CA de l’ENSM »

Publicité
Publicité