Editorial Jeune Marine N° 229

De plus en plus de navires marchands sont arraisonnés avec violence en haute mer, pour des raisons on ne peut plus discutables, quand ils ne sont pas l’objet direct de tirs d’artillerie lourde, comme cela a été le cas pour le navire turc TUNA 1 mitraillé comme un vulgaire pirate, avec mort d’un officier à la clé et de nombreux blessés parmi l’équipage. Les Autorités du pays du pavillon ont beau vainement protester et dénoncer le non respect des règles qui régissent la libre circulation des navires dans les eaux internationales, il n’en reste pas moins que les marins demeurent en première ligne et que le métier commence à devenir bigrement dangereux, dès l’instant que les navires s’approchent de côtes politiquement sensibles. Un risque certainement pas nouveau mais qui prend de l’ampleur avec le contexte de guerre au Moyen-Orient et dans les pays qui ont vécu le « printemps arabe ». Ceci ajouté au développement de la piraterie, la navigation au long cours risque de ne plus faire rêver les jeunes générations ! Mieux vaut naviguer en eaux saines, sur les ferries de MyFerryLink ou de la SNCM : pas si sûr ! Ces deux compagnies peinent à sortir de la tourmente et leurs salariés restent suspendus à des décisions de justice qui les dépassent, mais aussi à la surenchère des repreneurs potentiels. Pas simple la libre circulation des marchandises au sein de l’Union européenne, car c’est bien là que le bât blesse.

D’ailleurs nos parlementaires européens sont plus préoccupés par cette libre circulation des marchandises que par celle des migrants confiés à des passeurs sans scrupules pour leur faire atteindre la terre de tous les espoirs. Chaque semaine apporte son lot de naufragés, par dizaines, par centaines : c’est maintenant par milliers que se chiffre le nombre de pauvres hères passés par-dessus bord en Méditerranée. Malgré tout, de réunion d’urgence en réunion d’urgence, nos élus européens font montre d’une incapacité totale à prendre des décisions réfléchies et dénuées d’hypocrisie. Un peu facile de libérer sa conscience en signant un chèque à l’agence Frontex, lorsqu’on sait que le montant alloué pour enrayer les flux migratoires représente le millième du budget de L’UE. En appelant l’ONU à son secours, l’Europe laisse encore le champ libre aux passeurs pour organiser un grand nombre de mortelles traversées. Le problème n’est certes pas simple mais il était si simple de laisser l’Italie accueillir seule les migrants ! Pour la seule journée du 2 mai, les gardes-côtes italiens ont coordonné le sauvetage de près de 5800 personnes ! Cela va faire près de 2 ans que le problème du sauvetage et de l’accueil des migrants n’a pas avancé d’un iota !

Pendant ce temps, sur un quai du Havre, une école flambant neuve réunissait la gente politique locale et régionale : remise des clés de la nouvelle école de l’ENSM le 11 mai dernier. Discours consensuels et auto satisfecit autour d’une nouvelle construction qui ne résout en rien le malaise qui sévit dans l’enseignement maritime. Gageons que l’embarquement récemment effectué par le Directeur de l’ENSM sur un navire Dreyfus (voir pages 22 à 26) constitue un début de remise en question d’une méthode d’enseignement peut-être trop académique et certainement trop éloignée de la réalité des bords.

Bonne lecture !

Jacques Mével

 

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