Editorial Jeune Marine N°231

Les tragiques événements du 13 novembre ont mis au jour une crise sans précédent de la lutte antiterroriste en France, malgré les dénégations du Gouvernement. Y aurait-il un corollaire entre cette faillite d’une organisation supposée assurer la sécurité d’une population et des installations vitales pour le pays, et la situation scabreuse observée dans plusieurs branches du monde maritime ?

Des exemples :

  • Malaise constaté au sein de l’enseignement maritime français, au point que le Directeur de l’ENSM vient d’être remercié. Son remplaçant risque fort de se casser les dents si son ordre de mission n’est pas modifié.
  • L’évolution de la loi de 1992 pour les transports pétroliers, baptisée « opération survie » par le député Arnaud Leroy. Enfin un homme politique qui a essayé de convaincre ses pairs de mener une politique maritime volontaire qui maintiendrait emplois et savoir-faire : un véritable flop ! À sa grande déconvenue.
  • Libéralisation portuaire : les remorqueurs du GPM de Marseille ont permis d’éviter deux catastrophes dans la nuit du 20 au 21 novembre. Ils ont récupéré in extremis un ferry qui avait rompu ses amarres à cause du mauvais temps puis détecté un incendie à bord d’un pétrolier en opérations commerciales et permis l’extinction de l’incendie. Malgré leur rôle indiscutable dans la sécurité portuaire, les chantres européens de la libéralisation entendent bien mener à terme leur projet, faisant fi des démonstrations d’efficacité des divers services portuaires.
  • Armateurs de France appelle au sauvetage de la filière sismique française, menacée de disparition après l’annonce du désarmement par CGG de sa flotte sous pavillon français. Un mois après la visite du Président de la République au Havre, une semaine après les Assises de l’économie maritime à Marseille, cette décision vient contredire le discours sur l’ambition maritime de la France.

Y aura-t-il enfin au sein du Gouvernement de ce pays un homme ou une femme de décision qui entendra le cri d’alarme des différents acteurs du monde maritime ?

Vous lirez dans nos pages que la morosité est de mise dans le transport maritime mondial :

  • Le 20/11, le fameux Baltic Dry Index (indice pour le transport maritime des vracs secs) s’effondrait à 498 points ! Il affichait 11.793 points avant la crise de 2008…
  • Pour atteindre l’équilibre avec un navire de 19.000 EVP, il faudrait des taux de fret d’environ 600 USD/EVP alors que l’on a vu en octobre les prix chuter jusqu’à 150 USD/EVP entre la Chine et l’Europe du Nord.
  • Le résultat du géant Maersk au 3e trimestre a reculé de 61 %, passant de 685 millions USD en 2014 à 264 millions USD cette année ; en outre Maersk a annoncé la suppression de 4.000 postes et décidé de ralentir le rythme de l’expansion de sa flotte.
  • Bérézina dans le monde de l’offshore. Etc…etc…

Il est clair que dans une économie mondiale particulièrement chahutée, les armateurs, les marins et officiers, les ports et toutes leurs activités satellites, occupent les premières lignes et doivent faire montre d’ingéniosité pour garder la tête hors de l’eau. L’on peut simplement regretter le manque d’analyse et de réaction de nos énarques. Fatalité ? Peut-être pas : je vous renvoie à la lecture d’un ouvrage au vitriol qui vient de paraître chez Michalon, intitulé La ferme des énarques, écrit par l’énarque Adeline Baldacchino : ne rien entendre, ne rien dire, ne rien voir telle serait la devise de « l’énarchie ».

J’invite fortement les lecteurs qui pourraient taxer mes propos de partisans, à prendre connaissance de l’Avis n°169 du Sénat (19/11/2015) rédigé par le sénateur Charles Revet. La simple lecture du sommaire et de l’introduction de ce rapport consacré à l’examen des crédits relatifs aux transports maritimes dans le projet de loi de finances 2016, confirme malheureusement les propos acides d’Adeline Baldacchino. « Nous pouvons honnêtement rougir du manque d’ambition de nos politiques…En matière maritime, nous sommes en train d’aller à rebours de toute logique économique et historique… » dixit Monsieur Revet.

Bonne lecture !

Jacques Mével

 

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