Éditorial Jeune Marine N°234

« Bien qu’il soit un élément-clé de la machine climatique planétaire, l’océan a jusqu’ici été relativement absent des discussions sur le changement climatique. Intégrer l’océan parmi les enjeux et les défis discutés dans le cadre des négociations climatiques apparaît aujourd’hui, pour l’ensemble des acteurs réunis au sein de la Plateforme Océan et Climat, comme une réelle nécessité ». Telle est l’introduction du site internet de la plateforme « Océan et climat », à laquelle adhère Armateurs de France, parmi de nombreuses autres organisations.

Il est vrai que les mises en garde tombent à la vitesse des dépêches des agences de presse :

  • le phénomène climatique El Niño est à nouveau à l’origine d’une pluviométrie déficiente et d’une sécheresse jamais enregistrée : il contraint l’Autorité du Canal de Panama à revoir à la baisse ses prévisions de tirants d’eau max pour les navires qui y transitent ou pour les « neopanamax » qui emprunteront le nouveau canal à la fin juin.
  • une alerte sanitaire a été lancée début mai au Chili du fait d’une « marée rouge », appelée ainsi en raison des pigments de couleur qui contaminent poissons et crustacés : les plages du Sud du pays sont envahies par des milliers de cadavres de poissons, et le phénomène se déplace vers le Nord.
  • les pompiers canadiens peinent à circonscrire les incendies qui ravagent l’Alberta : 1600 km2 sont actuellement réduits à l’état de cendres, alors que le pays ne fait que sortir de l’hiver.
  • fonte des glaces, augmentation du niveau de la mer, etc, etc…

Des phénomènes qu’une partie de notre société commence à prendre en considération, en mettant en place des stratégies qui ont des répercussions directes dans le monde maritime. Ainsi la modération de la consommation énergétique préconisée par la COP21 provoquera-t-elle inéluctablement des bouleversements dans le monde maritime qui assure le transport de 60% des matières premières énergétiques (charbon, pétrole, gaz). L’Inde n’a-t-elle pas décidé l’arrêt total des importations de charbon ? La Chine quant à elle a réduit ces mêmes importations de 26% !

Le patron de BRS déclare dans son dernier rapport annuel que le secteur maritime « a grandement besoin d’opérer un grand virage » (écologique) en acceptant l’idée de participer à la lutte contre le réchauffement climatique, en réduisant la pollution atmosphérique engendrée par les navires et en se soumettant à des contrôles de plus en plus nombreux et contraignants.

Nos politiques s’impliquent : dernièrement, Madame Ségolène Royal, Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, en charge des Relations internationales sur le climat, présentait en Conseil des ministres, un projet de loi ratifiant l’ordonnance sur la réduction de la teneur en soufre des combustibles marins.

La Commission Européenne envisage d’interdire le « beaching » des navires livrés aux chantiers de démantèlement et prépare une liste des chantiers « propres » chargés du recyclage des vieux navires : pieux projet mais il y a du chemin à parcourir pour faire rentrer les chantiers asiatiques dans les normes réclamées par les ONG.

Le développement exponentiel de l’éolien offshore, de l’hydrolien, la mise au point de nouveaux modes de propulsion électrique, au GNL – de plus en plus installés sur les navires – la mise à disposition de bornes d’alimentation électrique pour les navires à quai… Les exemples sont nombreux pour attester d’une réelle prise de conscience et de changements dans les comportements. Mais la route est longue et le chronomètre tourne !

Jacques Mevel

 

 

 

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