Éditorial Jeune Marine N°235

Une crise sévère frappe le monde du conteneur, le naufrage de l’armateur coréen Hanjin Shipping traduit les difficultés auxquelles sont confrontées les compagnies maritimes impliquées dans le transport de boîtes. Malgré un prix des soutes exceptionnellement bas qui avait redonné espoir aux opérateurs, la chute inexorable des taux de fret met en péril un échiquier miné par la surcapacité. C’est l’éternelle constitution de bulles qui enflent au fil de l’essor d’une économie porteuse et qui finissent par éclater parce que l’eldorado ne dure qu’un temps.

Rappelez-vous cette frénésie récente des armateurs à renouveler leurs flottes de porte-conteneurs, la course au gigantisme menée par les leaders de ce marché, la spéculation autour des navires en construction dans les chantiers asiatiques. Etait-il sensé de miser sur une économie chinoise qui ne cesserait d’afficher des taux de croissance à deux chiffres ? Les lendemains de fêtes sont douloureux, les bilans annoncés par les grands opérateurs font craindre le pire : Maersk, le numéro mondial, annonce une perte nette de 151 millions d’USD au 2ème trimestre 2016. Pour faire face à ces pertes dont l’accumulation a été fatale à Hanjin, lâchée par la Banque coréenne de Développement, Maersk entreprend une grande restructuration de ses services et met la pédale douce sur les commandes de navires neufs.

CMA CGM n’échappe pas à la tendance et cumule aussi les pertes, accentuées par l’acquisition de NOL. Ses dirigeants ont validé un plan de réduction des coûts et le dynamisme de la compagnie vient d’être doublement honoré à Londres lors de la prestigieuse cérémonie Lloyd’s List Global Awards (voir dans nos pages « Actualités »).

La tempête sévit aussi Outre-Rhin, Hapag Lloyd affiche ses premières pertes d’exploitation tandis que Rickmers Maritime Trust, plombée par des actifs toxiques, annonce des difficultés financières pour honorer ses dettes. Rickmers vient d’envoyer à la casse un PC âgé de dix ans seulement. On ne compte plus en Allemagne les faillites de sociétés en commandite qui avaient fait la fortune des pharmaciens séduits par les promesses d’investissements juteux dans les porte-conteneurs.

Pas de changements dans le monde de l’offshore qui a été laminé par la crise du baril de pétrole : c’est par milliers et même dizaine de milliers que l’on chiffre les pertes d’emplois dans ce domaine.

A l’opposé, toujours des commandes de paquebots neufs pour les chantiers spécialisés. Jusqu’à quand ? Le groupe américain Carnival vient de signer avec un chantier naval chinois une lettre d’intention de commande pour deux paquebots de 5000 passagers, livrables à partir de 2022. La construction de ces navires de plus de 300 mètres de long destinés au marché chinois sera confiée au chantier Waigagaio de Shanghai, actuellement spécialisé dans la production de gros minéraliers, VLCC et méga PC. Pas vraiment au fait de la construction des paquebots, le chantier chinois bénéficiera de l’appui technologique de Fincantieri ! Le ver serait-il dans le fruit ?

La Rédaction de JEUNE MARINE constate et déplore la cessation de parution de l’excellente revue trimestrielle Navires & Marine Marchande qui aura passionné ses lecteurs durant quinze années. Vous découvrirez dans ce JM235 un article sur la Compagnie française des extraits tinctoriaux et tannants, rédigé par Gérard Cornier que les lecteurs de Navires & Marine Marchande connaissent bien : bienvenue à Gérard dans l’équipe rédactionnelle de JEUNE MARINE !

Bienvenue également dans nos pages aux pilots de la promotion Vega : avec des mots ou des photos, ils vous font partager leur expérience de premier embarquement sur un navire de commerce. Cette tribune est ouverte à tous les navigants souhaitant partager un moment fort de leur vie à bord. Vous pouvez envoyer vos photos par mail à medianav@jeunemarine.fr, mais également vos vidéos ou timelaps qui seront partagés sur le site de la revue.

Enfin toutes nos excuses auprès de nos lecteurs et abonnés, ce numéro 235 arrive dans vos boîtes aux lettres avec plus de semaines de retard.

Jacques MEVEL

Publicité
Publicité