Éditorial Jeune Marine N°236

La crise continue de sévir dans le transport maritime des conteneurs : après les bilans financiers qui demeurent teintés de rouge, des remèdes sont recherchés pour éviter de sombrer dans la spirale infernale. Fusions et rachats de compagnies, mise en commun de navires, tentatives de diminution de la surcapacité en ferraillant des coques pourtant promises à sillonner les océans plus longuement, et enfin licenciements des personnels excédentaires, tant marins que sédentaires. CMA CGM vient d’annoncer la suppression prochaine de soixante emplois sédentaires au Havre, avec des rumeurs de délocalisation vers la Chine et l’Inde.

Si la crise frappe les armateurs, elle impacte aussi les ports très impliqués tant dans les conteneurs que dans les produits pétroliers. Les ports français tentent de résister et de faire montre de davantage de compétitivité : vœu ô combien louable mais bien difficile à réaliser, surtout pour les ports de la Manche/Mer du Nord qui, dans un climat de morosité et de restrictions budgétaires, sont en concurrence directe avec le dynamisme des ports flamands. Comme le stipulait récemment Hervé Martel, Président des Ports de France (UPF), il y a vraisemblablement un autre modèle économique à trouver et à définir pour les ports de l’Hexagone.

Un projet a pourtant franchi un pas dans son élaboration, c’est celui canal Seine-Nord Europe, avec la signature le 28 novembre d’un accord sur un protocole financier entre les différentes parties impliquées dans ce projet, notamment la région dorénavant appelée Hauts-de-France, qui a fait un effort supplémentaire. Les représentants du transport fluvial et de la batellerie française applaudissent et voient dans cette future réalisation un moyen de redynamiser un secteur en souffrance. Ce sera le cas si nos voisins belges et bataves ne se réservent la part du lion avec leur armada de bateaux fluviaux ultra sophistiqués, parés à bondir pour venir soutirer une partie du fret qui alimente et fait vivre les ports normands. Des élus de Normandie et bon nombre d’opérateurs portuaires havrais et rouennais ont manifesté leurs crispations sur ce dossier et fait savoir les dangers que représente la mise au gabarit européen de la voie fluviale du Nord de la France : le tapis rouge déroulé vers le premier port français, Anvers ! Bien évidemment, ces prises de position ont vite été taxées par nos décideurs politiques de mauvais esprit émanant d’oiseaux de mauvais augure. L’avenir nous dira lesquels avaient fait preuve de clairvoyance…Mais il sera vraisemblablement trop tard !

Pendant ce temps, le cœur de l’ENSM continue de battre : vous lirez dans ce numéro une interview de son Président, Hervé Moulinier, de même qu’un bref compte-rendu du dernier Conseil d’Administration du 30 novembre. JEUNE MARINE aurait aimé savoir si les problèmes de parité et d’égalité professionnelle y ont été débattus, suite au refus catégorique de la Direction de l’école du Havre d’accepter tout aménagement temporaire de la scolarité d’une jeune femme enceinte inscrite en 2ème année d’OCQPI, afin de mener à bien sa grossesse. Elle n’aura pas, elle, bénéficié des largesses du même établissement qui avait accepté des autorisations d’absence à durée variable pour un élève (mâle) de 5ème année impliqué dans une course au large. Vaste débat, mais en attendant, une femme a été mise sur la touche à son grand désespoir et non moins grande incompréhension !

Je terminerai par une pensée toute particulière pour la famille et les proches de Kevin Mouraud, 28 ans, étudiant en cinquième année à l’école de Nantes, tué le 21 octobre par un chauffard, alors qu’il marchait tranquillement dans le centre de la ville. Sa mort a créé un grand émoi chez tous ceux qui l’avaient côtoyé à bord du MAILLÉ-BRÉZÉ, il y avait occupé la fonction de régisseur pour le tournage du film DUNKIRK réalisé par Christopher Nolan.

 

                                                                                                            Jacques MÉVEL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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