Éditorial Jeune Marine N°237

Après nous avoir fait partager ses Chroniques givrées rédigées lors de sa longue mission à la base Paul-Emile Victor en Terre-Adélie, Claire Vandenhaute est, depuis maintenant près de deux ans, en charge de la rubrique MIGRANTS dans nos colonnes « Actualités ». Deux ans au cours desquels les pays de l’Union Européenne peinent à trouver des solutions aux flux migratoires observés d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Dans les derniers numéros de JEUNE MARINE, Claire a suivi les premiers pas de l’association SOS Méditerranée créée pour venir en aide aux centaines de milliers de migrants qui fuient le Moyen-Orient en guerre ou la misère des pays sub-sahariens en transitant, les uns via la Turquie et la Grèce, les autres par les côtes libyennes. Chaque jour, le navire humanitaire AQUARIUS va au devant des naufragés ou potentiels naufragés et permet de sauver des centaines, des milliers de vies humaines.

Dans ce numéro 237, Claire Vandenhaute nous livre le témoignage de Jean-Philippe Rigaud, aumônier du Grand Port Maritime de Marseille et bénévole au sein de l’association SOS Méditerranée. Ce reportage est illustré de clichés de photographes qui ont embarqué à bord de l’AQUARIUS et rapporté des images fortes des drames qui se déroulent sous nos yeux et qui auraient tendance à être banalisés.

Si l’action de SOS Méditerranée se voulait ponctuelle, le temps pour nos élus européens de mettre en place une politique migratoire négociée et efficace, elle risque fort de durer dans le temps et nécessitera le soutien de tous, peut-être encore plus des gens de mer qui imaginent sans peine ce que signifie être à la dérive au milieu de la grande bleue, sur une embarcation de fortune ou à bord d’un bateau ou radeau surchargé.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump ne va pas faciliter la résolution de la difficile équation de ces flux migratoires : sa récente interdiction de poser le pied sur le sol étatsunien aux citoyens en provenance d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, du Soudan, de Syrie et du Yémen provoque non seulement une vague d’indignation à travers le monde, y compris aux USA, mais aussi des inquiétudes au niveau européen. Donald Trump fait fi de la Convention de Genève concernant l’accueil des réfugiés, Angela Merkel doit renoncer à sa politique d’accueil des migrants mise à mal par une montée du populisme outre-Rhin et se heurte maintenant au chantage d’Erdogan qui menace de ne plus retenir sur son territoire les candidats à l’émigration. Nos propres gouvernants ont peine à gérer l’épineux problème des quelque 5000 migrants évacués de la jungle de Calais et dispersés aux six coins de l’Hexagone. Quant à l’Union Européenne, elle vient d’accoucher aux forceps d’un accord conclu avec Tripoli pour lutter contre l’immigration clandestine : un accord violemment dénoncé par les ONG, notamment Médecins Sans Frontières, qui voient d’un mauvais œil le maintien en détention des migrants en transit, dans un pays ravagé par le chaos politique, l’insécurité et la corruption.

SOS Méditerranée et l’AQUARIUS risquent fort de s’incruster dans nos pages pour quelque temps malheureusement.

Bonne lecture !

                                                                                                            Jacques MEVEL

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