Éditorial Jeune Marine N°240

Au cours de ces dernières semaines, l’actualité a été dominée par les passages dévastateurs des cyclones sur les Caraïbes : plusieurs dizaines de morts, des blessés, des sans-abris, des centaines de millions d’euros ou de dollars de dégâts. Au premier rang des îles sinistrées : Saint-Martin, Saint-Barthélemy, la Dominique, les Saintes, la Guadeloupe, Cuba, la liste est longue. Ports et aéroports fermés à l’approche de vents hyper violents et de pluies torrentielles. Entre deux cyclones, mais avec des conditions météo dégradées, des marins de commerce mais aussi des plaisanciers téméraires ont permis l’apport des secours et des produits de première nécessité, en toute discrétion.

Discrétion également sur le sauvetage remarquable du vraquier CHESHIRE au large des Canaries, alors qu’il transitait de la Norvège vers la Thaïlande avec une cargaison de 40.000 tonnes de nitrate d’ammonium. Début d’incendie dans une cale le 13 août dernier, premières explosions. Funeste présage pour ceux qui avaient en mémoire l’accident du liberty GRANDCAMP de la Transat, qui explosa dans le port de Texas-City le 16 avril 1947, soufflant une grande partie de la ville et entrainant la mort de plus de 500 personnes. L’équipage du CHESHIRE fut donc rapidement hélitreuillé et le navire abandonné en mer, avec peu d’espoir d’une issue heureuse. Après avoir envisagé le sabordement du navire, son armateur britannique a finalement tenté le tout pour le tout et fait appel à la société de sauvetage RESOLVE Salvage & Fire, une filiale de la société américaine RESOLVE Marine Group. Affrètement d’un puissant supply offshore, mise en place d’une équipe d’évaluation, gestion de l’incendie, passage d’une remorque début septembre et arrivée discrète le 13/09 dans le port espagnol de Motril où le navire sera déchargé. Pas d’effet d’annonce médiatique pour saluer ce travail exceptionnel : un bombardement ou torpillage du navire aurait certainement plus dopé l’audimat. Mais les lecteurs de JEUNE MARINE sauront apprécier ce sauvetage très professionnel !

Car les marins compétents sont légion, même si des adeptes du risque zéro préconisent tapageusement la mise en service prochaine de navires sans équipage pilotés depuis la terre ferme. Vous lirez dans nos pages les premières expériences dans ce domaine, « porteuses d’espoir » pour ceux qui envisagent des navires sans marins. Même en admettant que le facteur humain est souvent à l’origine des accidents, les ordinateurs, capteurs en tous genres et caméras embarquées seront-ils en mesure de faire fi des marins dont le bon sens continuera d’éviter bien des catastrophes ? Si le débat est ouvert, mon opinion est déjà faite ! Je vous invite à lire dans nos pages l’analyse faite par notre collègue Eric Blanc, « Les marins : sources d’accidents ou sources d’évitement ? » ; je souscris totalement à sa conclusion : « les promoteurs du navire sans marin doivent avoir l’honnêteté de mettre en avant des arguments économiques mais ne peuvent décemment s’abriter derrière le facteur organisationnel et humain ».

Bonne lecture,

                                                                                                            Jacques MEVEL

 

 

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