Éditorial Jeune Marine N°241

Les Assises de l’Économie de la mer viennent tout juste de se clore, sur une note d’espoir des acteurs des filières portuaires et maritimes : les belles paroles du Premier ministre et de Nicolas Hulot seront-elles suivies de décisions fortes et ambitieuses visant à développer l’espace maritime français ? Affaire à suivre.

De ces Assises, je retiendrai aussi la position du Président Directeur Général de CMA CGM, Rodolphe Saadé, quant au navire du futur sans équipage ; « hors de question de confier à un ordinateur la responsabilité d’un navire coûtant 155 millions de dollars US ». Des propos qui tranchent avec ceux des responsables de la société Rolls-Royce et plus particulièrement ceux d’Oskar Levander, le chantre attitré de la robotisation des navires au sein du groupe britannique.

Le journal Le Monde du 23/11, rebondissant sur les Assises, expliquait la démonstration réussie de commande à distance d’un remorqueur dans le port de Copenhague, en juin dernier : Rolls-Royce, en collaboration avec la société de remorquage Svitzer, y a fait évoluer un remorqueur, contrôlé de terre par un capitaine expérimenté. Un équipage était resté à bord, prêt à intervenir, au cas où la technologie viendrait à faillir. Opération pleinement réussie qui devrait permettre le développement par l’industriel d’un programme de commande à distance de navires devenus autonomes. « Désormais, nous pensons être prêts en 2020 pour une généralisation progressive entre 2025 et 2030 », assure Oskar Levander.

Au cours des Assises au Havre, Jacques de Chateauvieux, Pdg de Bourbon, a bien insisté aussi sur le fait que la survie des compagnies maritimes comme Bourbon passe par la digitalisation et les technologies connectées ! L’offshore constituera vraisemblablement un terrain d’expérimentation pour Rolls-Royce.

Aux 7es Assises du Port du futur, à Paris en septembre dernier, il fut beaucoup question de sécurité et de cybersécurité. Une des craintes manifestées par tout un aréopage de décideurs (politiques, administrations, opérateurs portuaires, armateurs, assureurs…) s’avère être une attaque malveillante d’un « esprit malin » qui s’emparerait d’un navire totalement contrôlé par la terre pour le diriger vers des installations sensibles (port, ville, centrale nucléaire) ou provoquer un désastre écologique (marée noire).

Les hackers s’attaquent pas moins de dix fois par jour aux données des grands ports, ils ont su immobiliser une partie de la logistique mondiale de Maersk en juin dernier, perturbant le fonctionnement de ports comme Rotterdam ou New York. Le navire sans équipage, ce sera du « pain béni » pour les terroristes informatiques, il deviendra la cible privilégiée des cyberattaques au ransomware. Des chercheurs tentent de trouver des parades.

J’ai une solution à leur proposer : au lieu de se faire des frayeurs sur le possible devenir de la menace avec des navires commandés à distance, qu’ils laissent à bord un équipage minimum : il saura toujours stopper la machine, prendre la barre en manuel ou jeter l’ancre.

Comme le vante Rolls-Royce sur son site, « le navire sans équipage, c’est s’affranchir de la possibilité d’une erreur humaine »… Les scenarios catastrophes évoqués aux Assises du Port du futur devraient freiner le phénomène de la robotisation généralisée des navires de commerce et me laissent penser que l’ENSM a encore de belles années pour enseigner l’art de la navigation. Au fait, savez-vous que, face au développement des cyberattaques, les académies de marine américaines ont remis dans leur programme la navigation astronomique et l’usage du sextant ?

Adeptes du tout connecté sans équipage, ne manquez pas la lecture page 20 du récit « Applique la procédure ! » : fiction ou proche réalité ?

Jacques MEVEL

 

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