Éditorial Jeune Marine N°242

Dans le dernier édito du JM 241, il a beaucoup été question de navire sans équipage, un concept développé par Rolls Royce qui voit là tout l’avenir de la flotte marchande mondiale. Curieusement, après avoir fait la une de nombreux médias maritimes, le groupe britannique annonce qu’il va se séparer de sa division marine commerciale pour mieux se recentrer sur ses activités « cœur de métier », à savoir l’aéronautique civile et militaire et les systèmes énergétiques, dont le nucléaire. Alors que Rolls Royce peut se féliciter d’équiper un tiers de la flotte mondiale, l’abandon de sa branche marine interpelle, surtout après avoir mis en avant des projets bien ficelés de navires autonomes. Ou alors faut-il voir là une opération financière particulièrement juteuse ?!!

Le navire dit autonome continue de « phosphorer » dans les bureaux d’études, vous pourrez lire dans notre rubrique « Actus » que le producteur d’engrais norvégien Yara mettra en service en service dès 2020 un caboteur autonome, zéro émission, qui fera la navette à l’intérieur d’un fjord. Les Hollandais avancent aussi à grands pas dans ce domaine, ce sont des barges à conteneurs autonomes, également zéro émission (propulsion électrique, à partir de batteries), qui vont bientôt sillonner les canaux du plat pays.

Et la France dans le domaine des innovations ? Nos jeunes collègues Simon Bernard et Alexandre Dechelotte continuent de faire avancer leur projet Plastic Odissey en suscitant l’engouement des médias pour leur catamaran qui sera propulsé à partir de la transformation de déchets plastiques. Les ferries de la Méridionale et maintenant ceux de Corsica Linea stoppent leurs groupes électrogènes lorsqu’ils escalent à Marseille, grâce aux bornes électriques mises en place par le GPMM. Bourbon, en collaboration avec le Bureau Veritas, développe des applications d’automatisation et de suivi en temps réel de sa flotte, en mettant l’accent sur la cybersécurité. CMA CGM confirme son rôle leader dans le domaine des énergies propres en abandonnant le fuel lourd pour le GNL, qui assurera la propulsion de ses 9 prochains porte-conteneurs de 22.000 boîtes. TOTAL s’est engagé auprès de l’armateur phocéen pour la fourniture de ce GNL, un créneau que le groupe pétrolier va développer fortement après la récente acquisition d’une flotte de méthaniers et de participations dans des usines de liquéfaction. Du côté des énergies vertes, Jacques Nougier rappelle, dans la conclusion de son bilan sur les Energies Marines Renouvelables (EMR) – pages 38 à 41 – qu’elles constituent en France « un domaine neuf, véritable défi économique prometteur, scientifique, industriel, écologique et social, pour lequel un financement à la hauteur de l’enjeu est indispensable » ! Encore faudrait-il que le carcan administratif se desserre et simplifie les procédures, de trop nombreux porteurs de projets ont déjà jeté l’éponge.

Après vous avoir décrit dans nos précédents numéros les actions de sauvetage menées au large des côtes libyennes par les équipes de bénévoles de SOS Méditerranée, cette édition vous propose l’interview d’un migrant rencontré par JEUNE MARINE, le récit d’un rescapé de l’AQUARIUS, l’avant et l’après sauvetage, la traversée des déserts, le passage des postes-frontières, les geôles libyennes, les travaux forcés, le grand départ sur des pneumatiques surchargés, à bout de souffle, puis l’arrivée en « Terre promise » avec tout son lot d’imprévus et de respect des lois en vigueur.

Cette odyssée vous interpellera peut-être sur l’attitude que tout capitaine de navire est amené à adopter lorsque sa route lui fait croiser une embarcation à la dérive, avec à son bord des dizaines de migrants implorant de l’aide. Solidarité des gens de mer ou pas solidarité ? Tous les yeux sont alors rivés sur le capitaine, qu’il s’agisse d’assistance ou de n’importe quelle autre situation de péril. Que disent les manuels à ce sujet ? Pas grand chose. Eric Blanc, dans une tribune intitulée « le dernier à quitter son bord », vous donne son avis sur ces principes éthiques qui régissent la vie des capitaines de navires. D’aucuns diront qu’ils doivent faire avec « les moyens du bord » : une chronique d’un autre genre, avant tout joyeuse, signée Françoise Gehannin, « Le grain de sel d’une femme de marin » : de la joie, nous en avons besoin !

Bonne lecture.

Jacques Mével

 

 

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