EDITORIAL Jeune Marine 246

A l’heure où les premières mesures coercitives de la transition énergétique entraînent un vent de colère et de fronde dans l’Hexagone, l’actualité maritime de novembre a été marquée par la tenue d’un Comité interministériel de la mer le 15/11 à Dunkerque et le déroulement des Assises Économie de la mer à Brest les 27 et 28/11, qui donnent l’impression que le Gouvernement laisse « au mouillage sur rade » toute la filière Énergies Marines Renouvelables (EMR), malgré les nombreuses promesses passées. Ce dernier numéro de l’année 2018 va aborder le thème du navire autonome, avec équipage réduit ou sans équipage. Un sujet qui semble enthousiasmer la filière des industriels de la mer !

Nous avons déjà relaté dans nos pages les expérimentations de Rolls-Royce en matière de navire totalement autonome, un concept soutenu par Oskar Levander, vice-président innovation de la firme britannique. Mais, surprise ! le 6 juillet dernier, après avoir annoncé son intention de supprimer 4600 emplois, essentiellement au Royaume-Uni, Rolls-Royce signait avec le groupe norvégien Kongsberg Gruppen un accord de cession de sa branche marine pour un montant de 565 millions d’euros, transaction qui devrait être finalisée au cours du premier semestre 2019. Nos regards se portent dorénavant sur le département Marine de Kongsberg, qui compte pas moins de 4000 personnes. Souvenons-nous qu’il y a déjà plus d’un an, le groupe Bourbon signait avec Kongsberg Maritime un accord stratégique de développement collaboratif portant sur les navires autonomes et connectés.

Kongsberg, Wärtsilä et de nombreux autres poids lourds de la technologie maritime foncent tête baissée dans la digitalisation des navires, un marché particulièrement porteur. Les accidents maritimes étant dus à une erreur humaine pour près de 80% d’entre eux, l’occasion était trop belle pour ne pas trouver des solutions innovantes pour s’affranchir de la présence humaine à bord des navires de commerce. Du navire sans équipage au navire autonome à équipage réduit, les départements Recherche & Développement des grandes firmes mettent les bouchées doubles pour montrer la faisabilité d’un navire totalement autonome.

Vous pourrez lire dans ce numéro spécial les espoirs en la matière du Groupement des Industries de Construction et Activités Navales (GICAN), les recommandations du BV, le projet de la start-up SHONE, le point de vue d’un assureur maritime, les commentaires d’un spécialiste du code ISM quant à l’application de ce dernier au futur navire autonome. Il nous était impossible de ne pas donner la parole aux capitaines de navires regroupés au sein de l’AFCAN, vous saurez apprécier leurs commentaires sur ces projets qui les mettent une fois de plus en première ligne : à qui fera-t-on porter la responsabilité lors d’un accident impliquant un navire autonome piloté à partir d’un fleet center ? L’AFCAN insiste bien sur l’impérieuse nécessité d’établir une législation ad hoc au niveau international, l’OMI a du pain sur la planche !

Sans sombrer dans la nostalgie de la marine à voile, Eric Blanc vous fera partager son billet d’humeur « Pour une éthique du monde maritime » et, dans « Navires sans marin, navires orphelins » vous conviera à vous interroger sur les limites de l’intelligence artificielle.

Nous clôturerons ce dossier sur une note de poésie, rédigée avec brio par Françoise Gehannin, notre fidèle chroniqueuse du Grain de sel d’une femme de marin.

Quid du transit d’un navire autonome dans le canal de Panama ? Nous avons oublié de poser la question à Jacques Nougier qui nous emmènera, pour quelques numéros, à la découverte des grands canaux (Panama, Suez, Corinthe, Welland) : honneur à Panama pour débuter la série.

Bonne lecture !

                                                                                                Jacques Mével

 

« Navires autonomes : premier essai peu concluant, au large du Cap Corse !!! » MacKay

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