Sex and the Sea l’exposition la plus sexy du moment

Sexe, marin, curiosité, intimité, norme, éloignement, solitude, envie, tradition, maladie, aventure, désir, différence, culture, morale, groupe, individu…Malgré son ambition modeste et son caractère controversé, «  Sex and the sea » est définitivement l’exposition la plus sexy du moment.

Aujourd’hui, on accorde de plus en plus d’importance à la place de l’humain dans son environnement professionnel, également dans le milieu maritime. Il est très en vogue de former son personnel au management et l’on admet le fait qu’il soit bénéfique de donner des outils pour encourager et orienter les gens dans le développement de leur sensibilité à la gestion du personnel. Mais d’autres sujets humains n’ont pas encore bénéficié de cet élan progressiste. On jouit trop peu de la possibilité de débattre et d’échanger sur des sujets socioculturels spécifiques à la sphère maritime comme l’éloignement et ses manifestations, le désir en mer, les traditions, la morale, les règles de vie à bord, etc… Ces dialogues sont moins accessibles et encore aujourd’hui dévalorisés. Le progrès n’est pas uniquement technique, il est aussi humain, et en 2016 on est loin de pouvoir se vanter de la modernisation des pensées et de la remise en question des normes à bord des navires.

« Sex and the Sea » nous incite avec élégance à prostituer la solitude de nos pensées sur les sujets humains encore sensibles à travers le dialogue et le débat.

(Article de Sophie Galvagnon publié dans le numéro 233 de la revue Jeune Marine.)

« Une femme dans chaque port », un refrain toujours populaire mais quelle réalité se cache derrière, aujourd’hui ? Une exposition qui a pour ambition de briser la glace sur le thème de la sexualité en mer.

Originalement crée par musée maritime de Rotterdam, « Sex and the Sea » est aujourd’hui hébergée par le Musée d’histoire maritime de Stockholm et sera bientôt prête à s’expatrier au Danemark. L’artiste néerlandaise Saskia Boddeke et le réalisateur britannique Peter Greenaway ont relevé le défi de mettre en œuvre cette exposition. Saskia souhaitait créer des sensations fortes et susciter des émotions, c’est ce à quoi le titre de l’exposition inspire, mais elle désirait également lui donner une certaine profondeur. Elle rajoute qu’elle « ne voulait pas traiter le sujet de manière totalement objective et neutre. Parfois j’ai même pensé, mais bon sang que vais-je donc faire de ces marins ? »

L’exposition est rendue dynamique du fait qu’elle a été conçue à travers une démarche artistique. Il n’y a pas de point de départ ni de cheminement défini, le visiteur est libre de cheminer et d’évoluer à travers la salle de manière aléatoire. Peu importe le trajet choisi, il est constamment sujet à la réflexion et au questionnement. L’installation est composée de différents objets, photos, illustrations et au centre, des projections de témoignages de marins. Ils racontent leur expérience sexuelle, parle de l’éloignement, du désir, de la virilité, de l’homosexualité, de l’identité ainsi que des maladies sexuelles.

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Saskia raconte avoir débuté avec sur des préjugés. « Dois-je vraiment me donner la peine de m’asseoir et d’écouter les histoires lugubres de ces hommes ? Après les témoignages j’ai réalisé que la plupart ne sont pas horribles même si les choses qu’ils racontent le sont. C’est une réalité triste dans laquelle ils s’emprisonnent. » Sa phase de recherche lui a permis d’avoir plus de compréhension envers leurs récits notamment en réalisant à quelle point la solitude est présente et à quelle point la vie à bord peut être laborieuse pour certains. Il y a ceux pour qui partir en mer constitue un rêve d’adolescent, une passion, mais aussi ceux pour qui cette aventure a un but alimentaire et ne procure plus de plaisir.

Être loin des siens pendant une longue période, vivre des moments intenses avec ses collègues de travail, développer un besoin de proximité et de confort. Elle insiste sur le fait qu’il s’agit de compréhension envers les récits des marins et non de compassion ou de sympathie en rajoutant qu’elle n’est pas insensible au fait « que les femmes sont souvent utilisées pour assouvir les besoins des hommes ». Cette exposition ose confronter le visiteur à un sujet encore aujourd’hui maintenu en dessous de la surface. Elle aborde les thèmes d’identité sexuelle, d’amour, de désir en mer puis des maladies.

On met de côté sa vie sociale et familiale pour un temps parfois indéterminé, en échange d’une vie en quasi autarcie sur un espace restreint. Les désirs comme celui de rentrer ou le désir sexuel peuvent être vus comme des manifestations de la solitude engendrée par le métier et ont des degrés d’intensité ainsi que des formes différentes selon les personnes.

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« Sex and the Sea », dévoile une facette plus réaliste et moins romantique de la vie en mer.

Au centre de la pièce, on est invité à prendre place sur un lit étroit. Devant, sont projetés sur trois toiles formant un cube incomplet des extraits de témoignages de marins. Les images défilent, portraits des marins, femmes nues, sirènes, navires, paysages exotiques….Un des marins parle de son homosexualité, un autre détaille ses rencontres avec les prostituées, une serveuse raconte des anecdotes de soirée dans son bar, un médecin expose les différents types de maladies qui se transmettent de port en port. On peut constater que les discours des nouvelles générations sont similaires à ceux des marins plus anciens et qu’ils mettent en évidence le regard des hommes sur les femmes.

Les projections deviennent comme une sorte de prisme à travers lequel la sexualité se décline par différent angles. Tout autour, différents aspects de la sexualité en mer son présentés comme les mythes autour des femmes et du désir et à divers objets à connotation sexuelle retrouvés dans la culture maritime. A l’entrée, des figures de proue taillées en forme de femmes aux formes généreuses ayant eu pour rôle de guider les navires dans leurs expéditions. La salle est parsemée de valises remplies d’objets fétiches de marins mais aussi de revue érotiques et de préservatifs. Derrière une vitrine une noix de coco jumelée avec une autre rappelant les formes des parties intimes des femmes et longtemps considérées comme des morceaux de sirènes égarés… L’idéal de la sirène se retrouve à travers divers objets et illustrations dans la pièce qui révèlent le fantasme entretenu par les marins à travers les siècles.

Enfin, une partie beaucoup moins idyllique traite de la nature de certaines maladies sexuelles et de leur pouvoir de transmission. Différentes souches de champignons, de pustules et de morpions sont exposées dans des bocaux de formol. Ainsi que différentes méthodes rudimentaires de contraception comme les boyaux d’animaux pour les hommes ou bien des éponges imprégnées d’alcool pour les femmes.

Même si l’exposition peut manquer de perspective féminine elle atteint son objectif premier avec subtilité et invite le visiteur à mettre en abîme ses pensées sur les normes, les coutumes et les préjugés autour du genre et de la sexualité.

A lire dans le JM 233, la suite de cet article avec les interviews de BERIT HARDER, guide au musée d’histoire maritime de Stockholm et de RON BRAND conservateur au musée de Rotterdam.

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