Sondage Jeune Marine : Que sont devenus les DESMM des promotions 2010 à 2016 ?

En 2017, nous fêtons les 50 ans de la première promotion complète d’officiers polyvalents formés au sein des ex ENMM.

2017, c’est également l’arrivée sur le marché du travail de la première promotion « d’ingénieurs-navigants » du nouveau cursus mis en place avec la réforme des Hydros au travers de la création de l’ENSM en 2010. Cette année marque probablement la fin d’un cycle de formation qui a très largement répondu aux attentes du monde maritime, mais également des secteurs économiques où nombre d’ex- MarMar ont exercé leurs talents. Nous avons pour l’occasion souhaité faire « une photo » de la situation professionnelle réelle des derniers diplômés DESMM au travers de cette enquête.

Vous avez été 40% à répondre à notre enquête sur l’évolution professionnelle des jeunes officiers, enquête lancée le 21 janvier 2017 auprès des 981 diplômés DESMM depuis 2010. Nous vous en remercions. La situation réelle de l’emploi en début de carrière pour les DESMM, les perspectives, difficultés et atouts des officiers polyvalents, aujourd’hui dans la marine marchande ou à terre sont très difficile à quantifier. Nous avons touché essentiellement les anciens élèves étant restés proches du milieu maritime. Notre analyse se limite à leurs réponses, mais avec 40% de taux de réponse les tendances réelles sont significatives. La répartition des réponses en fonction de l’année de délivrance du DESMM montre une surreprésentation de la promotion 2016. Dans notre analyse, nous avons pris en compte plus particulièrement cette promotion, afin d’équilibrer l’enquête.

Q12 Date d’obtention de votre DESMM HD

 

Ce sondage confirme les grandes lignes observées depuis la création de la filière polyvalente. La première partie de carrière se fait à la mer, car c’est la motivation principale des jeunes qui intègrent l’ENSM. Le très faible taux de reconversion ou réorientation à la sortie de l’école le prouve.

Les principales évolutions sont observées sur les temps de navigation entre la troisième année et le retour sur les bancs de l’Hydro pour le DESMM. La principale valeur ajoutée du DESMM est l’expérience acquise à la mer, et plus particulièrement l’expérience à un poste d’officier avant de suivre la dernière année de cours. Sur l’ensemble des DESMM, plus de 90% ont occupé un poste d’officier durant cette période de navigation.

Q1 - graphique camembert hd

 

Pour la promotion 2016, plus d’un élève sur 4 n’a pas eu d’expérience embarquée comme officier avant le DESMM.

Q1 2016 - graphique camembert hd

Les modifications successives du cursus de formation ont conduit à fortement diminuer des temps de navigation jusqu’à les rendre inexistants pour certains avant de rentrer en cinquième année. De 20 mois de navigation nécessaires, nous sommes arrivés à une moyenne de 10 mois, et même pour 6% des 2016, moins de 5 mois effectifs de navigation. En 2016, 48% de la promotion a navigué moins de 10 mois, alors que pour les promotions précédentes seulement 21% ont navigué moins de 10 mois.

Q2 2010-2015 HDQ2 2016 camenbert JVD HD

 

Cette dégradation n’est pas uniquement due à une diminution des possibilités d’embarquements des armements, mais également à la réduction du temps disponible pour réaliser les temps de navigation, voire à une certaine indulgence de la part des Affaires maritimes. Dans toutes les écoles d’ingénieurs, les étudiants ont la possibilité de faire une année de césure. Cette dernière est nominative et limitée théoriquement à un petit nombre. Dans la réalité, plus de 50% des promotions de certaines écoles d’ingénieurs (Centrale, ENSAM, etc.) choisissent l’année de césure ou l’alternance. Cette dernière solution n’a pas été proposée par l’ENSM aux élèves. C’est probablement la solution à étudier, tant du côté des compagnies que de l’ENSM, pour éviter cette baisse d’expérience professionnelle préjudiciable à la qualité reconnue des futurs DESMM.

Les deux questions suivantes permettent de visualiser la répartition entre navigants et ceux ayant posé sac à terre, ainsi que le type de contrat d’embauche dans les compagnies de navigation.

71,7% des DESMM des sept dernières promotions naviguent, avec respectivement 48,1% en CDI et 23,7% en CDD.

Pour la promotion 2016, on trouve bien entendu beaucoup moins de navigants en CDI (16,4%) qu’en CDD ( 43,1%), les jeunes officiers n’étant pas encore stabilisés au sein des armements. Mais seulement 59,5% naviguent dans cette première année post DESMM. Logiquement, ils sont plus nombreux en recherche d’emploi.

La répartition des postes occupés pour les 71,7% qui naviguent est assez homogène avec une dominance pour les postes de second dès que le jeune officier a acquis un minimum d’expérience.

Q5 - graphique camembert HD

Logiquement les jeunes officiers de la promotion 2016 occupent en grande majorité les postes d’officier polyvalent ou de lieutenant pont.

Q5 2016 HD

On observe une certaine stabilité et fidélisation au sein d’un même armement. 64% naviguent toujours pour la même compagnie. C’est compréhensible dans une période de crise généralisée, où la pérennité des emplois embarqués est aléatoire, principalement sous pavillon français. Le turn-over de ceux qui ont changé de compagnie est normal, excepté ceux qui ont une expérience dans plus de 5 compagnies : esprit d’aventure et de découverte, malchance ou incompétence (4% de ceux qui ont changé de compagnie).

Q6 - graphique camembert HD

Le paramaritime de l’off-shore et des EMR est très marginal dans les débouchés effectifs des DESMM. Seuls 10,2% y exercent une activité embarquée sur des supplies, à bord de plates-formes ou bien à terre au sein des bases de soutien ou dans les bureaux. Ces secteurs mis en avant par l’ENSM comme débouchés à fort potentiel pouvant compenser la chute des postes embarqués sur les navires ne sont pas pourvoyeurs d’emplois actuellement.

Q7 - graphique camembert HD

Presque un quart des DESMM sont en recherche d’emploi, ce qui ne signifie pas qu’ils soient au chômage. Nombre d’entre eux souhaitent uniquement changer de compagnie ou de cap.

Q8 - graphique camembert HD

Parmi les 23,2% en recherche d’emploi, 52,7% d’entre eux souhaitent embarquer, 25,3% poser sac à terre et un peu plus de 20% sont ouvert aux deux possibilités. Le taux de recherche d’emploi grimpe à 42,2% pour la promotion 2016. Une analyse plus poussée des réponses montre un chômage « réel » proche de 30% pour les DESMM 2016.

Q8 2016 HD

À la question : « Travaillez-vous à terre ? » seulement 15% des DESMM ont répondu oui, confirmant l’idée que la première partie de carrière se fait en grande majorité à la mer, au moins jusqu’à l’obtention du brevet C1NM. Les postes occupés à terre sont majoritairement dans le maritime (72%), au sein des services des compagnies, sociétés de services, classification, administration et enseignement maritime, ports, courtage et chantiers. Un bon quart des postes à terre sont dans l’industrie avec une dominance Oil and Gas, la logistique et quelques originalités comme la gestion d’une usine à neige dans une station de sports d’hiver.

Q9 - graphique en barres verticalement HD

La réorientation professionnelle ne concerne finalement que peu de DESMM : 5,6%. C’est peu, mais c’est lié également aux limites de ce sondage. Nous n’avons eu aucun soutien de la part de la Direction des Affaires Maritimes, ni de l’Enseignement maritime pour contacter l’ensemble des 981 DESMM. Et c’est probablement parmi ceux qui ont abandonné le milieu maritime ou paramaritime que l’on trouve ceux passés par une reconversion.

Cependant on distingue trois domaines de formation complémentaires, généralement un mastère : Droit maritime et shipping, finance et commerce (Écoles de Commerce), ou ingénierie en particulier avec l’ENSTA.

La dernière question de notre sondage concerne le régime juridique sous lequel sont employés les jeunes DESMM, à terre ou embarqués. La très grande majorité demeure sous régime français (y compris le RIF). Un peu moins de 15% sont à l’international ou au sein de l’UE. On observe pour les 2016 une augmentation de l’expatriation, avec plus de 23% hors de France. Les plus jeunes diplômés, volontairement ou sous la contrainte, choisissent d’aller naviguer sous d’autres cieux. Cette tendance va s’accroître dans les années à venir, à la condition que l’État français ne complique pas les choses (voir article sur le décret de rattachement à l’ENIM des marins français qui naviguent à l’international)

Q11 - graphique en barres verticalement HDQ11 2016 HD

Pour compléter notre enquête, nous avons posé la question : Quels sont les atouts de « MarMar » qui vous aident aujourd’hui dans votre activité ? C’est une question que nous posons dans nos portraits d’anciens élèves.

37% des participants au sondage ont donné leur avis. Nous avons regroupé les principaux qualificatifs partagés par les sondés, et également le ressenti avec le recul de la formation reçue.

Les principaux atouts cités sont : polyvalence, disponibilité, adaptabilité, sens pratique, débrouillardise, travail en équipe et rigueur.

Retrouver l’ensemble de cette enquête dans le numéro 238 de la revue Jeune Marine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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