InterviewJeune Marine N°281Marine marchande

Connaissez-vous vraiment les armements français ?

Entretien avec Agnès LLOVERA, Directrice des Ressources Humaines de Corsica Linea

Dans un numéro inédit de notre série « Connaissez-vous vraiment les armements français ? », nous avons le plaisir de recevoir Agnès LLOVERA, Directrice des Ressources Humaines de Corsica Linea, depuis la station de pilotage du port de Sète, un site en pleine métamorphose.

Aymeric AVISSE : Vous êtes la directrice des Ressources Humaines de Corsica linea, un armement jeune mais dynamique avec un développement impressionnant. Pouvez-vous nous expliquer ce développement et surtout nous l’actualiser ?

Agnès LLOVERA :  Alors, jeune, oui et non, puisque nous avons démarré cette success story en 2016, par l’impulsion de nos actionnaires et le développement aussi grâce à notre Directeur général. Et ça passe au travers de trois grands piliers qui pour nous sont les plus importants.  Donc en premier lieu, la satisfaction client, qui est notre principale source de développement. En parallèle, on n’a pas oublié évidemment notre engagement sociétal, qui pour nous est important et bien sûr, le pilier environnemental qui a pris une proportion et une ampleur très importante chez nous. Nous avons actuellement 9 navires.

Aymeric AVISSE : Oui, donc en plus avec des coques neuves, avec peut-être de la décarbonation, du GNL.

Agnès LLOVERA : Notre dernier navire fonctionne au GNL, ce qui est venu renforcer encore davantage notre mission de réduction des émissions. Le deuxième navire attendu sera lui aussi propulsé au GNL.

A GALEOTTA © Vincent Baccelli DR
A GALEOTTA © Vincent Baccelli DR

Aymeric AVISSE : Alors vous partez de Marseille, vous desservez la Corse et l’Afrique du Nord ?

Agnès LlOVERA : Oui, tout à fait. Donc effectivement, on est sur la desserte entre la Corse et le continent, puisque nous entrons dans le cadre de la délégation de services publics.  Et nous avons également une très grosse activité sur l’Afrique du Nord, notamment la Tunisie et l’Algérie, qui sont pour nous des marchés très importants.

Aymeric AVISSE Alors si nous nous rencontrons aujourd’hui à Sète, ce n’est pas par hasard, c’est pour parler justement du développement de Corsica Linea, puisque  depuis un ou deux ans, vous avez une ligne qui part de Sète et qui dessert l’Algérie.

Agnès LLOVERA : On a effectivement des navires qui partent de Sète et qui desservent des ports algériens. C’est important pour nous car nos clients sont binationaux vivant en Occitanie. Nous intensifierons effectivement notre présence sur le port de Sète tout en nous inscrivant dans une logique de développement durable grâce au branchement électrique à quai et zéro émission.

Aymeric AVISSE : Alors justement, vous parlez du port de Sète, comme je disais, ce n’est pas fortuit. On n’est pas là par hasard. C’est un port que Jeune Marine suit depuis plus de 10 ans, avec une métamorphose spectaculaire, avec de nouveaux quais, avec de nouvelles grues, avec une intermodalité qui a été renforcée. Est-ce que vous considérez qu’aujourd’hui le développement de Corsica Linea doit passer par Sète? 

Agnès LLOVERA : Nous sommes très sensibles à l’ensemble de ces investissements sur ce port, notamment tout ce qui est intermodalité, puisque bien qu’on ne soit pas complètement dedans,  nous applaudissons effectivement des deux mains, ces développements qui visent effectivement à améliorer notre performance environnementale.  C’est un développement très clair sur lequel on peut potentiellement réfléchir, puisqu’on a quand même une grosse activité fret, qui est effectivement très intéressante dans le cadre de notre développement. Il s’agit également d’un port très à l’écoute des armateurs, avec lequel nous entretenons un dialogue constructif, notamment sur l’amélioration de notre ponctualité, qui constitue pour nous l’un des indicateurs clés de la satisfaction client.

Aymeric AVISSE : Depuis le port de Sète, pour l’instant c’est peut-être un peu confidentiel, vous avez combien d’escales à Sète par semaine? 

Agnès LLOVERA : Nous avons plusieurs escales par semaine avec une force saisonnalité, c’est forcément un peu plus calme en cette période de l’année.

crédit photo : port de Sète

Aymeric AVISSE : Donc saisonnalité sur l’été? 

Agnès LLOVERA : Oui, il s’agit essentiellement de tourisme. Il existe néanmoins une forte demande, notamment avec de nombreux binationaux qui rentrent dans leur pays pour rendre visite à leur famille. Pour nous, il est essentiel d’être au rendez-vous afin d’assurer cette desserte, mais aussi de garantir une prestation de qualité. La traversée étant relativement longue — un peu plus de 22 heures — il est donc primordial que les équipements à bord soient bien adaptés, en adéquation avec les attentes et les besoins de nos clients.

Aymeric AVISSE : Vous parlez de qualité, dans votre ADN vous avez toujours opté pour le pavillon français au premier registre. C’est une qualité supérieure évidemment de service, c’est un modèle avec des exigences très fortes. Comment anticipez-vous le futur de ce modèle, et pensez-vous pouvoir le tenir?

Agnès LLOVERA : Tout à fait. Le maintenir, oui, parce que pour nous, ce n’est pas un simple acte militant, c’est notre ADN. Ne pas le faire reviendrait à nous renier, à trahir ce que nous sommes et les valeurs que nous défendons. Bien sûr, ce n’est pas simple, ce n’est pas évident, surtout que nous sommes très peu nombreux à naviguer sous pavillon français au premier registre. C’est du « made in France », sur lequel nous cherchons constamment à progresser. Nous essayons aussi d’apporter notre contribution pour faire avancer les normes sociales des marins, qui sont liées à des standards plus globaux. Nous travaillons à faire évoluer ces sujets au niveau de la branche, en concertation avec toutes les parties prenantes qui collaborent avec nous.

Aymeric AVISSE : Le pavillon français au premier registre impose 100% de contrat au droit français. 

Agnès LLOVERA : Tout à fait. Donc, 100 % de nos marins signent un contrat d’engagement maritime français.

Aymeric AVISSE : Très bien, j’ai personnellement commencé à naviguer sur des bateaux que vous exploitez encore aujourd’hui. C’étaient des lignes que je trouvais formidables, avec un rythme qui était très épanouissant. Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment fonctionnez-vous au quotidien et sur l’année pour les marins français, enfin tous les marins français et les officiers français embarqués ?

Agnès LLOVERA : Pour conserver nos officiers en particulier, nous avons mis en place des systèmes de binômes sur les fonctions embarquées. Cela nous permet de gérer l’intensité du travail, surtout en période saisonnière, tout en restant relativement maîtrisé, avec des rythmes du type 15‑15. Les binômes ont la possibilité de dialoguer pour adapter les plannings en fonction de leur vie personnelle. Ensuite, chaque binôme s’organise sur un rythme convenu, acceptable pour tous, qui préserve l’équilibre de l’entreprise et le bon fonctionnement des opérations. Nous avons également mis en place des packages spécifiques pour les officiers, le personnel d’exécution et le personnel sédentaire. Au niveau RH, nous accompagnons le marin tout au long de sa carrière chez nous et lui mettons à disposition des outils pour concilier vie professionnelle et vie personnelle. C’est particulièrement utile pour les jeunes officiers qui démarrent leur carrière, afin de les aider à bien s’intégrer et à trouver un équilibre dès le début. Et bien évidemment, nous mettons un fort accent sur la formation professionnelle, au-delà de la formation réglementaire, qui reste déjà très exigeante pour les marins. Cela permet de fournir aux officiers des outils concrets pour l’accompagnement et le management au quotidien sur nos navires, car ils ont de nombreuses équipes à gérer, mais aussi pour les aider dans leurs interactions avec nos clients.

Aymeric AVISSE : Le bien-être au travail est important, bien sûr. Mais il y a aussi l’évolution professionnelle. Certains marins ont des ambitions ou simplement l’envie de changer de poste. Je sais que dans certains armements, il est courant de pouvoir passer un certain temps à terre pour le reste de sa carrière. Est-ce que ce genre de possibilités existe chez vous pour les officiers, que ce soit dans le technique, l’armement ou la qualité, par exemple ?

Agnès LLOVERA : Chez nous, il y a trois voies possibles pour un officier. Un officier peut commencer sa carrière chez nous et, s’il le souhaite, décider d’aller faire un passage chez nos collègues du pilotage, par exemple. Nous les accompagnons dans ce choix, c’est aussi une part de notre rôle. Ensuite, en interne, il y a deux voies : la voie projet — c’est ainsi que nous l’appelons — qui permet à nos officiers de participer à certains projets spécifiques technique notamment développement durable et l’ IA et la voie carrière opérationnelle, qui consiste à évoluer sur des postes à responsabilités à bord, en continuant à développer leur expertise technique et managériale. Il y a la possibilité de passer par une carrière un peu plus sédentaire pour des raisons personnelles ou professionnelles. Tous nos postes sédentaires sont ouverts en mobilité interne pour nos officiers et on a de très belles carrières; la dernière en date étant notre nouvelle directrice technique qui était dernièrement encore sur nos navires. Nous en sommes très fiers.

Aymeric AVISSE : L’IA pour remplacer nos officiers ?

Agnès LLOVERA : Pas du tout. Essayer de mettre l’IA à disposition de nos officiers pour les accompagner dans la détection de panne par exemple afin de les aider au quotidien.

Aymeric AVISSE : Concrètement, pour vous rejoindre, comment fait-on ?

Agnès LLOVERA : Pour nous rejoindre, c’est très simple : il faut postuler à nos offres en ligne, car nous publions régulièrement des postes pour nos officiers. Nous avons également des partenariats renforcés avec l’École Nationale Supérieure Maritime et nous intervenons directement au sein de l’école.

Aymeric AVISSE : Est-ce que les élèves effectuent des stages d’initiation ou de découverte à bord de vos navires ?

Agnès LLOVERA : Nous avons toute une période de sensibilisation, bien en amont, qui s’intègre à l’ENSM que nous soutenons activement, notamment avec l’ouverture récente de l’antenne à Bastia. Nous ciblons des jeunes qui passent leur bac et qui sont intéressés pour intégrer cette belle école. Ensuite, notre directeur de Flotte, très impliqué dans la vie de l’ENSM, intervient régulièrement pour repérer ces talents . Enfin, une fois qu’ils rejoignent l’entreprise, le service RH prend le relais avec l’onboarding et les accompagne au quotidien dans leur montée en compétence.

Aymeric AVISSE :   Vous embauchez les plus jeunes, mais est-ce qu’en milieu carrière, on aurait une chance d’arriver directement second, ou peut-être chef chez vous ?

Agnès LLOVERA: Alors, c’est un peu plus difficile, soyons clairs, car nous attachons beaucoup d’importance au parcours interne, qui inclut aussi un certain niveau de maturité. Cela dit, les évolutions peuvent être assez rapides. Avec l’augmentation de notre flotte ces dernières années, nous avons vu de réelles promotions. Aujourd’hui, de jeunes commandants sont déjà à la tête de navires, ayant progressé rapidement. Donc, on a quand même cette possibilité de progresser dans l’entreprise de manière assez rapide.

Aymeric AVISSE :  Merci beaucoup Agnès LLOVERA ! A très bientôt, au revoir !

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