Vous vous souvenez de cette formule ? C’était le titre de l’encadré « choc » utilisé par l’ENSM en page 4 de sa proposition du projet « Hydro 2040 ». Cette accroche m’est restée en tête depuis tous ces mois (prouvant par là le très bon choix de la formule), et les réponses d’élèves, d’anciens élèves mais aussi mon quotidien me poussent à revenir sur ce sujet car aujourd’hui, au lieu de considérer l’IA comme le Jupiter, le Frontier ou le Fugaku de l’avenir numérique, nombre d’entre nous l’utilisent naïvement (ou pas) comme la fabrique du crétin « digital »… le TikTok des bancs d’écoles non chinoises….
Si je reviens aujourd’hui pour développer ce thème, c’est qu’au sein de la rédaction nous nous refusons de vous proposer des contenus générés par IA dans nos articles, nos vidéos et même via nos réseaux sociaux. Nous y avons déjà eu recours pour certains visuels de projection (Hydro 2040) ou pour vous faire réagir comme sur cet article, mais son utilisation générative pour les articles est à cette heure totalement exclue.
Il est très facile de devenir auteur quand on demande à l’IA de générer un texte « à la façon de » ou de devenir un spécialiste de la création vidéo en payant une IA générative, mais pour nous, cette option revient à nous parjurer, à nous mentir à nous-mêmes.
Sans vouloir idéaliser le passé, les années 90 lorsque j’étais au lycée, ont été très stimulantes : j’ai suivi les tout premiers cours de Sciences de l’Ingénieur dans lesquels on enseignait sur des PC (moins puissants qu’un robot de cuisine actuel) comment concevoir des pièces d’ingénierie ; nous découvrions les joies supposées de calculatrices révolutionnaires avec une mémoire puissante et capables d’éditer des graphiques. Peu après sont apparus les enseignements sur tableurs, sur logiciels spécialisés et autres simulateurs.
Si toutes ces technologies étaient révolutionnaires pour l’époque, elles apportaient avant tout un surcroît de niveau à chacun pour les aider à s’élever et permettre de ne pas perdre de temps sur les tâches fastidieuses ou de vérifier un calcul, mais l’élève était censé savoir le faire. Censé, car certains détournaient ces équipements pour masquer leur ignorance…. Si j’ai passé le concours de la Marine Marchande c’était à l’origine pour une seule raison : me préparer au Bac car le concours était en avril et que la calculatrice y était interdite : pas d’artifice, pas de faux-semblants, la sélection était totalement équitable.
Aujourd’hui, on utilise l’IA pour tout mais peut-être pas pour ce qui est important. On met des couettes à notre Président pour un tuto coiffure, on ajoute un tuyau eaux noires à l’écubier d’un navire de croisière, on génère un mémoire de fin d’études sur la base des informations les plus accessibles sur les forums ou autres blogs de particuliers se disant éclairés mais ne sachant pas écrire…. Ces vidéos et contenus, au-delà de leur côté « amusant » ou « dénonciateur » de certaines pratiques qui ne sont pas considérées vertueuses, instaurent le doute dans la tête du profane ; ces doutes relayés deviennent vérités et quand on essaie d’expliquer la réalité on nous répond « que même si c’est faux il doit bien y avoir un fond de vérité »…. Comment se tirer une balle dans le pied….
Dans le maritime, l’IA est un outil extraordinaire, exploité pour le routage météo, pour l’optimisation des données ; mais nos métiers sont tout sauf artificiels, ils ne sont pas conditionnés à un réseau Internet ou à une alimentation électrique d’un serveur à l’autre bout du monde sans maîtrise des données. L’IA doit devenir la calculatrice des années 80, l’Excel des années 90 mais la maîtrise doit rester dans les mains des marins.
L’IA fait des ravages sur l’opinion publique dans le cas des croisières, alors même qu’en essayant de dénoncer des pratiques jugées peu écologiques on utilise des serveurs très énergivores pour….rien…. Ces pratiques idéologiques à défaut d’être écologiques viennent étouffer tous les efforts incroyables et vertueux des compagnies maritimes à la croisière qui sont l’incubateur des technologies embarquées ou même à terre de demain….
L’IA n’est pas un outil pour les fainéants mais bien une puissance sans pareille pour moderniser le transport maritime, pour apporter une optimisation des usages, pour requalifier les métiers embarqués et les valoriser. L’ENSM accompagne justement ces évolutions avec un Ingénieur Pédagogique pour garantir une avancée en bonne voie pour un usage professionnel maîtrisé.
L’IA dans le maritime n’est pas là pour remplacer nos emplois mais est bien une opportunité de les valoriser. Nombre de publicitaires ayant opté pour la facilité de la vidéo générée par IA ont récemment déprogrammé leurs spots suite au succès du court métrage d’Intermarché certifié sans IA, prouvant un tournant dans les pratiques, car si la génération instantanée d’un prompt bien rédigé est facile, elle reste fade et sans esprit créatif….
Quand vous souhaiterez une information vérifiée et analysée mais surtout générée sans IA, n’hésitez pas à vous tourner vers Jeune Marine, ce thème a inspiré tous nos contributeurs les plus passionnés et éclairés qui vous proposeront leur vision de l’IA dès la semaine prochaine et ensuite toutes les 2 semaines suivantes !
Si par hasard vous souhaitiez réagir, n’hésitez pas à nous écrire à contact@jeunemarine.fr
Bonnes lectures !
Aymeric AVISSE



