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Marc ETCHEBERRY et Laurent BOZZONI élus président et vice-président d’Armateurs de France

Dans un contexte national et international toujours plus contraint et incertain pour le transport et les services maritimes, Armateurs de France fait évoluer sa gouvernance à l’occasion de son assemblée générale et crée une fonction de vice-président. Dans ce cadre, Marc Etcheberry est élu président et Laurent Bozzoni vice-président pour un mandat de deux ans. Forts de parcours reconnus au coeur de l’industrie maritime, ils incarnent un binôme expérimenté au service de la compétitivité et de l’attractivité du pavillon français. Ils succèdent à Edouard Louis-Dreyfus qui a présidé l’organisation pendant trois ans.

Laurent Bozzoni, Marc Etcheberry, Philippe TABAROT et Edouard LOUIS-DREYFUS © Jeune Marine DR
Marc Etcheberry © Sophie BNH

Marc Etcheberry, un président au parcours reconnu dans l’industrie maritime :
Diplômé en droit international des affaires de l’Université de Paris I et titulaire d’un LLM en Trade and Shipping Law à McGill University à Montréal, Marc Etcheberry est auditeur de l’IHEDN.
Après une première expérience comme officier de réserve dans la Marine nationale, il débute dans le courtage maritime chez BRS, avant de se spécialiser dans le financement du shipping pendant plus de douze ans, notamment au sein de Société Générale en France et de CACIB à Londres.

Il rejoint ensuite Geogas Maritime, dont il assure la direction générale pendant plus de vingt ans, contribuant au développement d’un acteur reconnu du transport maritime de gaz. Depuis mars 2026, il est président de France LNG Shipping, JV entre Geogas LNG et l’armateur japonais NYK.

Très engagé au sein d’Armateurs de France depuis plus de 20 ans, il y a occupé plusieurs fonctions clés, notamment trésorier, président suppléant et président du comité Économie & Fiscalité.

Marc Etcheberry : « En vingt ans, nous avons collectivement bâti un modèle français du shipping qui a transformé une logique de survie en une ambition de leadership. Ce modèle repose sur une flotte modernisée, un écosystème complet et des acteurs engagés. Notre responsabilité aujourd’hui est de le consolider et d’en faire une référence européenne. »

Laurent Bozzoni © Sophie BNH

Laurent Bozzoni, une expertise au service du développement des armements français :

Diplômé en sciences économiques de l’Université de Bordeaux et de Sciences Po Bordeaux, titulaire d’un MSc en Shipping, Trade & Finance de Bayes University à Londres, Laurent Bozzoni a construit l’ensemble de sa carrière dans l’écosystème maritime.
Il débute dans le courtage maritime chez BRS à Paris, avant de rejoindre General Maritime Corporation à New York, où il participe aux opérations financières liées à l’introduction en bourse de la société, développant une expertise en financement du shipping.

En 2001, il rejoint Socatra, armement familial basé à Bordeaux, où il accompagne pendant vingt ans le développement des activités et des financements du groupe, avant d’en devenir directeur général en 2021. Il dirige aujourd’hui cet armement engagé dans les enjeux de performance et de transition du secteur.

Laurent Bozzoni :« Pour devenir un modèle de référence européenne, nous devons continuer à augmenter le nombre de navires sous propriété française, renforcer les métiers qui s’y rattachent, préserver un cadre fiscal compétitif tout en ouvrant de nouveaux leviers de financement et continuer ainsi à investir dans la transition énergétique. »

Une gouvernance renforcée face aux nombreux défis du secteur :

Recomposition des routes liée aux crises géopolitiques, pression budgétaire persistante, incertitudes réglementaires aux niveaux national, européen et international… Le secteur des transports et des services maritimes évolue dans un environnement de plus en plus incertain et instable. Armateurs de France est déterminée à poursuivre une mobilisation active sur l’ensemble des enjeux économiques, sociaux, environnementaux et de sécurité qui structurent la filière. La défense du dispositif de la taxe au tonnage, le rétablissement des exonérations de charges patronales, la lutte contre le dumping social dans la Manche et en Méditerranée, ainsi que l’affectation de l’intégralité des recettes de l’ETS à la décarbonation du secteur demeurent au coeur de ses priorités. Dans ce contexte, l’évolution de la gouvernance de l’organisation vise à renforcer sa capacité d’action, en impliquant davantage l’ensemble de ses membres et en facilitant l’engagement de nouvelles générations d’armateurs. À l’approche d’échéances politiques majeures, Armateurs de France entend pleinement porter la voix du secteur dans le débat public et faire reconnaître le rôle stratégique joué par le transport maritime dans l’économie et la souveraineté de la France.

Marc Etcheberry © Jeune Marine DR

Discours de Marc Etcheberry, nouveau Président d’Armateurs de France :

Monsieur le Ministre des Transports, cher Philippe Tabarot, Monsieur le Secrétaire général de la Mer, Monsieur l’Ambassadeur chargé des pôles et des enjeux maritimes, Monsieur le Chef d’état-major de la Marine, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Chers amis, Dear guests,

Prendre la parole ce soir, c’est d’abord prendre le temps de saluer l’action de notre précédent Président d’Armateurs de France, Edouard Louis-Dreyfus.

Cher Édouard, ton mandat a commencé par un appel à candidature de nous tous alors que ça n’était pas vraiment dans tes plans… et ce mandat s’est exercé par « gros temps »: instabilité politique, pression budgétaire persistante, remises en cause répétées des équilibres qui fondent notre modèle. Tu les as défendus avec une détermination sans faille et une disponibilité remarquable. Notre filière te doit beaucoup et je voudrais que nous t’applaudissions encore une fois, comme capitaine pendant ces trois années à la barre de notre maison.

Ton mandat a été celui de la DETERMINATION. Face aux vents contraires, tu as tenu une ligne claire : celle de défendre les fondamentaux de notre industrie sans céder ni à la facilité, ni aux visions court-termistes. Tu as porté une parole structurée et crédible, qui a permis de replacer le maritime dans le débat public, là où il était trop souvent absent.

Sous ta présidence, tu as su incarner Armateurs de France sur des dossiers majeurs comme :
– La taxe au tonnage, où nous avons mené un combat pour l’ensemble de l’industrie. Si le dispositif est aujourd’hui préservé, les derniers débats budgétaires nous ont montré que rien n’est définitivement acquis. Nous resterons mobilisés pour garantir la pérennité de ce régime qui, je le répète, n’est ni une niche fiscale ni un avantage particulier mais LA norme internationale de notre secteur et LA condition de survie du pavillon français.
– Sur les exonérations de charges, la situation est différente. Nous avons perdu une bataille importante, dont les conséquences sont déjà visibles sur l’emploi et sur la compétitivité des marins français à l’échelle européenne. Rappelons que la combinaison des 35 heures et de la suppression des exonérations de charges non ENIM, rende le jeune officier français en sortie d’ENSM, 50 % plus cher que ses homologues européens.

Mais nous ne baissons pas les bras ! Nous porterons à nouveau ce dossier devant le gouvernement et nos élus lors des prochains projets de loi de finance, car la formation et l’emploi de marins français ne peuvent être une variable d’ajustement budgétaire, c’est simpliste et ridiculement court-termiste !..

Sur les ETS enfin, la guerre n’est pas perdue, mais nous ne sommes pas sûrs d’avoir gagné la première bataille. Si l’appel à projets financés par le fléchage partiel des recettes issues de l’ETS a, après de multiples rebondissements, été lancé la semaine dernière, rendant le dispositif enfin concret, une inscription dans la durée et une montée en puissance sont indispensables et ce, dès 2027.

Nous ne lâcherons rien pour que ce dispositif s’inscrive dans une trajectoire claire, transparente et stable.

Alors Oui, je prends cette présidence dans un moment qui n’a rien d’ordinaire et je mesure l’euphémisme de mes propos. Les crises géopolitiques reconfigurent nos routes et empêchent nos bateaux de naviguer, la pression budgétaire fragilise nos leviers de compétitivité ; et l’horizon réglementaire, de Paris à Londres (pour l’OMI) et à Bruxelles, reste embrumé. À cela s’ajoutera, dans un an, une échéance électorale majeure pour notre pays qui devra nous trouver prêts, unis et audibles.
Au moment de prendre la présidence de France LNG Shipping à Marseille, je me demande bien ce qu’il m’a pris de prendre aussi celle d’Armateurs de France à Paris… mais au fond je sais pourquoi je l’ai fait. C’est parce que je suis profondément, viscéralement attaché au modèle armatorial français que je défends depuis de nombreuses années déjà au sien de notre association.

Et surtout je sais que ne serai pas seul pour accomplir cette tâche au service de notre organisation.

Ainsi, je veux remercier très sincèrement les membres d’Armateurs de France, pour la confiance qu’ils m’accordent. Elle m’honore et m’engage. Dans le contexte actuel, notre unité et notre solidarité sont essentielles : elles sont la condition de notre efficacité collective.
Je veux également saluer le travail des équipes :
– d’Armateurs de France, d’abord, dont l’engagement et le professionnalisme sont déterminants dans chacune de nos avancées ;
– de la DG AMPA (Flotte de commerce / gens de mer / RIF) ensuite qui nous assurent un relai « marinisé » auprès de l’administration française et nous apportent un soutien particulièrement apprécié ! Merci cher Eric.

Enfin, dans un souci de rendre encore plus efficace notre action, j’ai souhaité, et vous avez accepté, de modifier la gouvernance de notre association afin de créer un poste de vice-président à part entière pour, d’une part, permettre à ceux d’entre nous – et nous sommes nombreux – qui ne sont pas basés à Paris de pouvoir assumer cette fonction plus facilement à l’avenir et, d’autre part, pour impliquer les nouvelles générations qui prennent les commandes des entreprises familiales de notre industrie en leur disant : « Armateurs de France vous appartient, impliquez-vous !».

A ce titre, je voudrais sincèrement remercier Laurent Bozzoni, directeur général de SOCATRA, d’avoir accepté cette nomination pour m’épauler.

Notre cap pour ce mandat est clair : renforcer le modèle armatorial français pour en faire une référence européenne. Non par proclamation, mais par la réalité de ce que nous sommes déjà et de ce que nous pouvons construire. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si nous devons chercher un modèle. Il existe, il a prouvé sa résilience. La question que je pose ce soir est plus exigeante : quelle puissance maritime voulons-nous pour la France d’ici 2040 ?
Alors je sais ce que nous ne voulons pas être :
– Un Etat-Pavillon sans armateurs ni marins,
– Ou encore un Etat-propriétaire financier sans pavillon ni marins,
– Ou enfin …..rien de tout ça, comme c’est le cas pour les Etats-Unis !
Car être armateur français, ce n’est pas simplement détenir un siège social en France ou arborer un pavillon….
– C’est être propriétaire de navires et les exploiter depuis la France;
– C’est développer, autour de cette propriété, la diversité de métiers qu’elle génère et nourrit : opérations commerciales, financement, assurance, gestion technique, formation;
– C’est employer des marins français dans la mesure de leur disponibilité ;
A ce titre, la formation au sein de l’École Nationale Supérieure Maritime est un enjeu vital. L’ENSM est l’un de nos atouts les plus stratégiques. Notre compétitivité dans la durée dépend de notre capacité à former des marins français d’excellence à un coût au moins comparable à nos voisins européens. C’est un levier de souveraineté que nous devons renforcer sans nous poser la moindre question.

Pour devenir un modèle de référence européen, nous devons continuer à augmenter le nombre de navires sous propriété française, renforcer les métiers qui s’y rattachent, préserver un cadre fiscal compétitif au moins équivalent à celui de nos voisins, tout en ouvrant de nouveaux leviers de financement et continuer ainsi à investir dans la transition énergétique.
Ce que nous avons bâti au cours des vingt dernières années est un acquis précieux, celui pour la France de disposer d’un vrai secteur d’armateurs français comptant un leader mondial avec CMA CGM et de nombreux armateurs spécialistes mondialement reconnus dans leurs domaines. Mais cet acquis n’est pas immuable. C’est un équilibre qu’il nous faut protéger avec une vigilance de chaque instant.

Il y a vingt ans, la question posée à notre filière n’était pas celle de notre rang en Europe et dans le monde, mais bien celle de notre survie en France. Les armateurs quittaient le territoire, les pavillons hors d’Europe offraient des alternatives plus attractives que notre droit national, et la perspective d’un effacement du maritime français n’avait rien de théorique. Et pourtant, cette trajectoire a été inversée avec le soutien constant de nombreux gouvernements qui se sont succédés.

Trois décisions politiques majeures ont changé la donne : l’introduction en France du régime de la taxe au tonnage en 2003, la création du Registre International Français, qui fête d’ailleurs ses 20 ans cette année et l’introduction d’un Netwage à la française dans la Loi sur l’Economie bleue portée par Arnaud Leroy. Ces piliers ont été portés par des gouvernements de sensibilités politiques différentes, et c’est leur continuité qui a produit des résultats concrets : une flotte rajeunie, une transition énergétique amorcée, et un écosystème complet autour des armateurs.

Dans quelques jours, le 29 avril prochain, l’Orient Express Corinthian sera baptisé à Saint Nazaire. Ce paquebot vélique à assistance GNL, est la preuve par l’image que nos armateurs, et toute la filière de construction et d’innovation, investissent et transforment la flotte française grâce à ce modèle armatorial ! Ce navire n’est pas seulement un symbole de l’excellence française, il est le reflet des efforts et de l’audace de nos armateurs qui ont fait de la flotte sous pavillon français un exemple en matière de décarbonation.

Les armateurs sont prêts. Nous sommes prêts à relever ce défi. Mais pour y parvenir, nous ne demandons qu’une chose à l’État : de la constance !
Alors, Mesdames et monsieur les ministres faisons nôtre cette adresse de Colbert : « Sollicitez fortement le particulier qui veut entreprendre un établissement de la réussir et, s’il a besoin de la protection de l’Etat, vous pouvez lui assurer qu’elle ne lui manquera pas. »

Notre horizon commun n’est pas à deux ans (mandat AdF) ou même cinq ans (mandat national) mais bien à vingt ans ! Un navire, c’est vingt ans, trente ans d’engagements. Une politique maritime doit s’inscrire dans cette même durée. Les décisions prises il y a vingt ans n’ont porté leurs fruits que parce qu’elles ont été tenues dans le temps.

Notre industrie n’est pas une filière fragile subissant un monde instable. C’est une industrie forgée par et pour l’instabilité. Naviguer entre des routes qui se ferment, des marchés qui se retournent, c’est notre métier. C’est notre ADN. Nous ne craignons pas le mouvement, nous savons le diriger. Nous savons garder le cap.

Dans ces moments d’instabilité, nous ne sommes pas une faiblesse à protéger, mais une force de stabilité sur laquelle s’appuyer.
Nous sommes au coeur de la souveraineté, de l’économie et de la puissance de la France.

C’est ce cap que nous demandons de maintenir et c’est ce que je vous propose de bâtir collectivement dans les prochaines années.
Je souhaiterais terminer en adressant quelques mots particuliers à nos partenaires internationaux présents ce soir :
Ladies and gentlemen, Dear Friends,

Le modèle armatorial français s’est reconstruit en vingt ans. Nous ne voulons pas que les vingt prochaines années soient celles de sa survie. Nous voulons que ces vingt prochaines années soient celles du leadership européen et mondial des armateurs français

Je vous remercie.

Marc Etcheberry, président d’Armateurs de France

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