Actualité MaritimeJeune Marine N°283

Arrêt technique du Pont d’Yeu

par Benoît TRICHEREAU

Chaque année, après la saison estivale, la Compagnie Yeu-Continent programme l’arrêt technique de ses trois navires pour une durée de 4 à 5 semaines à chaque fois. Vers la fin septembre, c’est le cargo mixte Insula Oya 3 qui monte sur le slipway à Concarneau, puis à partir de mi-novembre c’est au tour des NGV de partir pour 4 à 5 semaines, généralement aux Sables-d’Olonne, pour se refaire une beauté. D’abord le Châtelet avant les fêtes de fin d’année puis le Pont d’Yeu à partir de janvier. C’est le chantier de ce dernier que je vous propose de découvrir dans ce petit reportage.

Le Pont d’Yeu a été construit par le chantier Fjellstrand en Norvège et est entré en service il y a 20 ans en décembre 2005 dans le cadre d’un vaste renouvellement et modernisation de la flotte de la ligne Fromentine – Ile d’Yeu. Le Pont d’Yeu est un navire type catamaran Flyingcat 46 de 45,20m de long et 11,20m de large pouvant accueillir 435 passagers (PMR inclus) sur 2 ponts salon et 6 véhicules légers dans son pont garage. Ses 4 lignes propulsives indépendantes (2 par coque) composée chacune d’un moteur Cummins KTA50, d’un réducteur ZF et d’un hydrojet KAMEWA d’une puissance totale de 5596KW lui permettent d’atteindre sa vitesse de croisière de 30-32 noeuds et d’assurer la traversée en 30-35min. Un système de stabilisation composé d’un T-Foil et d’intercepteurs sur chaque coque lui assure sa stabilité et confort pour les passagers. L’équipage est composé d’un commandant, d’un Chef-Mécanicien, d’un maître d’équipage, un timonier, un graisseur et 3 matelots.

Le lundi 5 janvier au petit matin, le Pont d’Yeu a quitté Port-Joinville pour les Sables-d’Olonne afin de profiter du créneau d’ouverture des portes du bassin à flot. Cette première journée permet de réaliser les essais sécurité (sprinkler, VFR, incendie, assèchement, etc) en présence des Affaires maritimes et également de contrôler le lignage des 4 lignes propulsives et de préparer le navire pour le chantier (protection des sols du salon).

Les opérations de levage et de dépose sur les tins du terre-plein de la Cabaude par l’élévateur sont quelque peu perturbées par l’épisode neigeux qui a traversé le pays et finalement reportées au début d’après-midi. C’est toujours une opération aussi délicate qu’impressionnante.

Le Pont d’Yeu à quai sous la neige en attendant la mise au sec – credit photo : Trichereau Benoît

Le carénage de la coque du navire est un des gros chantiers de l’arrêt technique avec nettoyage de la coque, repérage et réparation des éventuelles fissures et autres défauts dans le bordée et peinture des oeuvres vives afin de permettre au navire de tenir sa vitesse de croisière en limitant sa consommation de carburant. Les oeuvres mortes et la superstructure ne sont pas en reste du point de vue cosmétique. Le navire ayant atteint sa vingtième année, des contrôles d’épaisseur de la coque sont également effectués les premiers jours. Le mois de janvier n’est pas le plus propice au travaux de peinture et cette année 2026 n’a pas fait exception avec des épisodes pluvieux record sur tout le pays. Les quelques fenêtres sans pluie sont exploitées au mieux par l’entreprise en charge de ces travaux.

Pont d’Yeu sur le terre-plein après démontage des 4 hydrojets et nettoyage de la coque – credit photo : Yeu Continent Region pays de Loire

Lors de cet arrêt technique de 2026, où le Pont d’Yeu fête ses 20 ans, de gros chantiers sont prévus côté machine : la visite quinquennale des réducteurs, la visite quinquennale des 4 hydrojets et le remplacement décennal des accouplements élastiques VULKAN par l’entreprise sablaise ATELIER LEFEBVRE. La visite de plusieurs capacités et de la structure par le Bureau Veritas est également au programme.

Hydrojet KAMEWA en révision dans les ateliers – credit photo : Trichereau Benoit

En parallèle, la maintenance annuelle des moteurs principaux et des groupes électrogènes est assurée par la société MECATLANTIC et M.O.A. (visite endoscopique des cylindrées, remplacement éventuel des organes défectueux, contrôles des turbo-soufflantes, vérification des injecteurs, nettoyage des réfrigérants à plaques et tubulaires, etc) assisté par l’équipe machine du navire. Si le nombre d’heures de marche n’est pas le principal facteur d’usure (800-900h par an par moteur), le nombre de démarrage et la montée en allure rapide (de 0% à 90% de charge en 5 min) en exploitation éprouvent les moteurs et il n’est pas rare de changer plusieurs cylindrées chaque année.

Les différents travaux mécaniques, hydrauliques et électriques sont également réalisés par des entreprises extérieures. Comme tous les ans, les vannes de coque sont visitées, testées et remplacées si nécessaire, les circuits hydrauliques et électriques sont également vérifiés (pression accumulateurs, fuites, isolements, remplacement de pièces défectueuses).

Moteur de propulsion Cumins KTA50 – credit photo : Trichereau Benoit

L’entretien du navire comme le nettoyage des salons, notamment des sièges et des sols, la maintenance des sanitaires (système EVAC), le remplacement des anodes de la coque et la cosmétique intérieure ainsi que la maintenance des équipement de navigation (radar, sondeur, GPS, etc) et de sécurité (radeaux de survie, incendie, canot de secours) constituent une grande partie des tâches de la partie pont en AT. La visite de plusieurs capacités et de la structure par le Bureau Veritas est également au programme.

crédit photo : Yeu Continent Region pays de Loire

La dernière semaine avec le remontage des hydrojets, des réducteurs et des accouplements, ainsi que les essais moteurs avant la mise à l’eau du navire est souvent un moment stressant. La remise à l’eau du navire a lieu le mercredi 28 janvier 2026 durant une fenêtre météo favorable aux opérations. Une fois à flot et avant d’enlever les sangles de l’élévateur, le contrôle des capacités, des vannes de coques et des étanchéités des hydrojets est effectué afin de détecter d’éventuelles entrées d’eau. On essaie également les deux GEs avant de sortir de la darse et d’aller se mettre à quai pour les dernières interventions et opérations avant essai en mer (lignage des lignes propulsives, réglages des commandes des hydrojets, essais des MP, des pompes incendie et sprinkler, etc). Les essais en mer sont réalisés le lundi 2 février et permettent de valider définitivement la fin de l’arrêt technique avec le bon fonctionnement des différents organes (propulsion, stabilisateurs, etc).

Opération de mise à l’eau – crédit photo Yeu Continent région Pays de Loire

Après un peu plus de 4 semaines aux Sables-d’Olonne, le Pont d’Yeu peut faire route le mardi 3 février vers son caillou et reprendre du service pour une année supplémentaire, la vingt-et-unième de sa carrière.

Le Pont d’Yeu à quai à Port Fromentine – credit photo Trichereau Benoit

Benoît TRICHEREAU

 

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