Cette semaine, Jeune Marine part à la rencontre de Louis-Paul ROOSEN CRAECKERT, lieutenant pont, qui navigue depuis trois ans au sein de LD Armateurs et a notamment embarqué à bord du Ville de Bordeaux. Un navire singulier à plus d’un titre : spécialisé dans le transport de pièces aéronautiques, il est également devenu un véritable laboratoire de la transition énergétique avec l’installation de trois systèmes de propulsion vélique E-Sail.
De la préparation de cargaisons particulièrement sensibles au routage météo, en passant par l’utilisation de la propulsion vélique depuis la passerelle et l’arrivée prochaine d’une nouvelle génération de rouliers, Louis-Paul nous fait découvrir le quotidien d’un officier au sein d’un armement où les évolutions technologiques transforment déjà le métier de marin.
Jeune Marine : Bonjour Louis-Paul, vous êtes lieutenant pont à bord du Ville de Bordeaux au sein d’un groupe qui figure parmi les principaux employeurs d’officiers français : LD Armateurs. Quand on parle de navires rouliers, on ne pense pas forcément aux rouliers sans passagers, et LD Armateurs est un des spécialistes des rouliers pour des colis plutôt particuliers : pouvez-vous nous expliquer cette activité ?
Louis-Paul ROOSEN CROECKAERT : Oui, bien sûr, quand j’ai commencé chez LD Armateurs il y a trois ans, j’étais moi aussi très impressionné par ce type de transport particulier, mais aujourd’hui, je dirais avec un jeu de mots que je me sens comme un poisson dans l’eau à bord de ces navires. Notre armement dispose actuellement de trois de ces navires, mais trois nouveaux viendront s’y ajouter prochainement. Les navires rouliers de LD Armateurs transportent principalement des pièces d’avion. Nous transportons ces pièces entre les différentes usines en Europe et en Amérique. Nous naviguons aussi bien en mer du Nord qu’en Méditerranée, ou traversons l’océan Atlantique. Ainsi, sur notre ligne Europe-Amérique, nous chargeons plusieurs avions de ligne complets sous forme de colis, dont l’assemblage final s’effectue aux États-Unis.
Jeune Marine : Cette activité est vraiment exceptionnelle, l’exploitation doit certainement l’être également, quelles en sont les particularités ?
Louis-Paul ROOSEN CROECKAERT : Tout à fait, cela nécessite un certain savoir-faire qui n’est enseigné dans aucune école maritime et qui ne s’acquiert qu’à bord, sur le terrain. Pour charger ce type de marchandises, il faut savoir les sécuriser correctement et savoir où les placer ou ne pas les placer à bord. La cargaison que nous transportons est très sensible aux mouvements brusques, au sel et à l’humidité. Des éléments inhérents à la mer. Nous tenons donc compte de l’emplacement où nous plaçons certaines pièces à bord afin qu’elles subissent un minimum de contraintes, et nous disposons de capteurs qui enregistrent les mouvements du navire. Nous avons également des systèmes de ventilation sophistiqués à bord pour réduire au minimum la présence d’humidité et de sel dans nos cales. Par ailleurs, le routage météo était déjà très important pour rechercher des conditions météorologiques optimales, mais il a pris encore plus d’importance ces dernières années avec l’installation des E-sails sur un de nos navires, le Ville de Bordeaux.
Jeune Marine : LD Armateurs est un des pionniers du slow steaming, LD Armateurs était également pionnier de l’assistance vélique, comment se traduit aujourd’hui cette nouvelle technologie au poste de Lieutenant navigation ?
Louis-Paul ROOSEN CROECKAERT : Jusqu’au début de cette année, j’ai navigué sur le navire Ville de Bordeaux et j’ai suivi de près la préparation, l’installation et l’exploitation du système de propulsion vélique. Ainsi j’ai une très bonne connaissance des tenants et des aboutissants du tout nouveau système E-Sail de Bound4Blue qui a été installé en 2023.
Trois E-Sails de 22 mètres de haut, commandées depuis la passerelle, fournissent une poussée vers l’avant en s’orientant dans la direction du vent, en combinaison avec un système d’aspiration. Cela a représenté un véritable apprentissage au début, lors de leur installation, mais ce fut aussi une période incroyablement intéressante. Nous avons régulièrement accueilli des techniciens et des ingénieurs venus nous former à l’utilisation de cette technologie, ce qui rendait le travail quotidien encore plus passionnant.
Ce système permet, notamment lorsque le navire navigue à vitesse écologique, de réduire considérablement la charge sur les moteurs principaux.
Cela a eu pour conséquence que le routage météo (planification de l’itinéraire en fonction des conditions météorologiques), mentionné précédemment, a pris une importance encore plus grande depuis leur installation.
En tant que premier lieutenant, j’étais donc chargé, à chaque quart, de tracer le meilleur itinéraire possible à l’aide de plusieurs prévisions météorologiques et de logiciels, puis de le proposer au capitaine. Je devais veiller à ce que la mer soit calme et à ce qu’il y ait suffisamment de vent pour nos voiles.
Lorsque j’ai changé de navire au début de cette année, j’étais à la fois enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau navire et j’ai immédiatement ressenti la nostalgie de ce système intéressant dont nous disposions à bord du Ville De Bordeaux.
Jeune Marine : En parlant de transition énergétique, les armateurs sont en pleine transition technologique, LD Armateur renouvèlera sa flotte roulier dans quelque temps, Pouvez-vous nous décrire les technologies mises en place ?
Louis-Paul ROOSEN CROECKAERT : En principe, je ne devrais pas avoir trop de nostalgie longtemps, car les trois nouveaux navires rouliers actuellement en construction, dont les deux premiers ont déjà été mis à l’eau, prendront le relais du Ville de Bordeaux. Ils constituent un grand pas en avant en matière d’efficacité énergétique et de réduction des émissions. Ils combinent ainsi différentes technologies complémentaires afin de maintenir la consommation de carburant au niveau le plus bas possible.
Ces navires seront également équipés d’un système de propulsion vélique. Le choix s’est porté sur six rotors Flettner de 35 mètres de haut, fournis par Norsepower, qui, tout comme les E-Sails, utilisent le vent pour générer une propulsion supplémentaire et réduire ainsi la charge sur les moteurs principaux. De plus, ils sont équipés de moteurs bi-carburants pouvant fonctionner non seulement au carburant maritime conventionnel, mais aussi à l’é-méthanol ou au biométhanol, ce qui réduit encore davantage les émissions de CO₂.
Jeune Marine : On vient de le voir, LD Armateurs est un armement exceptionnel. Comment avez-vous rejoint leurs équipes et comment pouvons-nous vous rejoindre ? (à quels postes, pour quelles rotations, etc….)
Louis-Paul ROOSEN CROECKAERT : Cela fait maintenant trois ans que je navigue pour LD Armateurs et je dois avouer en toute honnêteté que je me sens incroyablement bien au sein de cet armement. On s’est rencontrés lors d’un salon de l’emploi et j’ai discuté avec l’un de nos seconds capitaines, qui m’a alors convaincu de postuler. Trois ans plus tard, je suis toujours très heureux de ce choix.
Selon le type de navire sur lequel vous naviguez, les périodes à bord varient entre 6 et 9 semaines, suivies d’une période équivalente à terre. En effet, outre les navires rouliers, LD Armateurs opère également une grande flotte de câbliers et de navires de soutien à l’éolien offshore. Vous pouvez donc naviguer aussi bien au long cours, ou plutôt dans les domaines du DP et de la pose de câble.
Cet entretien vous a donné envie d’en apprendre davantage sur la compagnie LD Armateurs ? N’hésitez pas à la contacter pour découvrir les opportunités offertes.
- Site internet : https://www.lda.fr/carrieres/nos-offres/
- E-mail : crew.recrutement@lda.fr
Crédit photo : LD Armateurs & JM



