Pouvez-vous présenter votre équipe (composition, rôles et parcours des membres) et expliquer les motivations qui vous ont poussés à participer à ce challenge ?
Nous sommes Hydrospeed Team, l’équipe de l’ENSM engagée dans la catégorie Design de l’HydroContest. Notre mission : concevoir un bateau répondant à un cahier des charges exigeant, puis le lancer dans la compétition face à des équipes venues du monde entier.
L’équipe est composée de 7 élèves de la Marine marchande et de 2 professeurs du site de Marseille. Nous partageons tous la même passion pour la mer, au point d’en avoir fait notre avenir. Grâce au cursus polyvalent de l’ENSM, nous pourrons demain embarquer comme officiers de la marine marchande, au pont comme à la machine, ou évoluer vers des carrières d’ingénieurs en génie maritime.
Nous sommes réunis sous le statut d’une association loi 1901 d’intérêt général.
Les rôles sont répartis ainsi :
- Team Manager / Président de l’association :Yann KERHERVE – M1 Polyvalent ENSM Le Havre
- Chargé de logistique / Vice-président de l’association : Titouan LE GLATIN – L3 Polyvalent ENSM Marseille
- Trésorière de l’association : Clara PERRAY– M1 Polyvalent ENSM Le Havre
- Chargé de communication / Secrétaire de l’association : Antoine VAUDRY – L3 Polyvalent ENSM Marseille
Équipiers :
- Loane MENERET – M1 Génie Maritime à Nantes
- Thomas-Youn NAGLES – M1 Polyvalent ENSM Le Havre
- Jules FRESSANGEAS – L2 Polyvalent ENSM Marseille
Professeurs :
- Jean-Michel LABORDE – machine, dessin informatique, soudure, projet, hydraulique…
- Frédéric SPELLIERS – électronique

Ce qui nous a poussés à participer à ce défi, c’est d’abord l’innovation. Nous avions envie d’explorer des pistes concrètes pour rendre les bateaux moins polluants, d’apporter des réponses à notre échelle et, au minimum, de contribuer à une réflexion essentielle sur la réduction des émissions du transport maritime et les objectifs de décarbonation portés par les grandes organisations internationales.
Il y a aussi le côté formateur. En nous lançant dans cette aventure, nous étions loin d’imaginer jusqu’où elle nous mènerait. Nous pensions faire un peu de modélisation, d’électronique, de travail composite. En réalité, c’est bien plus vaste. La conception de la coque nous a amenés à collaborer avec des architectes navals, notamment Mauric, à produire des plans précis pour un chantier, puis à travailler avec le Chantier du Pilotage de Marseille pour construire le bateau. Il a fallu passer par toutes les étapes : travailler le bois pour réaliser le master, fabriquer le moule en fibre, poncer, recommencer, ajuster… puis enfin sortir la coque. Peu de gens ont la chance de participer à la naissance complète d’un bateau, depuis la feuille blanche jusqu’à sa mise en manœuvre. À cela s’ajoutent des compétences humaines essentielles : travail en équipe, gestion de projet, prise de décision et adaptation permanente face aux imprévus.
Il y a également le goût de la compétition. Nous croyons profondément en la qualité de la formation de l’ENSM et nous avions envie de le montrer sur le terrain, en portant haut les couleurs de notre école et de nos partenaires, et en prouvant que nous pouvons rivaliser avec toutes les équipes, françaises comme internationales.
Autre moteur : la communication et le collectif. Construire un bateau, ce n’est jamais un projet solitaire. Les obstacles sont nombreux, et ils obligent à aller chercher des compétences partout : chez les partenaires, les professeurs, les étudiants, les professionnels. L’enjeu est alors de faire la synthèse de tous ces savoirs pour aboutir à un projet cohérent. Le concours nous permet aussi d’échanger avec les autres équipes, car l’entraide reste une vraie valeur de l’HydroContest. Nous n’hésitons d’ailleurs pas à partager certains résultats d’essais avec d’autres participants, en France comme à l’étranger.
Enfin, il y a une vision : celle d’un transport maritime plus sobre, plus propre et résolument tourné vers l’avenir. De la voile aux panneaux solaires, en passant par des solutions low-tech de recyclage, HydroContest by ENSM réunissait tout ce qui pouvait nous séduire.
La propulsion étant identique pour toutes les équipes, le design constitue un élément déterminant du projet. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration ? Vous êtes-vous appuyés sur des modèles existants ou des références particulières ?
La propulsion n’est pas totalement identique pour toutes les équipes. Ce qui est commun, c’est surtout la puissance maximale disponible et la quantité d’énergie embarquée. Mais derrière ces contraintes, il faut faire les bons choix pour imaginer le bateau le plus performant possible.
Notre première grande source d’inspiration a été la coque perce-vague. En explorant différents types de coques, ce concept a rapidement retenu notre attention. Historiquement pensée pour dépasser la fameuse « vitesse de coque » définie au XIXe siècle par William Froude, elle présente surtout un atout majeur : une quasi-absence de vague d’étrave. Or cette dernière représente une part très importante de la consommation d’un navire. Nous avons donc rapidement compris qu’une coque perce-vague pouvait être une base extrêmement pertinente pour le concours. Restait à en dessiner une version adaptée à notre cahier des charges, au lest, au moteur, tout en garantissant la stabilité.
Deuxième axe clé : le triptyque hélice – moteur – carène. Pour optimiser le rendement global, il fallait que chaque élément travaille en parfaite cohérence avec les autres. Cela a impliqué le choix d’un moteur à haut rendement, pilotable en tension sinusoïdale et placé directement dans l’eau sous le bateau afin de limiter les pertes liées à un système de refroidissement séparé. Une fois le moteur sélectionné, sa plage de fonctionnement optimale définie et la poussée du bateau mesurée lors des essais, nous avons pu concevoir une hélice sur mesure, adaptée à la vitesse du concours, au régime moteur et à la résistance de la carène. Cela nous a conduits à revenir à la modélisation, puis à l’impression 3D.
Nous avons aussi tenu à développer un prototype éco-conçu. Le concours intègre une charte d’éco-conception, et nous avons voulu pousser cette logique le plus loin possible. Avec l’aide précieuse des pilotes de Marseille, notre bateau a été réalisé en fibre de lin, une alternative plus écologique à la fibre de carbone, assemblée à l’aide d’une résine biosourcée.
Autre inspiration majeure : la mesure de la consommation en temps réel. On sait qu’un engin consomme aussi selon la façon dont il est piloté. Mais pour optimiser, il faut d’abord comprendre. C’est pourquoi nous avons développé un logiciel capable de récupérer les données du bateau en navigation et de tracer ses courbes de consommation sur un ordinateur situé à quai, près du pilote. Cela permet presque d’ajouter à bord un « chef mécanicien » à distance, capable de surveiller en direct la manière dont l’énergie est utilisée.
Enfin, nous travaillons sur une idée plus expérimentale : un projet de bulbe électromagnétique. L’objectif serait de créer un bulbe « imaginaire », adaptable à la vitesse du bateau grâce à des phénomènes électromagnétiques. L’idée est prometteuse sur le papier, mais elle doit encore être validée par des essais en mer.
Avez-vous rencontré des difficultés au cours de votre processus de création ? Le premier modèle imaginé s’est-il révélé pertinent ou a-t-il nécessité des ajustements ?
Pour être honnêtes, le plus difficile au départ, ça a été… de se lancer.
Quand on part d’une feuille blanche, tout semble possible. Et c’est justement ce qui complique tout : comment savoir quelle est la meilleure option quand les pistes sont infinies ? D’autant plus que nous savions dès le début que nous n’aurions pas le luxe de recommencer plusieurs fois.
Nous avons donc exploré énormément de possibilités. Foils ? Multicoques ? Simplicité ? Chaque hypothèse ouvrait de nouvelles perspectives. Comme il s’agissait de la première édition du concours, il nous était impossible de nous appuyer sur l’expérience des années précédentes. Il a fallu chercher, comparer, douter, tester sur le papier, puis recommencer.
Après plusieurs dizaines de modèles 3D, tous très différents les uns des autres, nous avons fini par trouver une direction claire. Il a fallu attendre les vacances d’avril 2025 pour finaliser le dessin de la coque et lancer véritablement la construction.
HydroContest est avant tout une aventure humaine, marquée par des rencontres et des échanges intergénérationnels. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de cet événement, tant sur le plan humain que professionnel ?
Avant tout, nous attendons des rencontres. Et même plus que ça : des retrouvailles.
Après une année passée aux quatre coins de la France, l’HydroContest sera l’occasion pour toute l’équipe de se retrouver enfin au complet à Marseille. Ce sera le moment de revoir les copains, les anciens, les pilotes, mais aussi nos professeurs. Nous aurons aussi l’occasion de retrouver nos partenaires, notamment les pilotes de Marseille-Fos, Thierry Quemeneur, Pierre Feuille et leurs collègues, ainsi qu’une partie de l’équipe du chantier naval du pilotage. Ce sera pour nous une vraie fierté de leur montrer le résultat de plusieurs mois de travail commun.
Mais l’événement, ce sont aussi de nouvelles découvertes, que nous espérons marquantes. De nombreuses personnalités sont annoncées, et nous avons hâte d’échanger avec elles. Nous espérons également concrétiser les premiers liens noués avec d’autres équipes, françaises comme étrangères, et multiplier les échanges avec tous les participants présents.
Sur le plan professionnel, l’HydroContest représente aussi une formidable opportunité. Ce sera l’occasion de rencontrer des représentants de compagnies maritimes, d’échanger avec eux et de leur montrer concrètement ce que nous sommes capables de faire. Pour certains, cela pourra nourrir une future carrière embarquée ; pour d’autres, peut-être une carrière à terre, dans les services innovation de compagnies maritimes, dans des entreprises spécialisées ou même dans des laboratoires de recherche.
En résumé, pendant quelques jours, nous allons être entourés de personnes importantes, inspirantes, passionnées — autant de profils qui peuvent compter dans nos futures trajectoires. Nous pensons sincèrement que ce seront des jours magiques.
Avez-vous une anecdote marquante à partager concernant votre période de création ou le travail en équipe durant le projet ?
Oui, clairement.
Décembre 2025. Après plusieurs mois d’arrêt du chantier, tout en maintenant la veille sur la partie informatique et communication, l’équipe se retrouve enfin presque au complet à Marseille avec un seul objectif : avancer un maximum sur le bateau.
Au programme : installation du moteur et du safran. Après une semaine intense de soudure, ponçage, tournage, peinture et programmation, arrive enfin le grand moment : la mise à l’eau dans le bassin « à pilotes » de l’école.
Et là… tout fonctionne.
Sauf que tout fonctionne en marche arrière.
Or, un bateau en marche arrière, ce n’est franchement pas idéal. Pas idéal en termes de rendement, car l’hélice est conçue pour avancer. Pas idéal en manœuvrabilité non plus : à cette échelle, avec un bateau inspiré d’un petit porte-conteneurs, le safran devient presque inutile. Et côté crédibilité, devant les curieux rassemblés autour du bassin, disons que l’effet n’était pas celui qu’on espérait.
Retour immédiat à la programmation du moteur et de son ESC, la carte électronique embarquée. On cherche, on teste, on corrige… et heureusement, on finit par trouver la solution. Avec un timing serré : le train de retour au Havre partait quatre heures plus tard.
Résultat : essais en bassin validés… ou presque.
HydroContest n’est pas seulement un concours pour nous : c’est un concentré de ce que sera le maritime de demain — technique, humain, collectif et responsable.
Pour plus d’informations ou d’images, vous pouvez nous contacter sur notre site internet : hydrospeedteam.fr ou par mail à hydrospeedteam@supmaritime.fr .Nous sommes également disponibles, selon les besoins, au Havre, à Nantes et à Marseille.




