Cette semaine, nous vous présentons dans le cadre du Challenge HydroContest by ENSM – Catégorie Retrofit, l’équipe DMOniaque, composée d’étudiants de la spécialité Déploiement et Maintenance Offshore (DMO) de l’École Nationale Supérieure Maritime (campus de Nantes).
Pouvez-vous présenter votre équipe et vos motivations pour participer au challenge ?
Notre équipe est composée d’étudiants de la spécialité DMO à l’École Nationale Supérieure Maritime sur le campus de Nantes. Nos profils complémentaires nous ont permis d’explorer différentes solutions de retrofit dans le cadre de HydroContest by ENSM catégorie Retrofit.
Julien REINE s’est concentré sur l’étude de l’Air Lubrication System (ALS), visant à réduire la résistance hydrodynamique du navire. Lubin FRIMAT a travaillé sur l’optimisation du revêtement de coque et l’impact des peintures antifouling sur la performance. Alban BERNUCHON a étudié la modification du bulbe d’étrave à l’aide de modèles CAO et de calculs CFD afin d’évaluer les gains hydrodynamiques. Anthony ROSTAL s’est intéressé au changement de carburant et à ses effets sur les émissions et l’efficacité énergétique. Enfin, Luc CADAS-LE TOUMELIN a réalisé la synthèse globale du projet à l’aide d’un modèle Excel, permettant d’évaluer l’impact combiné des différentes solutions sur le Carbon Intensity Indicator (CII).
Cette organisation nous a permis de structurer notre travail tout en croisant nos analyses pour proposer une vision globale des solutions de retrofit.
Nos motivations reposent à la fois sur l’intérêt technique et environnemental du sujet. Le retrofit des navires existants constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour réduire l’empreinte carbone du transport maritime tout en améliorant l’efficacité énergétique de la flotte. Ce challenge nous a offert l’opportunité de travailler sur une problématique concrète, proche des réalités industrielles, tout en mobilisant nos compétences en analyse, en calcul et en travail d’équipe. En tant qu’étudiants de la spécialité DMO, il s’agissait également d’une occasion de nous confronter aux défis actuels du secteur maritime et de contribuer, à notre échelle, à la transition énergétique.
Le Retrofit Challenge impose de travailler sur un navire existant et sous fortes contraintes. Quelle a été votre démarche ?
Pour appréhender le navire support, nous avons d’abord cherché à caractériser précisément ses plages de fonctionnement afin d’identifier les solutions les plus pertinentes. Cette étape nous a permis de mieux comprendre les leviers d’optimisation possibles.
Nous avons ensuite réparti les thématiques en fonction des appétences de chacun, tout en veillant à ce que chaque membre ait une vision d’ensemble du projet grâce à une lecture transversale des documents. En parallèle, nous avons étudié les solutions déjà mises en œuvre dans le cadre du retrofit ainsi que celles actuellement en développement.
Certains membres se sont ainsi concentrés sur le changement de carburant, d’autres sur les aspects hydrodynamiques comme le bulbe ou l’hélice, et d’autres encore sur des solutions innovantes telles que les systèmes de lubrification par air.
Avez-vous rencontré des difficultés ou remis en question certaines hypothèses ?
Nous avons rencontré des difficultés importantes sur la partie CFD. Le modèle CAO du navire à l’échelle 1:1 nécessitait un maillage très fin pour caractériser correctement l’impact du bulbe sur la résistance à l’avancement. Le maillage atteignait environ 20 millions de cellules pour un demi-navire, ce qui impliquait une puissance de calcul conséquente.
Nous avons pu réaliser une première série de simulations sur deux tirants d’eau et à deux vitesses, 17 et 23 nœuds, afin d’évaluer les écarts de résistance. Ces calculs ont été effectués sur le supercalculateur Glicid de Centrale Nantes, avec une allocation de 44 cœurs de calcul.
Toutefois, l’optimisation complète du bulbe aurait nécessité de nombreuses itérations supplémentaires, chaque modification impliquant une nouvelle série de simulations. Cette contrainte nous a amenés à adapter notre approche et à limiter le nombre de configurations étudiées.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis du HydroContest, et avez-vous une anecdote à partager ?
Le challenge HydroContest by ENSM représente avant tout une expérience humaine. Nous attendons des échanges enrichissants avec d’autres étudiants, enseignants et professionnels du maritime. C’est une opportunité de confronter nos méthodes de travail, de partager nos approches et de mieux comprendre les attentes du secteur.
Sur le plan professionnel, cet événement nous permet également de situer notre projet dans un contexte industriel et d’identifier les enjeux actuels de l’innovation maritime.
Une anecdote illustre bien notre travail collectif : lors de la modélisation des performances sous Excel, nous avons obtenu des résultats totalement incohérents, avec des valeurs parfois dix à cent fois supérieures à ce qui était attendu. Après vérification des formules, nous avons finalement identifié l’origine du problème : une confusion entre le point et la virgule dans l’écriture des décimales. Ce détail, en apparence mineur, a suffi à fausser l’ensemble des calculs. Cet épisode nous a rappelé l’importance de la rigueur, même dans les éléments les plus simples.
Avec leur approche méthodique et leur capacité à combiner plusieurs leviers d’optimisation, les membres de l’équipe DMOniaque proposent une vision concrète et réaliste du retrofit. Leur travail illustre à la fois la complexité technique du sujet et le rôle que la nouvelle génération d’ingénieurs peut jouer dans la transition énergétique du transport maritime.



