Ce mois-ci , Brittany Ferries célèbre l’anniversaire de deux lignes phares, avec le port de Portsmouth. Pour l’armateur breton, ce sont deux étapes fondamentales dans le développement transmanche.
Pour le port du Solent, c’est une mutation profonde dans le paysage portuaire. En 1976, la ville de Portsmouth inaugure son terminal ferry. Trois compagnies vont s’y greffer rapidement: Sealink (avec une ligne vers Jersey et Guernesey), Thowsend Thoresen (qui quitte Southampton au profit de l’entrée du Solent, gagnant ainsi plus d’une heure de navigation), et un armateur breton qui, fort de son succès en Côtes-d’Armor, développe une ligne au départ de Saint-Malo.

D’un souvenir commun, c’est bien cette dernière ligne qui a lancé la volonté de créer le port. «Il y a cinquante ans, des armateurs bretons sont venus nous rendre visite», raconte Abdul KADIR, maire de Portsmouth. «Nous cherchions l’emplacement idéal pour lancer notre ligne au départ de Saint-Malo», explique Christophe MATHIEU. «Ils nous ont convaincus de créer ce terminal ferry, le 17 mai 1976 on y a vu le premier car-ferry transmanche. Une date clé dans l’histoire de notre port! », explique le maire.

Le 7 mai 1976, c’est l’Armorique qui a débarqué pour la première fois des passagers et véhicules en provenance de Saint-Malo. Le navire pouvait accueillir 700 passagers et 170 véhicules: il sera succédé de noms gravés dans l’histoire du transmanche, parmi lesquels figure évidemment le Bretagne, dont on a récemment célébré la dernière traversée au départ de Saint-Malo. Avec un peu plus de 12 heures de traversée, c’est la plus longue liaison entre France et l’Angleterre. «Notre navire accueille beaucoup de touristes », explique le Commandant Olivier RAIMBAUX, «on l’a adapté à cela.» Par exemple, le pont-garage supérieur du Guillaume de Normandie est beaucoup plus bas à bord du Saint-Malo, réservé aux voitures, ce qui permet la création d’un pont supplémentaire pour des cabines. Le navire est parvenu à séduire son public dès sa mise en service début 2025 : principalement des passagers anglais partant découvrir la Bretagne ou le sud de la France. «En cinquante ans, nous avons accueilli sur cette ligne un peu plus de 6 millions de passagers», décrit Christophe MATHIEU.
La compagnie bretonne a poursuivi son développement dans la Manche. En 1986, elle s’associe au port de Caen pour le développement d’un nouveau port d’embouchure. Le 5 juin 1986, le Duc de Normandie appareille de Ouistreham, à quelques pas de l’écluse de l’Orne. La ligne mi-longue (six heures) vient en alternative avec celle du Havre et c’est un succès. En 1991 est positionné le Normandie, plus gros ferry transmanche, capable d’accueillir 2100 passagers et 774 véhicules. Six traversées par jour sont mises en place, selon des horaires très réguliers qui séduisent les transporteurs routiers.

Mise en route du tunnel sous la Manche, développement de l’aérien, Covid-19, Brexit… les nombreuses crises traversées par le transmanche ont conduit la plupart des concurrents à jeter l’éponge: les derniers en date étant P&O en 2003 et LD Lines en 2014.
En parallèle, Brittany Ferries a fait acte de résilience, jusqu’à s’affirmer en leader du secteur, transportant près de 2,5 millions de passagers et 194 000 camions chaque année, entre France, Angleterre, Espagne et Irlande. Le port de Portsmouth reste au cœur de cette activité : «Portsmouth accueille trois quarts de notre trafic», décrit Christophe MATHIEU, «sur nos treize navires, neuf y font escale chaque semaine». En cinquante ans, il s’est affirmé comme deuxième port transmanche d’Angleterre, juste derrière Douvres. «Le trafic Brittany Ferries représente des retombées de 10 millions de livres chaque année pour notre ville», décrit Abdul KADIR. «Notre port emploie 5000 personnes aujourd’hui».

Pour célébrer ce double-anniversaire, l’armement breton a mis en avant ses deux derniers-nés, les Saint-Malo et Guillaume de Normandie. «Avec ces navires, Brittany Ferries a inauguré la plus grosse opération de renouvellement de flotte de son histoire », décrit Christophe MATHIEU .
Nous les avons retrouvés l’un à côté de l’autre, amarrés de part et d’autre du môle principal du Port International de Portsmouth (équipé des deux passerelles véhicules à double-niveau). Tous deux étaient totalement silencieux : depuis le large de Southsea, ils coupent leurs moteurs et utilisent la puissance électrique stockées sur leurs batteries. Au centre de ce môle, les quatre mâts de branchement au courant de terre ont été inaugurés ce matin même (voir l’article). Si le Guillaume de Normandie repartait en début d’après-midi pour Ouistreham, le Saint-Malo a été privatisé pour la presse, les clients les plus fidèles de la compagnie et les amis du port de Portsmouth. En début d’après-midi, il appareillait de Portsmouth pour une navigation autour de l’île de Wight. «C’est une navigation particulièrement délicate, mais j’ai confiance en le Commandant RAIMBAUX», annonce Christophe MATHIEU. La croisière de quatre heures nous a notamment conduits au large des fameuses falaises de Wight, jusqu’à la pointe de la Needle. Le passage occidental n’est de fait que très rarement utilisé par les navires marchands, qui préfèrent les chenaux d’est plus larges et mieux balisés. Tout au nord, le port de Southampton paraît bien loin de la mer pour les navires les plus pressés. Entre détours, forts courants et passages parfois étroits, la complexité du Solent témoigne une nouvelle fois de l’emplacement privilégié de Portsmouth. Le Saint-Malo a retrouvé la rade de Portsmouth sur les coups de 16h : après une petite heure à quai, il a appareillé vers son port d’attache.
La plus grande partie de la délégation française a embarqué quant à elle à bord du Mont Saint Michel à destination de Ouistreham : si le car-ferry qui fête bientôt ses vingt-cinq ans fait toujours partie des plus confortables du transmanche, la différence avec le Guillaume de Normandie ou Saint-Malo, notamment pendant la manœuvre cette fois sous scrubbers, marque d’autant plus le pas franchi avec les deux nouveaux navires. En plus des cinquante ans de son port ferries, Portsmouth célèbre cette année son siècle d’existence, entant que ville indépendante. «Sur un siècle, la ville a passé cinquante ans marquée par son activité transmanche», relate Abdul KADIR .«Que nous réservent les cinquante prochaines années? Mais le lien avec Brittany Ferries est fort : si l’un d’entre nous réussit, l’autre aussi. »



