Meije ROUSCHMEYER vient de Reims. Ses parents travaillent dans le domaine médical. Pendant longtemps, elle cherche sa voie. Elle commence par regarder des reportages télévisés, puis poursuit ses recherches sur Internet. C’est ainsi qu’elle découvre l’École nationale supérieure maritime.
Elle intègre l’ENSM en 2022 dans la filière monovalente pont.
Durant sa formation, elle multiplie les embarquements pour se confronter à différents types de navigation. Elle effectue d’abord deux contrats chez Ponant Explorations, à bord du Champlain puis du Lapérouse. Elle poursuit ensuite sur des ferries de Corsica Linea, puis découvre le remorquage hauturier avec Les Abeilles. Elle navigue également comme matelot sur le ferry Côte d’Opale, avant d’embarquer sur le cargo MN Colibri.
À la fin de ses temps d’élève, elle signe un premier contrat de lieutenant sur ce même navire. Elle revient ensuite chez Ponant Explorations sur Le Lapérouse, avant de rejoindre Le Commandant Charcot, où elle effectue aujourd’hui son deuxième contrat.
Elle y occupe d’abord le poste de troisième officier sécurité, avant de passer troisième officier sûreté.
« Aller voir ailleurs a été très bénéfique », explique-t-elle. « Mais le retour chez Ponant Explorations s’est fait naturellement. J’apprécie la rigueur qui existe ici. J’ai l’impression d’apprendre très vite. Les équipages sont très internationaux. J’aime travailler en anglais et évoluer dans un environnement multiculturel. »
Sur la passerelle du Commandant Charcot, elle est la seule femme. « Comme souvent », plaisante-t-elle.
Elle explique cependant n’avoir jamais rencontré de difficultés particulières, ni au moment du recrutement ni dans son intégration à bord.
« La période est favorable. Si le métier reste très masculin, c’est surtout parce qu’il est encore mal connu. J’appartenais à l’une des premières promotions de l’ENSM à atteindre environ 30 % de femmes. Pourtant, l’image d’un métier dur et peu accessible persiste. Personnellement, je ne me suis jamais posé la question. Quand je suis entrée à l’école, cela ne m’a jamais paru inaccessible. »
Selon elle, le véritable moment de rupture intervient plus tard.
« Le choix entre carrière et vie privée reste un moment où l’on perd beaucoup de femmes. Mais cela évoluera naturellement avec le temps. Aujourd’hui, il y a souvent au moins une femme sur la passerelle du Commandant Charcot. L’essentiel n’est pas qu’il y en ait une absolument. L’important est que ce métier reste accessible et impartial pour celles qui veulent le faire. Et ici, je pense que c’est le cas. »

De l’école au navire
Meije souligne également l’écart entre la formation académique et la réalité du métier.
« La théorie est indispensable. Elle constitue la base. Mais le travail s’apprend réellement à bord. Nous entrons très jeunes à l’école, et nous grandissons vite en arrivant sur les navires. Les responsabilités, l’expérience et la vie d’équipage nous font mûrir rapidement. Notre métier repose beaucoup sur le partage, la transmission et la capacité à vivre ensemble. »
Lorsqu’on lui demande ce qui lui a manqué pendant sa formation, elle répond d’abord en riant : « Peut-être apprendre à remplir une déclaration d’impôts. »
Elle précise ensuite sa pensée : « plus sérieusement, je pense qu’il pourrait y avoir davantage d’échanges avec des marins expérimentés. Entendre des cas concrets, multiplier les intervenants, écouter les retours du terrain. »
Elle encourage les élèves à aller chercher ces contacts par eux-mêmes : « il ne faut pas hésiter à parler avec les anciens élèves, avec les marins, avec les professionnels de la mer. Par exemple, Hugo. Je l’ai contacté sur Instagram pendant mes études. Il m’a conseillée et accompagnée. Au début par messages, et aujourd’hui directement à bord. Je lui en suis très reconnaissante. »



