Lors de l’Assemblée Générale ordinaire du GICAN, nous avons été invités à découvrir la vision pour les années à venir, présentée par Pierre-Eric POMMELET, Président du GICAN et Président Directeur Général de Naval Group qui a souligné l’importance de l’industrie navale française en tant que moteur de réindustrialisation et de souveraineté nationale. Retour sur les détails de ce message qui va raisonner dans le monde maritime français.
Ce rendez-vous très attendu dévoilant la feuille de route de construction navale était l’occasion d’évoquer les défis à relever, notamment la nécessité de concilier temps court et temps long dans les processus industriels. Les prises de commandes pour 2025 montrent une dynamique de croissance, avec un accent sur la défense et la construction civile. Le Président a également mis en avant l’importance de la décarbonation et de l’innovation, ainsi que le soutien aux PME et TPE. Il a appelé à une collaboration renforcée entre les acteurs de l’industrie, les pouvoirs publics et les institutions éducatives pour attirer de nouveaux talents. Pour finir, il a affirmé que la mer doit devenir un levier pour la réindustrialisation et que l’industrie navale a un avenir prometteur, nécessitant une vision collective et engagée.
Dans les détails, cette Assemblée Générale a débuté par la présentation des nouveaux membres de l’organisation mais surtout de ses nouveaux talents : une très belle démonstration de l’attractivité maritime et de l’émulation autour des équipements marins avec plusieurs startups qui ont été mises en avant, développant des solutions anti-drones, des plateformes robotiques, ou des systèmes de propulsion électrique. Tout ceci évidemment complété par l’IA, la cybersécurité et l’innovation industrielle.
Le point d’orgue fut donc l’intervention très attendue de Pierre-Eric POMMELET qui est revenu sur une vision en 8 axes dont trois ont particulièrement retenu notre attention :

Faire de la décarbonation un levier de réindustrialisation
« On y croit, nous sommes absolument convaincus que la décarbonation est en route.
Alors, même s’il peut y avoir des hauts et des bas, sur le long terme, c’est une évidence.
La décarbonation du secteur maritime et du secteur naval est une opportunité à partir du moment où nous sommes innovants, du moment aussi, que nous sommes capables de ramener une partie de la construction de la voie civile. Les technologies de propulsion vélique, d’électrification, de carburant alternatif, d’efficacité énergétique sont au cœur de ce qui nous permettra d’innover et de réindustrialiser. À ce titre, le travail mené pour la mobilisation des recettes des ETS vers la décarbonation du maritime est très important. »
L’Europe, l’Europe, l’Europe, l’Europe !
« Je pense qu’on a vraiment franchi une étape, il y a une stratégie.
Après, c’est une stratégie avec des tas de bonnes idées et des tas de bons principes qu’il faut traduire en actes et traduire en volonté claire, avec évidemment des priorités européennes et des choix européens.
On a une étude sur les ferries en ce moment, la quasi-totalité de la construction navale des grands navires civils est partie en Chine, aujourd’hui, ce n’est plus la Corée et le Japon, c’est la Chine.
Il est absolument indispensable que l’Europe réagisse et que l’Europe réagisse en particulier sur ce qui était en Europe il y a à peine 10 ans et qui est parti en Chine à une vitesse considérable et qui doit revenir, les chantiers navals sont prêts.
Je pense aux ferries et à tous les navires de liaison.
Ce sont les navires ferries et les grands ferries notamment, que nous savions faire.
C’est un modèle économique fermé puisque les utilisateurs des ferries sont des Européens qui payent des impôts en Europe.
Et si on les fait en Europe avec des industriels qui paieront des impôts en Europe, nous sommes intimement persuadés que si on considère le modèle économique global, il n’est pas préférable d’aller acheter un ferry en Chine avec des salariés chinois ayant des impôts en Chine, et cetera.
Le modèle économique global doit nous permettre de montrer qu’on a une compétitivité à venir en Europe.
Je ne vous fais pas le dessin, les ferries ont aussi une dualité : si jamais ça se passe mal, il faudra transporter des troupes avec des ferries fabriqués en Chine ce qui peut peut-être poser un problème de souveraineté maritime…..N’est-ce pas, Monsieur le député Yannick CHENEVARD ? Je fais référence au rapport qui est fait sur le sujet de la flotte stratégique, l’Europe a des budgets, l’Europe a une stratégie qu’il nous faut être capable alors de comprendre comment ça fonctionne, mais vous l’avez compris qu’on a une expertise. »

L’attractivité des métiers
« Les carnets de commandes sont une bonne nouvelle.
La pub qu’on fait autour de l’industrie navale en est une autre.
La passion du métier de la mer, les entreprises littorales, parce que qui dit entreprise littorale dit bord de mer, et qui dit bord de mer dit attractivité.
On a vu une vraie attractivité des villes littorales, notamment suite au Covid.
A tel point d’ailleurs, là aussi, on a besoin des collectifs.
Parce que pour être capable de faire ce qu’on a à faire, il va nous falloir des logements, il va nous falloir des routes, il va nous falloir des infrastructures, il va nous falloir des ports, il va nous falloir tout ce qu’il faut autour.
Et ça, c’est un travail extrêmement important.
Si on ne l’a pas, on sera freiné dans notre croissance.
Mais il va falloir des compétences dans tous les domaines : des soudeurs, des chaudronniers, des électriciens, des ingénieurs, des techniciens, des architectes navals, des spécialistes cybersécurité, des automaticiens, des mécaniciens, des experts en propulsion, data scientists,
opérateurs de production et on en a oublié beaucoup.
Il nous faut aussi des financiers, des ressources humaines, des ressources du corps.
Ces métiers sont indispensables.
On doit mieux les faire connaître, mieux les valoriser. »
Un message dynamique très positif avec une mise en oeuvre très attendue des armateurs et des marins français : rendez-vous aux Assises de l’Economie de la Mer en novembre prochain pour la confirmation du message et peut-être des annonces d’un retour à des constructions civiles européennes dans un schéma économique vertueux et en accord avec la flotte stratégique que nous développons dans nos conférences Jeune Marine, à retrouver en replay dans la revue.
Aymeric AVISSE



