Editions Jeune MarineJeune Marine N°285

Editions Jeune Marine : Les auteurs et leurs livres

Portrait d'Olivier CREPET

Fiche de lecture — Résumé du livre

La Sûreté portuaire en action – De la règle au terrain : vers une culture de sûreté propose une approche globale et opérationnelle de la protection des ports contemporains. L’ouvrage présente d’abord le système maritime mondial, le rôle stratégique des ports et les vulnérabilités engendrées par la concentration des flux. Il analyse ensuite les principales menaces : terrorisme, criminalité organisée, narcotrafic, corruption, immigration clandestine, cyberattaques et actions hybrides.

Le livre retrace la construction du modèle international de sûreté maritime, depuis les dispositifs antérieurs au Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires (Code ISPS) jusqu’à sa déclinaison européenne et française. Il expose les responsabilités des autorités, des exploitants et des agents de sûreté, tout en soulignant les difficultés de coordination entre les nombreux acteurs portuaires.

L’auteur développe ensuite une véritable méthode de management de la sûreté : gouvernance, analyse des risques, défense en profondeur, choix des contre-mesures, organisation opérationnelle, technologies de surveillance et gestion de crise.

L’ouvrage défend enfin une conviction centrale : la conformité réglementaire ne suffit pas. Une sûreté efficace repose sur le discernement humain, la qualité du management, la formation continue et le partage d’une culture de vigilance. Protéger un port signifie ainsi gouverner ses vulnérabilités, anticiper les transformations de la menace et préserver durablement sa capacité à fonctionner.

Autoportrait de l’auteur

Je suis un marin qui navigue aujourd’hui surtout entre les quais, les salles de crise et les textes réglementaires. Mon sextant ressemble davantage à une matrice de risques et ma boussole indique trois directions : comprendre, anticiper et transmettre. Ce n’est pas toujours le chemin le plus court, mais il évite quelques récifs — notamment administratifs.

Mon parcours m’a permis d’observer la sûreté maritime et portuaire depuis plusieurs postes de veille : celui des opérateurs confrontés au réel, celui des autorités qui fixent le cadre et celui du consultant chargé de faire dialoguer des acteurs qui emploient parfois les mêmes mots sans leur donner exactement le même sens. Mes missions pour l’Organisation maritime internationale m’ont surtout appris qu’on ne sécurise pas un port depuis un bureau. Il faut comprendre son histoire, sa géographie, ses flux et la culture de celles et ceux qui le font vivre.

J’ai aussi constaté qu’un dispositif peut être impeccable dans un classeur et beaucoup moins convaincant un vendredi soir, sous la pluie, avec une radio qui grésille et le détenteur de la bonne clé momentanément introuvable. La sûreté commence dans les textes ; sa véritable carrière débute lorsqu’elle rencontre le terrain.

J’ai donc voulu construire un passage entre la règle et l’action. J’écris comme je conduis une mission : j’observe, je questionne, je confronte, puis je reviens vérifier le point qui semblait évident — c’est souvent là qu’il se cache. Avec une conviction simple : le document le mieux relié du monde ne remplacera jamais une organisation comprise, entraînée et capable d’agir lorsque le scénario refuse poliment de suivre le plan.

Questionnaire

Jeune Marine : Quel est le livre qui a le plus influencé votre écriture maritime ?

Olivier CREPET: S’il faut choisir un livre, je citerais Stratégie de Basil Henry Liddell Hart. Sa réflexion sur l’approche indirecte a profondément influencé ma manière d’aborder la sûreté. Liddell Hart montre que l’efficacité ne consiste pas toujours à affronter directement la force adverse. Il faut aussi comprendre son équilibre, identifier ses dépendances, exploiter ses vulnérabilités et créer les conditions qui réduisent sa liberté d’action.

Cette idée trouve un écho immédiat dans le monde portuaire. Protéger un port ne revient pas à édifier un mur toujours plus haut face à chaque menace. Il faut penser les approches maritimes et terrestres, les flux, les accès, l’information, les comportements et les capacités de réaction. La meilleure contre-mesure n’est pas nécessairement la plus visible : c’est celle qui modifie le calcul de l’adversaire, détecte tôt son action ou l’oblige à emprunter un chemin où il devient vulnérable.

Je rapproche cette lecture de l’œuvre de Vauban. Il ne concevait pas un ouvrage de défense comme un objet isolé, mais comme l’élément d’un système adapté au relief, aux voies d’approche et aux moyens de l’assaillant.

Liddell Hart éclaire la manœuvre et Vauban lui donne une architecture. Tous deux invitent à éviter la réponse frontale et automatique pour rechercher la combinaison la plus intelligente des moyens.

Jeune Marine : Quel est l’objet ou l’image qui vous accompagne quand vous écrivez ?

Olivier CREPET : L’image qui m’accompagne lorsque je pense la sûreté portuaire est celle du port militaire de Toulon. Ce n’est pas seulement un décor maritime : c’est un lieu où se rencontrent l’histoire de France et, plus modestement, la mienne. J’y vois la mer, la stratégie, la technologie, mais aussi le travail quotidien de femmes et d’hommes qui doivent maintenir un ensemble complexe en état de vigilance sans interrompre sa mission.

La rade porte notamment l’empreinte de Vauban, chargé sous Louis XIV de repenser l’arsenal et de renforcer son dispositif défensif. Le fort Saint-Louis et l’organisation des défenses rappellent sa manière de lire un territoire : observer les voies d’approche, exploiter la géographie, croiser les protections et ne jamais laisser un ouvrage être la seule barrière de protection.

Cette image m’empêche de rester enfermé dans les textes. Elle me rappelle qu’un port est un système vivant, traversé par des personnes, des informations, des responsabilités et parfois quelques imprévus qui n’ont manifestement pas consulté le plan de sûreté. Écrire avec Toulon à

l’esprit, c’est conserver le lien entre la vision stratégique et la réalité du quai : comprendre ce que l’on protège, savoir contre quoi on le protège et préparer ceux qui devront agir.

Jeune Marine : Quel est votre processus de création ?

Olivier CREPET : Je parle moins de création que d’analyse mise en récit. Mon point de départ n’est presque jamais une page blanche. C’est plutôt un environnement portuaire, une mission, un exercice, un échange avec un professionnel ou une difficulté qui résiste aux réponses toutes faites. Il existe souvent un écart entre ce que le texte prévoit, ce que l’organisation pense être capable de faire et ce qu’elle fera réellement à deux heures du matin, lorsque les effectifs sont réduits et que le téléphone du responsable sonne dans le vide. C’est généralement dans cet écart que je trouve mon sujet.

Je rassemble ensuite les exigences réglementaires, les retours d’expérience et la parole des acteurs. Mes missions de consultant pour l’Organisation maritime internationale m’ont appris qu’une solution pertinente dans un port ne peut pas être simplement reproduite dans un autre. Chaque port possède sa géographie, son histoire, ses flux, ses ressources, ses fragilités et sa culture professionnelle. À la manière de Vauban, je commence donc par lire le terrain avant de dessiner la défense.

J’organise ensuite les idées comme on prépare une opération : déterminer ce qui doit être protégé, comprendre la menace, identifier les vulnérabilités, répartir les responsabilités et anticiper les situations dégradées. L’influence de Basil Henry Liddell Hart, notamment dans Stratégie, intervient à ce stade. Je recherche moins l’accumulation des moyens que leur juste articulation. Je m’intéresse au point d’effet et, lorsque cela est possible, à l’approche indirecte qui permet d’agir en amont plutôt que de subir l’événement.

L’écriture vient ensuite, par reprises successives. Elle sert à transformer l’analyse en une méthode claire et utilisable. Je termine toujours par une question simple : « Ce passage aidera-t-il réellement un professionnel à mieux comprendre, décider ou agir ? » Si la réponse est non, je recommence. Si elle est oui, je vérifie encore une fois — vieux réflexe de consultant ou, plus probablement, forme raisonnable de méfiance professionnelle.

Bibliographie :

La Sûreté portuaire en action – De la règle au terrain (2026) : vient de paraitre

L’ouvrage est disponible en ligne :

L’ouvrage est disponible en ligne sur BoD, Amazon et Fnac.

 

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