ConférenceJeune Marine N°284

8ème édition de la fête de la mer et des littoraux : Replay de la conférence sur la pollution sans frontière

Le 5 juin dernier, à l’Hôtel de Roquelaure, siège du ministère de la Mer, s’est tenue une journée de conférences organisée à l’occasion du lancement de la 8e édition de la Fête de la Mer et des Littoraux.

Coanimée par Sophie PANONACLE, députée de la Gironde et présidente de la Fête de la Mer et des Littoraux, et Aymeric AVISSE, président de la revue Jeune Marine, cette rencontre a réuni scientifiques, experts, représentants de l’État et acteurs du littoral autour de deux enjeux majeurs : l’érosion côtière et la pollution plastique des océans.

La table ronde consacrée au « plastique sans frontières » s’est ouverte par l’intervention d’Éric BANEL, directeur général des Affaires maritimes, de la Pêche et de l’Aquaculture (DGAMPA). Elle réunissait ensuite Camille LACROIX, cheffe du service Surveillance et études des déchets aquatiques au Cedre, Xavier COUSIN, chercheur à INRAE, et Romain TROUBLE, directeur général de la Fondation Tara Océan.

Présente sur les plages, dans les fleuves, au large et jusque dans les organismes marins, la pollution plastique ne connaît aucune frontière. Les différents intervenants en ont dressé un état des lieux, tout en rappelant que des solutions existent.

Éric BANEL a d’abord insisté sur le rôle essentiel de la science pour éclairer les politiques publiques. L’océan doit être considéré dans sa globalité : pollution, biodiversité, climat, pêche et activités maritimes sont étroitement liés. Les réponses doivent donc être coordonnées, en France comme à l’échelle européenne et internationale.

Camille LACROIX a présenté les données issues de la surveillance des déchets aquatiques. En 2024, une médiane de 386 déchets pour 100 mètres de plage a été observée en France. Sur les berges suivies, ce chiffre atteignait 449 déchets pour 100 mètres, dont 87 % de plastique. Si une diminution des déchets est observée sur les plages européennes, la pollution demeure donc très importante.

Les déchets proviennent largement de la terre, via notamment les cours d’eau et les réseaux urbains, mais les activités maritimes contribuent également au phénomène. Dans certaines zones étudiées, la pêche, la conchyliculture et le transport maritime représentent ainsi une part importante des déchets identifiés.

La face invisible : les microplastiques

Xavier COUSIN s’est particulièrement intéressé aux microplastiques. Contrairement à l’image souvent employée du « septième continent », les déchets ne forment pas une île compacte au milieu de l’océan. Il s’agit plutôt d’une immense « soupe » de particules dispersées par les courants.

Ces microplastiques peuvent être rejetés directement dans l’environnement ou provenir de la fragmentation progressive de déchets plus gros. Ils sont aujourd’hui retrouvés dans de très nombreux organismes marins.

Leur impact ne se limite pas à leur présence physique. Les plastiques contiennent également de nombreuses substances chimiques, dont certaines présentent une toxicité connue. Leur surface peut aussi être colonisée par des micro-organismes, parmi lesquels des bactéries pathogènes. La pollution plastique concerne ainsi directement la santé des écosystèmes, des animaux et, potentiellement, celle des humains.

Agir à la source plutôt que nettoyer l’océan

Pour Romain TROUBLE, les nombreuses expéditions scientifiques menées par la Fondation Tara Océan ont permis de confirmer un constat : le plastique est présent partout.

Une fois les déchets dispersés et fragmentés en haute mer, leur récupération devient extrêmement difficile. Le nettoyage reste pertinent sur les plages, les berges, dans les ports ou dans certaines zones d’accumulation bien identifiées, mais il ne peut constituer la réponse principale.

La priorité est donc d’agir à la source : limiter les rejets, améliorer les pratiques industrielles et maritimes et surtout réduire la production et les usages non essentiels du plastique.

Une réponse nécessairement collective

Les citoyens peuvent évidemment agir en modifiant certains comportements et en réduisant leur consommation de plastique. Mais Romain Troublé met en garde contre une responsabilisation excessive du consommateur : face à une pollution devenue systémique, les gestes individuels ne suffiront pas.

La réponse passe aussi par les industriels, les politiques publiques et les négociations internationales. Les scientifiques ont ici un rôle essentiel : produire des données robustes et les mettre à disposition des décideurs afin d’éclairer les discussions, notamment celles concernant le traité international sur la pollution plastique.

Cette table ronde délivre ainsi un message clair : face à une pollution mondiale, diffuse et durable, la priorité est de fermer le robinet plutôt que de tenter de vider l’océan. La science permet désormais de mieux identifier les sources et les impacts du plastique. L’enjeu est maintenant de transformer ces connaissances en décisions et en actions.

Ces formats sont interactifs, n’hésitez pas à liker, à commenter et à repartager.

Bon visionnage !

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