Commandant CharcotJeune Marine N°284

Portraits de marins à bord du Commandant Charcot : Hugo ANDRE – Officier Sécurité 

L’air serein. Le sourire facile. Des boucles grisonnantes et le front concentré. Hugo vient du Vaucluse, de L’Isle-sur-la-Sorgue. La mer n’était pas son horizon naturel, mais elle s’est invitée très tôt dans le jardin familial.

Son père, un passionné, y construisit un voilier de ses propres mains. Les étés se passent à naviguer. Hugo se dispute la barre avec son frère. La manœuvre devient un terrain de jeu sérieux. On apprend à sentir le vent, à comprendre l’erre, à accepter que l’eau impose toujours sa loi. Kayakiste à haut niveau, Hugo développe le goût de l’équilibre instable, du mouvement continu. Le voyage l’attire. Pas le schéma classique. Pas la routine figée. En 2018, il achève sa classe préparatoire au lycée maritime Les Rimains de Saint-Malo, puis il entre à l’ENSM. Ses temps d’élève, il les fait chez CMA CGM. Pour financer ses études, il embarque comme ouvrier machine chez DFDS. Quand vient le temps de son contrat professionnel, il rempile à la CMA, où il obtiendra sa qualification gaz avancée (GNL) sur porte-conteneurs nouvelle génération.

En Janvier 2024, il entre chez Ponant explorations.

Il embarque sur Le Commandant Charcot comme troisième officier sûreté, puis officier navigation, puis OSSEO. Depuis Hobart, le voici officier sécurité : une progression complète sur un navire qui exige plus que les autres.

Nicolas SERVEL : Qu’est-ce que Le Commandant Charcot représente pour toi ?  

Dès l’entretien, on m’a parlé de glace. Et la glace change tout. Ici, la navigation n’est jamais linéaire. On est en manœuvre permanente. On joue avec l’inertie, la pression, les résistances. Parfois, on accepte une dérive maîtrisée pour mieux reprendre le contrôle. C’est une navigation vivante. Et j’adore ça.  

Passage du prince Christian-Le Commandant Charcot © PONANT-Photo-Ambassador-Ian-Dawson-DR

 Nicolas SERVEL : Y a-t-il une routine à bord ?

Il y a une routine dans la rigueur. La prise de quart, notamment : radars, cartes, météo. Ce sont des vérifications systématiques. Mais au-delà de ça, non. Pas vraiment de routine. Les équipages changent régulièrement. Il faut reformer, réexpliquer, transmettre. Les nouveaux membres deviennent des acteurs majeurs de la sécurité. C’est un éternel recommencement. Il faut être patient. Constant. Pédagogue.  

Nicolas SERVEL : En quoi la sécurité est-elle différente sur un navire polaire ?  

La glace multiplie les scénarios. L’équipement n’a rien à voir avec un navire conventionnel. On doit gérer les PSK — Personal Survival Kit — et les GSK — Group Survival Kit. On a aussi une procédure d’abandon sur glace qui n’existe nulle part ailleurs. Beaucoup des équipements sont des prototypes, ce qui implique des inventaires spécifiques. Et sans oublier les défis en temps réel, comme l’accumulation de glace sur les structures, le risque GNL. Ces risques concernent le navire, l’équipage, et les passagers, mais aussi l’environnement. Le champ des possibles est plus large. Donc la préparation doit l’être aussi.  

Nicolas SERVEL : Ton moment le plus tendu ? 

C’était en Baie de Pine Island, à la sortie du glacier Thwaites. On faisait face à une méga-banquise. Le navire s’est littéralement posé sur la glace. Cinq groupes électrogènes en ligne. Les pods à cent tours par minute. Et pourtant, rien ne bougeait. On a passé des heures à travailler la glace, à chercher l’ouverture. Autre moment fort : Groenland, mai 2024. Le vent avait pressurisé la banquise. On s’est retrouvés comprimés entre deux plaques de glace avec six groupes électrogènes engagés. On gagnait un mètre ; on en perdait un. Dans ces moments-là, on sent physiquement la masse du navire. Et la limite entre maîtrise et contrainte.  

 Nicolas SERVEL : Comment définis-tu ta culture du risque ? 

On multiplie les exercices. Mais surtout, on apprend quelque chose à chaque fois. On analyse l’organisation : chaîne de commandement, coordination entre officiers, réactions individuelles. L’officier sécurité, ce n’est pas seulement appliquer des procédures. C’est comprendre comment les gens fonctionnent sous pression. C’est du management autant que de la technique.  

Nicolas SERVEL : Qu’est-ce que l’école ne prépare pas assez ?  

Le caractère. On apprend MARPOL, SOLAS, les rapports de mer. Mais on n’apprend pas vraiment la gestion humaine, ni la dimension psychologique du rôle. Officier sécurité, c’est parfois être celui qui dérange. Celui qui pose les questions. Qui insiste. Qui pèse les décisions. Et il faut accepter que sa réussite, c’est quand il ne se passe rien. Le succès du safety, c’est l’absence d’événement.  

Nicolas SERVEL : Tu attendais cette promotion ?  

Oui. Elle s’inscrit dans la continuité de mon parcours. Les safety tours, l’expérience accumulée… Mais ici, rien n’est jamais acquis. Le contexte évolue en permanence. Il faut rester lucide. Toujours. 

 

 

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