InterviewJeune Marine N°284Marine marchande

Entretien avec Marc HALARY

Second capitaine à bord du câblier Île de Bréhat - LD Armateurs

Cette semaine, nous avons rencontré Marc HALARY, second capitaine à bord du câblier Île de Bréhat de LD Armateurs. À travers son témoignage, il nous plonge dans l’univers fascinant des câbles sous-marins, infrastructures invisibles mais indispensables au fonctionnement d’Internet et des communications mondiales. Il revient sur les missions des navires câbliers, les spécificités de ce métier de haute technicité, les parcours de carrière et les défis d’une activité devenue un enjeu stratégique majeur à l’échelle internationale.

Aymeric AVISSE :  Bonjour Marc, Je suis ravi de vous rencontrer pour parler d’une activité stratégique de plus en plus au cœur de la géostratégie mondiale : la pose et la réparation de câbles. Vous êtes embarqué sur un navire câblier, pouvez-vous nous décrire quelles activités sont opérées par LD Armateurs sur le secteur câblier ? 

crédit photo : LD Armateurs

Marc HALARY : Bonjour Aymeric, ravi d’être avec vous. Effectivement, les activités liées aux câbles sous-marins sont essentielles car ces derniers représentent plus de 99% des échanges des données mondiales. Le volume de ces données est en constante augmentation du fait notamment des innovations technologiques comme le développement actuel de l’intelligence artificielle. 

Chez LD Armateurs nous intervenons principalement sur la pose et la réparation des câbles sous-marins de communication, qui sont des câbles optiques depuis les années 90. 

LD Armateurs opère une flotte de 5 navires (1 navire de pose et 4 de maintenance) pour Optic Marine (OMS) et une flotte de 7 navires (5 navires de pose et 2 de maintenance) pour Alcatel Submarine Networks (ASN) dont l’ILE DE BREHAT sur lequel je suis actuellement embarqué en tant que Second Capitaine. 

Aymeric AVISSE :  Les navires câbliers sont extraordinaires, de vraies usines hyper-technologiques sur l’eau, quelle facette de l’activité vous attire le plus et peut-être vous passionne le plus ? 

Marc HALARY : Ce qui me plaît le plus, c’est qu’aucune mission ne ressemble à une autre. Bien sûr, il y a les responsabilités classiques liées à ma fonction, mais ce qui rend ce métier vraiment passionnant, c’est tout ce qu’il y a autour. Sur un navire câblier, on travaille au quotidien avec des profils très variés : des hydrographes, des pilotes d’engins sous-marins, des ingénieurs, des techniciens spécialisés… Cette diversité est extrêmement enrichissante, parce que chacun apporte son expertise et on apprend constamment les uns des autres. 

J’apprécie aussi le fait que chaque opération réserve son lot de surprises et de défis. Les conditions météo, les fonds marins, les contraintes techniques ou les imprévus font qu’il faut toujours savoir s’adapter et trouver des solutions en équipe. C’est ce mélange entre technologie de pointe, expertise humaine et capacité à relever de nouveaux défis qui me motive le plus. Et puis, il y a une vraie satisfaction car peu importe la complexité de la mission nous arrivons toujours à mener l’opération à son terme avec succès. 

Aymeric AVISSE : Vos activités sont internationales, comment se maille la couverture LD Armateurs et comment se passe concrètement un embarquement ? (Rythme des rotations, organisation du travail selon les activités, escales etc…) 

Marc HALARY : Oui nos navires offrent une couverture internationale à nos clients. Nous travaillons sur un rythme de rotation de deux mois embarqués pour deux mois de repos. Même si l’organisation des relèves peut parfois être complexe, notamment parce que le planning des navires évolue en fonction des opérations et des imprévus, cet engagement a toujours été respecté en ce qui me concerne. En revanche, il faut bien distinguer deux types d’activités : les navires de maintenance et les navires de pose. 

Les navires de maintenance sont géographiquement positionnés autour du monde (Dunkerque, Mindelo, Curaçao, etc…) à proximité d’un dépôt de câbles pour assurer une réponse quasi-immédiate en cas d’avarie sur un câble.  Les missions sont généralement imprévisibles mais rarement longues et le navire retourne à quai à son port d’attache. 

Les navires de pose fonctionnement sur des projets planifiés des années à l’avance et chaque projet induit un chargement de câble qui est souvent d’une durée supérieure à un mois soit à l’usine de Calais soit dans un port aléatoire quand le câble est livré par un navire fréteur, il y a ensuite généralement un transit puis la pose. 

Peu importe le navire, le rythme de travail dépend de la fonction (quart ou non) mais durant les opérations câbles la quasi-totalité des postes fonctionnent en 12 heures de travail suivies de 12 heures de repos. Cette organisation implique que la plupart des postes sont doublés et assure à chacun une période de repos sans interruption.  

Ces deux types d’activités sont encore les rares dans la marine marchande française qui permettent aux équipages de profiter de longues escales pour découvrir des pays et leurs cultures tout autour du globe. 

Aymeric AVISSE : Les activités « câbles » sont considérées comme du pont ou de la machine ? Doit-on spécifiquement être polyvalent ? Quelles qualifications permettent de vous rejoindre ? 

Marc HALARY : Chez LD Armateurs, les opérations câbles sont réalisées par les officiers de la marine marchande, parmi les équipes qui assurent la conduite des opérations de pose, de maintenance et de réparation des câbles sous-marins.  

La formation des officiers câble est principalement assurée en interne grâce à un système de compagnonnage (mentoring) permettant de transmettre l’expérience opérationnelle acquise à bord. Cette formation est complétée par des supports pédagogiques dédiés, notamment des modules e-learning développés spécifiquement pour les métiers du câble. 

La polyvalence constitue un véritable atout. En effet, au-delà des opérations maritimes elles-mêmes, un officier câble participe au suivi, à l’entretien et au dépannage d’équipements sophistiqués faisant appel à des compétences en mécanique, hydraulique, électricité et automatisme. Une bonne connaissance des équipements de pont est donc particulièrement appréciée. 

Néanmoins, nous accueillons aussi bien des officiers polyvalents que des officiers monovalents. Les compétences complémentaires nécessaires sont acquises progressivement grâce aux formations dispensées par l’armement et à l’expérience embarquée. Les profils issus des filières pont, machine ou électrotechnique peuvent ainsi évoluer vers les métiers du câble. 

Les qualifications requises sont celles de la marine marchande correspondant aux fonctions exercées à bord (officier chef de quart passerelle, officier chef de quart machine, capitaine, chef mécanicien, mais aussi officier câble, technicien d’engins sous-marins, testeur…)  

Au-delà des brevets, nous recherchons avant tout des marins curieux, rigoureux, dotés d’un bon esprit d’équipe et attirés par les opérations techniques à haute valeur ajoutée. Les métiers du câble offrent en effet un environnement unique, à la croisée du maritime, de l’ingénierie et des télécommunications sous-marines. 

Aymeric AVISSE :  J’imagine que cette activité nécessite une grande expérience du métier et de voir de nombreuses situations avant de monter en fonction, comment s’organise l’évolution ? 

Marc HALARY : Oui l’expérience est essentielle, mais chacun commence un jour et nous sommes en permanence accompagnés par des collègues ou des supérieurs expérimentés qui transmettent leur savoir-faire. 

Il est important de spécifier que chez LD Armateurs les Officiers assurent les tâches communes à chaque navire marchand (Sécurité, Navigation, Maintenance…) en plus de la gestion des opérations câbles, ce qui permet de ne jamais trouver le temps long. 

Pour un jeune officier, le parcours idéal consiste d’abord à embarquer comme lieutenant passerelle afin d’acquérir une solide expérience en navigation, en sécurité et en positionnement dynamique. Il est ensuite très enrichissant d’effectuer des embarquements en tant qu’officier câble pour se familiariser avec les opérations de pose et de réparation, ainsi qu’avec les équipements et leur maintenance. Cette double expérience permet de développer une vision globale des missions avant d’évoluer vers le poste de second capitaine, où l’on assure la coordination de l’ensemble des opérations en étroite collaboration avec les différents services du navire. 

Par la suite, l’évolution se construit comme dans la plupart des compagnies maritimes : elle repose à la fois sur les compétences, l’expérience et les opportunités qui se présentent, notamment avec le développement et l’évolution de la flotte. 

Cet entretien vous a donné envie d’en apprendre davantage sur la compagnie LD Armateurs ? N’hésitez pas à la contacter pour découvrir les opportunités offertes.

Crédit photo : LD Armateurs

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