Editions Jeune MarineJeune Marine N°284

Editions Jeune Marine : Les auteurs et leurs livres

Portrait de Stanislas SEGARD

Fiche de lecture : Batangas

Un meurtre en Bretagne. Un meurtre aux Philippines. Entre les deux : l’océan. Sur l’océan, un porte-conteneurs. À bord du Constance Legendre, un huis clos au dénouement tragique. À terre, une enquête méticuleuse aux rebondissements inattendus.

Ce thriller maritime nous embarque pour une traversée telle que la vivent les officiers et les marins de la marine marchande du 21e siècle, avec ses tâches quotidiennes, sa camaraderie, ses heurts, ses doutes et ses mots crus. Exigences de vitesse et de rentabilité font durement ressentir leur pression. À l’escale, point d’exotisme de carte postale, mais une ambiance portuaire trop vite goûtée.

L’enquête à terre est menée de main de maître, et l’indice clé, qui mettra enfin les gendarmes sur la bonne voie, est des plus inattendus. Comme le font les maîtres du thriller, Stanislas SEGARD fait des acteurs de cette traque des hommes d’os et de chair. Nous vivons l’étroitesse besogneuse de leurs tâches quotidiennes, les doutes qui les tenaillent, la lassitude qui les gagne et l’opiniâtreté qui seule permet à ces professionnels de l’ombre de dénicher l’aiguille dans une immense botte de foin.

L’intérêt de Batangas, ce qui en fait son sel, réside d’abord dans la manière dont Stanislas SEGARD analyse la psychologie des officiers qui naviguent à bord du Constance Legendre. N’espérez aucun élan romantique : l’auteur parle cru. Son langage est le vôtre, sans envolée lyrique. Son écriture, très directe, percute, et les situations vécues par les protagonistes n’en sont que plus vraies.

En marin d’expérience, Stanislas SEGARD restitue l’ambiance de ces longues semaines à bord pendant lesquelles se noue un drame.

Autoportrait de l’auteur

N’est pas écrivain qui veut et faire des phrases n’est ordinairement pas le point fort du marin. Il est en général plutôt taiseux : soit il n’a rien à dire, soit il préfère ne rien dire pour préserver l’équilibre parfois instable du carré.

Quelques rares spécimens ont tout de même osé coucher sur le papier une histoire, avec plus ou moins de succès, et le fruit de leur imagination a souvent un goût d’eau salée. C’est mon cas.

Difficile d’accoucher d’une intrigue qui se passe au fin fond des Cévennes quand on a passé la moitié de sa vie professionnelle dans un microcosme aussi restreint qu’un navire qui offre tant de choix dans les personnages, les lieux et les situations.

Quand m’est venue l’idée de tricoter un roman maritime, je n’ai pas eu à piocher bien loin dans mes souvenirs, par paresse sans doute mais surtout parce que j’avais sous la main toute la matière pour construire un récit qui se tenait.

J’ai cependant mis un temps certain avant de taper le point final de mon roman Batangas et il m’a suivi pendant plusieurs embarquements. J’en profite ici pour remercier les différentes compagnies qui m’ont employé pendant son écriture pour m’avoir permis d’écrire de nombreux chapitres sur mon temps de travail, et sans le mécénat desquelles ce livre n’aurait sans doute jamais vu le jour.

Il n’y a pas de caractère d’urgence à terminer un roman, beaucoup moins qu’un rapport d’avarie à transmettre au superintendant pour hier, et le plaisir est autant dans l’écriture elle-même que dans le fait d’écrire la dernière phrase. C’est sans doute pour cette raison que mon deuxième roman n’est encore qu’à l’état d’ébauche : je n’ai pas de directeur technique qui m’appelle à des heures indues pour réclamer un manuscrit.

Un peu trop occupé actuellement, j’attends de mon prochain employeur qu’il me confie une mission tranquille afin de pouvoir achever ce deuxième roman sans que cela empiète sur mon temps libre. À bon entendeur….

Le questionnaire de Jeune Marine

Jeune Marine : quel est le livre qui a le plus influencé ton écriture maritime ?

Stanislas SEGARD : Cette question me fait immédiatement penser à Jack LONDON et « Le Loup des Mers ».

C’est un concentré de ce que l’homme peut exprimer de meilleur et de pire. Les extrêmes se frôlent pour mieux s’éloigner.

C’est un duel entre un naufragé sauvé par un capitaine tyrannique, à bord d’un navire de chasse aux phoques. Ce sont des hommes instruits mais que tout oppose, avec des visions radicalement différentes de la vie, des relations entre humains. Jack London, plus connu pour ses aventures dans le Grand Nord, donne toute sa saveur à son récit par une remarquable sensibilité de la nature et des relations humaines.

Jeune Marine : quel est l’objet ou l’image qui t’accompagne quand tu écris ?

Crédit photo : Stanislas SEGARD

Stanislas SEGARD : C’est un carnet en cuir dans lequel je note ce qui pourrait me servir plus tard, des noms inventés pour tel ou tel personnage, des lieux à vérifier, des expressions ou des tournures à utiliser. Il est patiné d’avoir traîné un peu partout et a juste la bonne taille pour contenir deux carnets A5, suffisamment pour plusieurs romans. Et je l’ai fabriqué moi-même donc j’y tiens d’autant plus!

Jeune Marine : quel est ton processus de création ?

Stanislas SEGARD : Je ne me souviens pas avoir écrit un mot de Batangas pendant mes congés ; tout a été écrit à bord. J’ai commencé par esquisser une intrigue en une dizaine de lignes, puis je l’ai découpée en séquences plus précises, en ajoutant les personnages au fur et à mesure, en me grattant la tête aussi pour trouver des articulations crédibles et arriver au dénouement, ni trop rapidement ni trop lentement. Je porte une grande attention à la crédibilité des lieux et des événements. Je vérifie que les adresses existent, utilise Google Maps pour me promener dans les rues, étudie le voisinage, pour ensuite placer mon histoire dans un lieu que des gens pourraient reconnaître, et c’est arrivé ! Par exemple, dans Batangas, l’équipage se déroute pour éviter une tempête, qui a vraiment existé aux dates où l’histoire se déroule. Ce sont des détails qui peuvent paraître insignifiants mais ils me rassurent dans la part de vérité que je peux donner à une histoire totalement inventée. Cela oblige à une certaine rigueur, et c’est toujours décevant de lire un roman bien tourné où l’on découvre des incohérences même minimes mais qui montrent que l’auteur s’est satisfait d’un à-peu-près qu’un œil avisé décèlera immédiatement. Si je lis un roman où le bosco donne des ordres pour l’amarrage depuis la passerelle, je sais que l’auteur y était presque mais n’a pas fait tout le boulot !

Bibliographie

Batangas – 2024 : https://jeunemarine.fr/produit/batangas/

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