À la uneJeune Marine N°255

GNL et flotte stratégique, dépasser l’injonction pour créer un vecteur d’innovation

Par Hugo GUERIN

Alors que le statu quo sur la flotte stratégique continue à faire régner le doute sur la volonté d’un réel engagement en faveur du transport maritime français, un tel dispositif pourrait-il maintenir et développer une filière cohérente dans son sillage ? Le propos sera illustré par l’exemple du GNL mais pourrait être étendu à d’autres secteurs d’activités tant la France dispose d’atouts dans le domaine maritime au sens large. Le nouveau Ministère de la Mer affiche une volonté claire d’affirmation de la souveraineté française sur les enjeux maritimes et porte une vision forte, notamment auprès de L’OMI, d’une transition vers un transport maritime plus vertueux au sujet de la pollution atmosphérique générée par les navires.

Pourtant, pour prendre un exemple récent, l’Administration n’a pas émis d’objection publique lors de la vente de l’armement GAZOCEAN, unique exploitant de navires méthaniers sous pavillon français, détenu jusqu’à lors par Total, dont l’intégralité des actifs a été cédée au profit du japonais NYK (Nippon Yusen Kaisha) à l’automne 2020. Alors que le GNL est aujourd’hui un secteur en pleine expansion, d’intérêt stratégique notoire et reconnu comme une étape nécessaire dans la transition vers l’utilisation de combustibles plus propres, le fait que l’Etat ne sécurise pas ses capacités de transport sous pavillon français comme il le fait pour le pétrole interroge.

Bien au-delà de l’éventuelle possibilité de licenciements d’officiers français à moyen ou long terme, se pose ici la question du maintien de nos savoir-faire et de notre capacité à continuer à former du personnel capable d’opérer dans le segment hautement technique du transport de GNL, dès lors que l’unique exploitant français passe sous contrôle d’intérêts étrangers. Une législation favorable et la protection qu’elle inclurait pourrait pourtant favoriser le développement d’une filière complète de construction et d’exploitation de méthaniers en France.

Pont Global Energy © Hugo GUERIN
Pont Global Energy © Hugo GUERIN

Malheureusement, celle-ci n’est aujourd’hui incarnée que par le très dynamique GTT (Gaztransport & Technigaz), fabricant de membranes cryogéniques pour le transport de GNL,  qui rayonne par sa position dominante sur un marché en plein essor. Placé à l’avant-garde des technologies dans le transport des combustibles liquéfiés, GTT s’est récemment positionné sur le segment prometteur de l’hydrogène, avec le rachat de la société AREVA H2Gen, et s’inscrit parfaitement dans une dynamique portée par l’Etat et les collectivités dans les récents plans Hydrogène dotés de 7mds d’euros d’ici à 2030.

Comme le fait déjà CMA CGM, il y a fort à parier que pour répondre à l’urgence climatique et aux exigences de l’OMI, le transport maritime se tournera durablement vers les combustibles liquéfiés. Dès lors, la préservation de nos compétences est une priorité qui devrait être considérée par l’Etat et l’ensemble des acteurs de la filière, afin de garantir notre souveraineté sur les approvisionnements en énergie tout en préservant des emplois précieux et hautement qualifiés. L’outil de flotte stratégique semble toujours apparaître comme une excellente garantie sur ces points et l’inclusion de l’ensemble des entreprises de la filière par des dispositifs d’incitation permettrait la croissance d’un pôle maritime français dynamique, innovant et cohérent.

Enfin, un tel engagement induirait la nécessité de maintenir et développer des formations spécifiques. Il serait alors tout naturel que l’ENSM se positionne comme un acteur de premier plan, notamment dans la formation à la conduite des navires exploitant des Gaz Liquéfiés, Méthane aujourd’hui et Hydrogène demain. Gageons que portées par des politiques ambitieuses, de telles dynamiques puissent voir le jour dans tous nos secteurs d’activités et tracent une nouvelle route pour le maritime français.

Hugo GUERIN

 

 

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