BrexitInterviewJeune Marine N°257La revue

Brexit : qu’en est-il pour Brittany Ferries ?

Propos recueillis par Aymeric AVISSE

Nous ne pouvions pas parler du Brexit sans donner la parole à un des armements français les plus impactés à savoir Brittany Ferries. Nous avons eu l’occasion de pouvoir recueillir les propos de Karine INGOUF, Référente Brexit au sein de l’armement, et de Frédéric POUGET, C1NM promotion 1984, Directeur Pole Armement et Operations Maritimes et Portuaires. Voici leurs réponses :

 

Jeune Marine : Bonjour Karine, vous êtes responsable du site de Cherbourg et référente « Brexit » pour Brittany Ferries, alors que vous prépariez logistiquement le Brexit, c’est la crise sanitaire qui est venue bousculer toute votre organisation. Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce que change le Brexit pour les traversées transmanche ?

Ce qui change pour les traversées transmanche c’est la nécessité de faire des déclarations en douane pour les marchandises de et vers le Royaume-Uni, certaines marchandises en provenance du Royaume-Uni sont également soumises aux contrôles  vétérinaires ou phytosanitaires. Ces formalités nécessitent de l’anticipation pour les transporteurs routiers, ils ont dû s’organiser pour que les déclarations soient créées avant la présentation au port pour embarquement. On parle alors de formalités d’importation dans le sens Royaume-Uni vers la France et l’Espagne et formalités d’export dans le sens France ou Espagne vers le Royaume-Uni. C’est « une chaîne de communication qu’il a fallu mettre en place » entre les services de l’Etat, les déclarants en douane, Brittany Ferries en tant que transporteur et en tant que commis en douane, nos clients fret sans oublier les gestionnaires de port qui ont dû effectuer des modifications /travaux dans les ports pour répondre aux exigences Brexit.

Jeune Marine :  Ces procédures douanières n’étaient-elles pas déjà en place avant la disparition des frontières dans l’espace Schengen ?

Effectivement, ce processus de déclarations en douane des marchandises était en place avant la disparition des frontières, des transitaires étaient alors physiquement présents dans les ports pour gérer ces formalités. Aujourd’hui la présence physique des transitaires n’est plus nécessaire, les déclarations sont dématérialisées et le traitement est informatisé. Le retour de cette frontière ne doit être synonyme de longue attente dans les ports. C’est pourquoi la douane a développé « la frontière intelligente » aussi appelé SI BREXIT, Brittany Ferries a engagé un développement informatique afin que ces 2 systèmes communiquent.

Depuis le 1er janvier, à l’enregistrement côté Royaume-Uni nous scannons le MRN qui est le numéro de la déclaration en douane lié à une marchandise. Au départ du navire, le contenu de cette déclaration fait l’objet d’une analyse par les services de la douane et le résultat nous est transmis informatiquement, on parle alors de statut. Brittany Ferries prend connaissance de ces statuts 45 minutes avant l’arrivée du navire et les communique aux chauffeurs dans le cas de véhicules accompagnés. Il existe 3 statuts : vert, la marchandise peut quitter le port sans autre formalité, orange, formalités complémentaires nécessaires et orange SIVEP indique que la marchandise est soumise à contrôle sanitaire et validation par la douane avant de pouvoir quitter le port.

 Ce retour de frontière a été pour Brittany Ferries l’opportunité de créer dans nos ports français le service d’agent de liaison / commis en douane. En lien avec les RDE (représentants en douane enregistrés) les commis sont physiquement présents aux arrivées pour présenter les documents pouvant aller jusqu’à la marchandise en elle-même aux services concernés que sont la douane et les services vétérinaires. Nous sommes en mars  et force est de constater que les formalités liées au Brexit sont de mieux en mieux intégrées par tous les acteurs concernés, ce qui évite d’éventuels engorgements dans les ports.

Notre objectif étant la satisfaction client et une fluidité maximale.

 

Frédéric POUGET © DR

Jeune Marine :  Bonjour Frédéric, nous pouvons toujours constater que quatre de vos navires sont en attente d’exploitation au Havre et un cinquième à Caen alors que vos concurrents du détroit affrètent des navires supplémentaires : pouvez-vous nous expliquer la différence avec les ports de l’ouest ?

Les navires dont vous parlez sont  dédiés à des lignes qui, dans le contexte sanitaire actuel, sont en arrêt d’activité ; ils seront remis sur leurs lignes dès que nous aurons la visibilité sanitaire et commerciale suffisante.

Jeune Marine :  Vos concurrents du détroit se positionnent désormais sur l’Irlande, c’est une stratégie que vous aviez anticipée et développée, serait-ce l’arc-en-ciel dans cette grisaille ?

Nous avons effectivement ouvert des lignes sur l’Irlande de manière anticipée et nous sommes maintenant positionnés au départ de l’Irlande vers l’Espagne, Roscoff et Cherbourg : notre objectif était d’anticiper le Brexit. La situation sanitaire a certes complexifié le marché mais notre objectif s’inscrit sur le long terme et non pas en réaction de la crise sanitaire actuelle mais transitoire.

 

Jeune Marine : De ces nouvelles contraintes peuvent émerger des opportunités, voyez-vous l’orientation du trafic vers l’Irlande comme telle ? Les opportunités sont aussi d’ordre écologique avec de nouveaux bateaux et un récent intérêt pour le ferroutage, pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Irlande est un pays de 5 millions d’habitants, contre 65 pour l’Angleterre ; aussi nous pensons que le marché est maintenant relativement équilibré entre l’offre et la demande et les acteurs maritimes présents entre l’Irlande et le continent européen.

Le ferroutage s’inscrit dans un panel des solutions que nous souhaitons mettre à disposition de nos clients et dans une optique de complémentarité de nos liens maritimes avec l’Irlande et l’Angleterre.

Vous avez raison de parler également d’environnement en parlant du ferroutage mais nos investissements sur ce sujet sont aussi et toujours tournés vers le maritime puisque comme vous le savez nous allons réceptionner dans quelques mois nos 2 navires propulsés au GNL, les Salamanca et Santona qui s’inscrivent justement dans notre trajectoire de progression environnementale.  

Ces navires seront affectés aux lignes vers l’Espagne.

MV PONT AVEN au quai Bougainville © Aymeric AVISSE

Jeune Marine : De nombreux lecteurs ont navigué chez vous et sont attachés à votre armement mais sont actuellement prêtés ou en attente de rembarquer, avez-vous des perspectives de retour progressif à la normale à leur annoncer ?

Nous sommes comme tous les acteurs du tourisme en attente des décisions des différents gouvernements qui, manifestement, laissent entrevoir la sortie de crise dans les prochaines semaines.

Nous sommes donc prêts et ravis non seulement de retrouver nos clients mais également de pouvoir remettre nos navires en lignes et retrouver une activité suffisante pour nos marins et collaborateurs sédentaires.

Nous espérons seulement que les clients seront au rendez-vous !!

 

Propos recueillis par Aymeric AVISSE

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