À la uneJeune Marine N°258

Guerre de course et piraterie

Par Yves-Noël Massac

Pour la dernière conférence du cycle 2020-2021 des Mardis de la Mer, organisé par le Centre d’études de la Mer (CETMER) de l’ICP en partenariat avec l’Institut Français de la Mer, qui s’est tenue mardi 13 avril à 18h00 en distanciel, le programme a été chamboulé. Le Vice-amiral d’escadre Emmanuel de Oliveira, Président de la Société́ Nationale de Sauvetage en Mer devait intervenir sur le thème « Cap 2030 pour la SNSM » mais n’étant finalement pas disponible, c’est Patrick Villiers qui est venu nous parler de « Guerre de Course et Piraterie ».

Si la piraterie sur mer est presque aussi ancienne que les débuts de la navigation, les corsaires et la guerre de course connaissent leur apogée des années 1520 au traité de Paris de 1856. Les corsaires ne sont pas des pirates, leur action est strictement limitée au temps de guerre et leurs prises sont jugées par des tribunaux.

Comme d’habitude, après l’accueil par Christian Buchet, le directeur du Centre d’études de la mer de l’Institut catholique de Paris (ICP), c’est Eudes Riblier le président de l’IFM qui a présenté l’intervenant.

Patrick Villiers est professeur et spécialiste d’histoire maritime à l’époque moderne au sein de l’Institut Catholique de Paris, fondateur et directeur honoraire du Centre de recherches en histoire atlantique et littorale de Boulogne-sur-Mer, professeur émérite d’histoire moderne et contemporaine à l’Université du Littoral-Côte-d’Opale à Boulogne-sur-Mer. Membre du Groupement d’intérêt scientifique d’Histoire et Sciences de la Mer, il enseigne l’histoire de la mer à l’ICP. Ses ouvrages ont au moins à cinq reprises été récompensés par l’Académie de marine.

Patrick Villiers © Wiki – Domenjod

Pour commencer son exposé, Patrick Villiers a tenu à préciser certaines notions de vocabulaire.

1/  Corsaires et Pirates, définitions.

La piraterie naît vraisemblablement avec la naissance de la navigation. Au second millénaire avant notre ère, des peuples venus du Nord envahissent la Grèce et la mer Égée mais se heurtent à deux puissances solides : la Crète et l’Égypte qui, dans un premier temps, maintiennent leur souveraineté sur mer. Vers 1500 avant J-C, les Achéens s’emparent de la Crète. Profitant de l’instabilité, se développe une piraterie collective d’île en île, de peuple à peuple, qui se généralise à toute la Méditerranée. La guerre et la piraterie se confondent. À partir du moment où il y a eu des bateaux transportant une certaine richesse, la tentation était grande pour certains d’essayer d’intercepter cette richesse.

Il faut distinguer deux notions : la piraterie individuelle qui sort un peu du champ de cette intervention, et la piraterie collective. Sur mer, ne serait-elle pas l’embryon de futurs corsaires ou de futures marines ?

L’Encyclopédie Marine de 1787 définit ainsi le « pirate«  ou le « forban«  : le Forban, « c’est un voleur public sur la mer. Il attaque, prend quand il peut et pille toutes les nations, aussi est-il traité en justice comme un scélérat et un assassin ; parce qu’il ne peut guère prendre sans meurtre, pour peu qu’on se défende : c’est un vaisseau pirate » (Tome 2 page 396). Le Pirate, « ou Forban, c’est un voleur public sur les mers qui pille sur toutes les nations sans commission d’aucun état – Voir Forban » (Tome 3 page 92). Ainsi, le pirate est un individu, ou un groupe d’individus, qui attaque tout navire, y compris ceux de sa propre nation et sans autorisation, pour la seule recherche du profit.

De ce qui précède, on peut déduire qu’il pourrait y avoir des gens qui attaquent avec une commission. Ce document qui permet d’attaquer, ce sera la base du droit corsaire. Cependant, il existe une piraterie collective qui devient phénomène historique. Les Vikings sont vus comme des pirates par les chroniqueurs des monastères. Les Espagnols appelleront au XVIème siècle tout contestataire « piratas ». En fait, le « pirate », c’est l’ »autre ». Ils appelleront également les gueux de la mer hollandais « piratas » de même que les corsaires protestants de la Rochelle. En 1776, le parlement anglais vote un « Pirate Act » contre les corsaires insurgents qui se baptisent patriotes.

Paradoxalement, la Course et les Corsaires sont des notions juridiques bien définies mais ignorées du grand public. Dans son « Vocabulaire des termes de marine anglais et français » publié à Paris en l’An VI (1797), Daniel Lescalier définit parfaitement le Corsaire : « Bâtiment appartenant aux particuliers, équipé pour courir sur les vaisseaux marchands des ennemis de l’État et pourvu d’une commission du prince à cet effet. Les prises que les corsaires font sur les ennemis de l’État leurs sont allouées et le profit leur en revient en se conformant aux lois relatives aux prises ».

C’est une notion fondamentale, le Corsaire est encadré par le droit. Tous les actes du corsaire passent devant un tribunal qui relève de l’État. Le Corsaire est un particulier qui fait la guerre parce que l’État délègue son droit régalien de faire la guerre, à un particulier. Le Corsaire est lié à une faiblesse, une défaillance ou un choix volontaire de l’État. Ainsi, le Corsaire est un privé : navire comme équipage sont seulement autorisés à attaquer les navires ennemis en cas de guerre. La légitimité du Corsaire est définie par un pavillon de nationalité et par une commission en guerre ou lettre de marque. Le Corsaire ne se bat qu’en temps de guerre. Cette définition s’est imposée lentement et le même Lescallier d’écrire : « Il ne faut pas confondre corsaire avec forban ou pirate… Je ne sais pourquoi on trouve presque partout chez les auteurs qui ne sont pas instruits dans la Marine le mot corsaire défini comme synonyme de forbans ». Et Patrick Villiers d’ajouter : « et qui n’ont jamais ouvert un ouvrage de Droit ».

Le mot « corsaire » et le droit corsaire sont fondamentalement des éléments de droit européen, le corsaire ne pouvant exister que parce que l’ennemi en reconnaît l’existence. Les principes corsaires doivent être acceptés par les deux camps, ce qui suppose des définitions communes aux deux camps : navire, capitaine, armateur, droit de propriété, nature de la cargaison, statut de l’équipage, etc…

Pour résumer, le corsaire fait la guerre aux ennemis qu’on lui a désignés, tandis que les pirates, eux, font la guerre à tout le monde !

La première lettre de marque serait « française » et délivrée par Jean sans Terre à un certain Eustache de Boulogne dit « Le Moine » ou « Lemoyne »  en 1206. En 1373, une ordonnance de Charles V donne la première forme légale à la liquidation financière des prises.

L’investissement étant très cher, la guerre de course n’existe que parce qu’on a un espoir de profit et que l’on est en guerre.

Ce sont ces notions qui s’imposent à l’Europe entre 1400 et 1500. Si l’on compare les législations corsaires françaises, anglaises, espagnoles ou portugaises, on constate que les définitions sont identiques à peu de choses près. Il n’y a pas de droit corsaire français, espagnol ou…, c’est un droit européen, mais qui va être remis en cause en Europe par le traité de Tordesillas signé le 7 juin 1494 puis par les guerres de religion et par la lutte pour l’indépendance des Provinces-Unies.

 2/  Le XVIème siècle, premier siècle corsaire ?

Le traité de Tordesillas est un traité international établi le 7 juin 1494 à Tordesillas (Castille) dans la province espagnole de Valladolid sous l’égide du pape Alexandre VI. Il vise à partager le Nouveau Monde, considéré comme terra nullius, entre les deux puissances coloniales émergentes, l’Espagne et le Portugal. Il définit comme ligne de partage un méridien localisé à 370 lieues (1 770 km) à l’ouest des îles du Cap-Vert — méridien qui se situerait aujourd’hui à 46° 37′ Ouest. Conséquence considérable, le traité de Tordesillas place le Brésil, découvert peu de temps après par le Portugais Pedro Alvares Cabral, sous souveraineté portugaise ; il attribue le reste des Amériques à la Castille.

Les autres puissances maritimes européennes (France, Angleterre, Pays-Bas…) se voient refuser tout droit sur ces nouvelles terres et tout navire qui viole ce traité est considéré par définition comme pirate. Elles ne peuvent dans un premier temps que recourir à la piraterie et à la contrebande pour profiter des richesses du Nouveau Monde avant que, avec l’apparition du protestantisme, elles ne rejettent l’autorité pontificale.

Pour sa part, François Ier en sera plus tard irrité et il déclarera : « … le soleil luit pour moi comme pour les autres. Je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde » ou comme l’a indiqué Patrick Villiers « Il n’y a rien dans le testament d’Adam qui nous interdise d’aller dans l’Atlantique », ce qui revient au même. 

Sur ce principe, le sieur Ango et ses corsaires de Dieppe peuvent s’emparer des navires ibériques. Les Anglais vont suivre très rapidement. Jehan Ango, né en 1480 à Dieppe où il mourut en 1551, est un armateur normand. Cet humaniste, accusé plus tard par Calvin de faire partie de la secte des Libertins Illuministes, pratiquait tout à la fois le commerce régulier et, avec l’appui de Marguerite de Navarre, la sœur du roi François Ier dont il fut l’ami, la course contre les Espagnols et la piraterie contre les Portugais. En effet, ces derniers appliquaient avec férocité la bulle papale Inter Coetera interdisant à tout navire non espagnol ou non portugais de naviguer à plus de cent lieues des Açores.

En 1531, les Portugais estimèrent que les corsaires d’Ango leur avaient pris 300 navires (en 6/7 ans) d’une valeur d’un million de ducats. D’ailleurs, 10% des gains des prises d’Ango étaient reversés à François Ier. Henri VIII légitimera ses corsaires puis Élisabeth Ière fera de même avec Drake en contestant les droits des puissances ibériques.

Avec les guerres de religion, apparaît un nouveau concept : pour les Espagnols, tous les navires à équipage protestant sont « piratas ». D’où la riposte des autres puissances. En 1552, Gaspard de Coligny est nommé amiral de France, en fait de la Picardie, de la Normandie mais également de l’Aunis-Saintonge, ce qui lui donne le droit de délivrer des commissions corsaires en cas de guerre, à La Rochelle et aux grands ports protestants. En 1568, La Rochelle bascule du côté des Protestants en révolte. Jeanne d’Albret, reine de Navarre a pouvoir sur l’amirauté de Guyenne et délivre immédiatement des lettres de marque aux protestants français mais également aux Flamands baptisés les « gueux de mer ».

Pour rappel, une lettre de marque ou lettre de course ou lettre de commission est une lettre patente d’un souverain permettant à un capitaine et son équipage de rechercher, attaquer, saisir et détruire les navires ou les équipements d’une nation adverse dans les eaux territoriales internationales ou étrangères.

Le détenteur de cette autorisation est autorisé à « courir sus » aux ennemis de son pays en temps de guerre. Il doit remplir de nombreuses conditions pour bénéficier de ce statut de corsaire, notamment en ce qui concerne la déclaration des prises, et le fait de traiter les équipages et les passagers des navires comme des prisonniers de guerre. Les corsaires capturés sont considérés aussi comme prisonniers de guerre et non comme des pirates.

C’est à ce moment que commence la révolte des Provinces-Unies qui durera 80 ans de 1568 à 1648.

Pour rappel, Provinces-Unies est le nom usuel donné à la république des Sept Provbinces-Unies des Pays-Bas, formée par la sécession en 1581 des sept provinces septentrionales des Pays-Bas espagnols suite à la rébellion de ses habitants face au régime castillan de Philippe II d’Espagne. De 1581 (proclamation d’indépendance du 15 juillet) à 1795 (création de la République Batave), ces sept provinces sont réunies en un État fédéral dirigé par « Leurs Hautes Puissances Messeigneurs les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas« .

Les Espagnols les baptisent tous « piratas » et en cas de capture, les pendent ou leur font subir le « lavement des pieds à la Dunkerquoise » (attachés 2 par 2 et jetés à l’eau les pieds les premiers, ce qui réglait le problème des prisonniers) puis plus tard quand ils se rendront compte qu’ils ont une certaine valeur, les condamneront aux galères.

Au cours de cette période de 80 années, les Provinces-Unies finiront par éliminer la marine espagnole de la Mer du Nord, créeront en 1602 la Compagnie des Indes (VOC) et maîtriseront le commerce des épices, s’empareront du commerce des baleines et de celui de la Mer Baltique.

Le traité de Tordesillas est devenu caduc à la fin du siècle lorsque les autres puissances coloniales en Amérique (la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) se sont dotées d’une flotte navale assez puissante pour braver l’interdit hispano-portugais.

Puis intervient la Trêve de douze ans, la période de cessez-le-feu de 1609 à 1621 pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans, entre les Provinces-Unies qui contrôlent les États du Nord des Pays-Bas et l’Espagne qui contrôle les États du Sud. Les  En 1609, les Provinces-Unies sont devenues dans les faits la première puissance maritime d’Europe. Il finit par y avoir plus de marins espagnols prisonniers que de marins des Provinces-Unies prisonniers.

Les succès des « gueux de mer » obligent les Espagnols à les reconnaitre officieusement mais jusqu’en 1625-1630, dans chaque camp des équipages corsaires sont exécutés. Les Espagnols pratiquent à leur tour la guerre de course, principalement à partir de Dunkerque qui par ses succès peut être considérée en 1625-1630 comme la 1ère capitale corsaire.

Les pirates sont devenus des corsaires et les corsaires sont devenus la marine officielle.

Puis suit une première interruption pour faire place à des questions. Je retiens celle-ci :

Quels sont les moyens de contrôle par le prince ou l’État sur les prises des corsaires ?

Les travaux de Mollat du Jourdin ont montré qu’à la fin de chaque guerre, des cours se réunissaient où on passait en revue les prédations maritimes qui avaient eu lieu pendant la guerre et où on les légitimait ou non. Le corsaire passe donc sous l’autorité du juge. Puis les Amirautés nouvellement créées à cette époque, auront le pouvoir juridique de contrôler et ce sont elles qui rendront leurs verdicts.

Patrick Villiers précise aussi, comme le pavillon est le signe distinctif du corsaire par rapport au pirate, que le « pavillon pirate » n’apparaitra qu’à la fin du XVIIème siècle.

3/  Les Flibustiers

Les Flibustiers existaient dès la fin du XVIème siècle mais vont se développer au XVIIème siècle. Ce développement est lié à la guerre des Provinces-Unies contre l’Espagne.

Les Espagnols avaient conquis les Antilles pour y rechercher de l’or mais se sont rendu compte que dans l’espace caraïbe il n’y avait pratiquement pas d’or. Ils ont donc progressivement abandonné la plupart des îles, sauf Cuba, Porto-Rico et Saint-Domingue. Des communautés de « vagabonds de la mer » vont donc venir plus ou moins se fixer dans les îles abandonnées par les Espagnols et vivre en autosubsistance, des vaches et des taureaux ayant été laissés par les Espagnols. Il y a un gros développement de ces implantations à partir de 1609 avec la « trêve de 12 ans ». Les corsaires des Provinces-Unies se retrouvant sans emploi et ayant découvert cette région auparavant, sont tentés de s’y établir plutôt qu’en Europe. Ils seront nommés les « Boucaniers ». Dérivé du Caraïbe « boucan », le boucanier est à l’origine un chasseur d’animaux sauvages. Il traite la viande par un procédé de fumage appelé boucanage appris des Indiens Arawak, et fait du commerce avec les peaux. Les navires de passage sont intéressés par ces cuirs qui seront vendus pour pouvoir s’approvisionner en produits venant d’Europe. Ces communautés vont se développer jusqu’à ce que les Français et les Anglais trouvent que finalement ils avaient intérêt à favoriser leur développement. En France, ce sera Richelieu qui va tenter, avec les différentes compagnies qu’il crée, de mettre ne valeur les Antilles mais comme toujours  avec l’État, sans dépenser un sou. Richelieu va donc confier aux armateurs le droit de mettre en valeur ces territoires à condition d’aller investir. C’est finalement le tabac qui leur donnera la possibilité de développer le commerce en complément des cuirs. Il va aussi rapidement se développer un trafic d’hommes en provenance d’Europe, les « Engagés », qui veulent aller s’établir aux Antilles mais qui n’ont pas les moyens de payer leur voyage. Ils se vendent donc aux capitaines contre l’engagement de travailler aux Antilles. On les voit donc partir de La Rochelle, de Nantes, de Lorient, du Havre, de Dieppe ou d’ailleurs, munis de leur contrat. Les capitaines pour se dédommager du transport les vendent sur place moyennant l’engagement à travailler pour un boucanier pour une période donnée de plusieurs mois à quelques années (un maximum de 3 ans pour les Français).

Olivier Cromwell va reprendre ce principe en y ajoutant la notion de « Dissenters ». Les Dissidents anglais – en anglais : English Dissenters ou nonconformists – sont des Protestants anglais qui firent sécession de l’Église d’Angleterre. La notion sera étendue à tous les contestataires, qui seront envoyés en Amérique et aux Antilles.

L’échec de la Royal Navy à prendre Cuba et Saint-Domingue va la pousser à s’emparer de la Jamaïque, peu protégée par les Espagnols et qu’il faudra peupler avec les « Dissenters ». Mais avec des longs contrats de 9 à 12 ans auprès des planteurs locaux, il y aura beaucoup de déserteurs parmi les nombreux « engagés« .

Avec la guerre de Trente Ans (une série de conflits armés qui a déchiré l’Europe du 23 mai 1618 au 15 mai 1648),  Français, Anglais, Hollandais et Espagnols se battent aux Antilles et chacun va distribuer des lettres corsaires. Les pirates/flibustiers vont ainsi devenir Corsaires. Il y a donc explosion de la Flibuste dans les années 1640/1650.

Deux personnages vont se distinguer : Le français François Nau l’Olonois (pour en savoir plus) et l’anglais Henry Morgan (pour en savoir plus)

Les flibustiers vont se regrouper et monter des expéditions avec des petits bateaux de 30 à 50 tonneaux volés aux Espagnols et armés par 30 à 50 hommes, avec quelques canons. L’arme principale est le redoutable fusil flibustier qui sera très efficace. Ils vont s’emparer de villes espagnoles dans les îles et sur le continent. Souvent en nombres très inférieurs, les flibustiers tuent en premiers les officiers et maîtrisent ensuite facilement les troupes. Beaucoup de flibustiers étaient protestants. Ils s’attaquent aux catholiques espagnols et pour ce faire s’allient entre Français, Anglais et Hollandais.

Ces flibustiers avaient un code pour se partager les prises. Le pillage des Espagnols (esclaves, biens et équipements) a été très fructueux. Les équipements pris ont permis d’équiper les îles pour les transformer d’îles à tabac en îles à sucre.

Morgan, flibustier puis pirate, grâce à sa fortune, pourra acheter ses juges et se faire nommer gouverneur de la Jamaïque et devenir premier planteur local. Quant à Nau l’Olonois qui ne cherchait pas à s’embourgeoiser, après avoir fait naufrage en 1669 sur la côte de Darién, au Panama, il aurait été capturé puis haché, rôti et dévoré par des Indiens cannibales, mais des doutes persistent sur la véracité de ces faits.

Le pendant français de Morgan, Jean-Baptiste du Casse, aussi connu comme Jean du Casse, est un capitaine de marine marchande, corsaire puis officier de marine, administrateur colonial français et armateur de navire négrier. Durant sa carrière militaire il combattit les flottes des Provinces-Unies et de l’Angleterre. Tous les deux seront anoblis.

La noblesse des Antilles de la fin du XVIIème siècle est toute issue des corsaires, flibustiers voire pirates.

La source principale pour connaître les exploits des flibustiers est le livre d’Alexandre-Olivier Exquemelin (ou Oexmelin) Histoire des aventuriers flibustiers dont la récente édition (juin 2005) annotée par Patrick Villiers donne le texte original et des variants.

Histoire des aventuriers flibustiers – Presse de l’Université Laval

Histoire des aventuriers flibustiers – PU Paris-Sorbonne

4/  La course, une spécificité française ?

La course au XVIIème siècle commence par la course des Provinces-Unies, mais il y a une course qui va exploser et stupéfier tout le monde, c’est la course à partir de Dunkerque.

Dunkerque est le dernier port espagnol pour lutter contre les Hollandais (Provinces-Unies). C’était un port qui reposait sur la pêche au hareng or celle-ci va être monopolisée par les Hollandais. Les marins de Dunkerque vont donc se retrouver au chômage. Mais ils connaissent parfaitement les eaux de la Manche et de la Mer du Nord. Ils vont donc armer d’anciens bateaux de pêche. Les corsaires de Dunkerque vont faire ce que l’on va retrouver sous Louis XIV, c’est-à-dire que Dunkerque sans capitaux va par l’autofinancement créer une guerre de course. Le petit corsaire attaque un premier bateau puis un deuxième bateau, un troisième. L’armateur gagne de l’argent et va financer un bateau plus grand puis un bateau encore plus grand et ainsi de suite. On commence par des embarcations avec aucun canon et 15 hommes d’équipage et on se retrouve dans les années 1620/25 avec des corsaires qui ont un nouveau type de bateau, la Frégate. Les Espagnols vont venir à la rescousse avec un nouveau bateau qui est le Galion qui va être la riposte à la Flûte hollandaise.

Entre 1625 et 1637, on assiste à la capture de plus de 1500 navires par les Dunkerquois. Cela représente 150% de la flotte anglaise de 1615 ou 10% annuel de la flotte hollandaise qui est la première puissance commerciale du monde. C’est un record de prédation. Cela devient la course au service de la stratégie.

Un corsaire dunkerquois, Jacques Colaert, qui deviendra Amiral de Flandre pour le compte de Philippe IV d’Espagne a déclaré en 1628 : « Pour attaquer une puissance maritime comme celle de la Hollande, il faut l’attaquer dans ses formes d’exploitation maritime ». C’est-à-dire qu’il faut détruire sa flotte harenguière, sa flotte de baleiniers, sa flotte de la Compagnie des Indes. Donc il faut une alliance entre navires de guerre et armateurs. C’est ce que Vauban reprendra en 1697. Finalement lors de sa carrière, Jacques Colaert aurait pris 109 navires de commerce et 27 vaisseaux de guerre, ou encore 1500 pièces de canon. Il aurait été blessé 17 fois.

En 1648, c’est la reconnaissance de l’indépendance des Provinces-Unies. Peu de temps après, Cromwell arrive sur la scène au moment des guerres civiles anglaises (1642 à 1660) qui verront les Anglais décapiter leur roi Charles 1er Stuart en janvier 1649.

La première guerre anglo-hollandaise (1652-1654) est très intéressante sur le plan de la course. Les Anglais prennent de 1000 à 1500 navires hollandais contre à l’inverse 500 perdus par les Anglais. La guerre est conclue par le traité de Westminster.

L’entre-deux-guerres est marqué par des affrontements entre les colonies anglaises et néerlandaises et des attaques contre les navires marchands des deux pays. Ces attaques ont été, surtout du côté anglais, souvent financées par des particuliers ou même des entreprises. Par exemple, la Royal African Company a maintenu un escadron sous la direction du capitaine Robert Holmes, qui a pillé ou conquis plusieurs colonies hollandaises en Afrique occidentale.

En juin 1658, la ville de Dunkerque est reprise par la France et donnée aux Anglais. En octobre 1662, la ville est rachetée et devient française.

Durant la seconde guerre anglo-hollandaise (1665-1667), c’est l’inverse. Ce sont les Hollandais qui prennent 1000 à 1200 navires anglais alors que dans le même temps, les Anglais prennent 500 navires hollandais. La guerre de course est vraiment non négligeable et est un élément de la stratégie anglaise comme hollandaise.

Quand la guerre de Hollande éclate, en 1672, Louis XIV et Colbert se tournent vers Dunkerque en disant : « Vous étiez les rois de la course sous les Espagnols, maintenant devenez les rois de la course pour la France ». Mais Dunkerque n’a pas de capitaux et donc la première année il n’y a que 5 petits corsaires minables. Deux ans plus tard, ils sont une vingtaine de corsaires et à la fin en 1678, on découvre que Dunkerque s’est emparée de 400 navires dont 92 par Jean Bart, sur les 6 à 800 navires capturés par la France. Saint-Malo ne commencera à apparaître qu’à la fin de la guerre.

Pour rappel : La guerre de Hollande (1672-1678) oppose la France et ses alliés (Angleterre, Münster, Liège, Bavière, Suède) à la Quadruple-Alliance comprenant les Provinces-Unies, le Saint-Empire, le Brandebourg et la Monarchie espagnole. Triomphant de ses adversaires, la France, par le traité de Nimègue qui met fin à la guerre, confirme son rang de première puissance européenne en acquérant la Franche-Comté et de nombreuses places-fortes flamandes.

Le capitaine corsaire n’est reconduit que s’il fait des prises et l’armateur n’investit que parce que ses capitaines lui remettent des prises. En face de Dunkerque passent les commerces anglais et hollandais. C’est donc un lieu de grande prédation qui va faire la richesse de la ville. Le grand bouleversement deviendra visible.

Voici Dunkerque au temps des Espagnols :

On y voit de tout petits bateaux et un port ensablé. C’est ce même port que connaîtra Jean Bart au début de sa navigation à la fin des années 1660.

Vue de Dunkerque vers 1650-60. Le chenal est ensablé et limite la taille des navires à 80 tonneaux à marée haute. Il y a une vague fortification et la tour du Leughenaer qui existe toujours. On aperçoit aussi la cathédrale.

Le grand bouleversement est maintenant visible avec les digues, le chenal, les fortifications et l’accroissement de la taille de la ville. Dunkerque revue et corrigée par Vauban et Jean Bart. Louis XIV a plus dépensé à Dunkerque que pour toute la construction des bâtiments de Versailles. Un arsenal et des chantiers navals ont été construits.

On y base une escadre de guerre qui additionnera corsaires privés et escadre du roi et accomplira les exploits extraordinaires que nous connaissons, sous les ordres de Jean Bart, officier du roi. Les records de prédation se poursuivront même après la mort de Jean Bart.

Quelques chiffres pour fixer les idées :

Guerre de la Ligue d’Augsbourg (également appelée guerre de Neuf Ans, guerre de la Succession palatine ou guerre de la Grande Alliance, de 1688 à 1697) : On change de dimension ; il y a 1300 armements corsaires en France dont 500 à Dunkerque pour 3000 captures et 400 à Saint-Malo pour 1300 captures.

Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) : 2000 armements corsaires pour 7 à 8000 captures dont 700 armements à Dunkerque pour 3000 captures et 425 armements à Saint-Malo pour au moins 1000 captures. La création de la base navale de Dunkerque a fait exploser les résultats dunkerquois.

Les corsaires infligent des pertes colossales aux flottes marchandes anglo-hollandaises plaçant la France en position de faiblesse au cours de la guerre de succession d’Espagne, ce qui a permis aux Anglais de forcer diplomatiquement la main de Louis XIV lors de l’application du Traité d’Utrecht.

Les traités d’Utrecht (deux traités de paix signés en 1713 qui mirent fin à la guerre de Succession d’Espagne. Le premier fut signé à Utrecht le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, et le second fut signé dans la même ville le 13 juillet entre l’Espagne et la Grande-Bretagne). Dans la négociation pour la préparation des traités, les Anglo-Hollandais mettent comme condition qu’on leur donne Dunkerque. Finalement le traité d’Utrecht impose de combler le port et de raser les fortifications, (ce qui toutefois ne fut exécuté qu’en partie), ce qui allait entraîner pour un temps la disparition de tout trafic maritime d’importance à Dunkerque. Cela se retrouve sur les chiffres :

Guerre de Succession d’Autriche (1740-1748). Cette guerre oppose deux coalitions dont les principaux protagonistes sont : la Prusse, la Bavière et la France, d’une part ; l’Autriche, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Russie, d’autre part. Il n’y a plus que 200 armements corsaires à Dunkerque pour 7 à 800 captures sur 1800 pour toute la France.

Guerre de Sept ans (1756-1763). Cette guerre oppose la France alliée à l’Autriche et la Grande-Bretagne alliée à la Prusse. De nombreux autres pays européens participent cependant à cette guerre, notamment l’Empire russe aux côtés de l’Autriche et le royaume d’Espagne aux côtés de la France. C’est un conflit majeur de l’histoire européenne, le premier qui puisse être qualifié de « guerre mondiale« .. Il reste 125 armements corsaires à Dunkerque pour 800 captures sur un total de 500 armements français pour 3000 prises. A Saint-Malo, on compte 70 armements pour 200 prises et à Bayonne 128 armements pour 351 captures.

Guerre d’indépendance Américaine (17754-1783) : il y a 200 armements corsaires à Dunkerque pour 900 captures. A Saint-Malo on compte 176 prises et à Granville 170 captures, sur un total de 350 armements français pour 1500 captures.

Si l’on regarde ce qui se passe à la Révolution française et au Directoire, c’est Boulogne qui devient le premier port corsaire. Quand Dunkerque n’est pas soutenu par les investissements royaux, le phénomène corsaire y devient marginal.

Avec la guerre de course, on a deux notions :

La guerre de course comme « survie » avec un État en état de faiblesse. Par exemple pour la France, c’est le cas de la Guerre de Sept ans où les Anglais font le blocus des ports sur l’Atlantique. Il ne reste que Dunkerque et Saint-Malo pour maintenir l’activité. En valeurs, la guerre de course représente 1/3 d’année de commerce colonial. L’interruption des 7 ans de commerce colonial pendant la Guerre de Sept ans n’est compensée que par 6 mois de résultats corsaires. La guerre de course est un moyen de maintenir une activité dans quelques lieux mais en aucun cas elle ne remplace l’activité normale.

Ce qui maintient l’activité, ce sont les convois et les Français vont très bien le comprendre. Les convois, c’est la Marine royale. Les Français ont compris qu’il fallait investir dans la Marine royale. Ce sont donc après la guerre de Sept ans les grands armements de Choiseul (Chef du gouvernement de Louis XV de 1758 à 1770). C’est la reconstruction de la Marine qui fera la guerre d’indépendance sur la mer.

Sous la Révolution, le Directoire et l’Empire, entre la perte des officiers et l’absence de stratégie, la pauvre Marine se bat comme elle peut et du coup, on a recours de nouveau aux corsaires, avec des résultats.

Pendant la Révolution et le Directoire (de 1793 à 1801), on compte 5500 prises auxquelles il faut ajouter 800 à la Guadeloupe et 500 à l’Île de France (maintenant Île Maurice). La Guadeloupe n’arrive pas à recevoir des renforts de métropole. Elle crée donc son propre droit corsaire. Victor Hugues (administrateur colonial français qui gouverna la Guadeloupe de 1794 à 1798, puis la Guyane de 1799 à 1809) estimant que les Américains sont de faux neutres et des vrais pirates, ils sont capturés, ce qui assure la survie de l’île. Quant à l’Île de France, ce sont Surcouf et les autres qui sont à l’œuvre avec 122 armements corsaires qui assurent l’autonomie de l’île mais en même temps, l’Île de France devient un lieu que les pays neutres (Américains et un certain nombre d’autres pays comme les Danois et les Suédois) vont fréquenter en venant y acheter à bas prix les marchandises et navires de la Compagnie des Indes que les Français ont capturés.

Pendant l’Empire, 1542 lettres de marque, dont 259 en Méditerranée, ont été émises. De nouveau la guerre de course sert de moyen de survie pour la Guadeloupe et l’Île de France. Mais là, les Anglais ont décidé de changer de politique et donc, c’est la conquête de ces deux iles. Quand on finit en 1813, malgré 5300 captures françaises, on peut noter que 440 corsaires ont été pris avec 27000 marins, indépendamment des combats de la Marine de guerre. Les résultats corsaires de l’Empire ne sont pas négligeables mais ils sont devenus dérisoires face à une Marine anglaise qui est devenue la première du monde.

D’où le fait que le rôle de la guerre de course se pose en 1815. En 1856, c’est très légitimement que Français, Anglais et tous les Européens sauf les Espagnols disent que la guerre de course n’a plus de sens et que la guerre ne peut plus être aux mains des particuliers et donc, à l’occasion du Traité de Paris (du 30 mars 1856 qui met fin à la guerre de Crimée (18531856) et est entré en vigueur le 16 avril 1856), la France et le Royaume-Uni dans une déclaration sur le droit maritime y reconnaissent qu’elles n’opèreront plus la saisie de biens ennemis sur des bateaux neutres ou de biens neutres sur des bateaux ennemis. Les belligérants avaient également déclaré qu’ils ne délivreraient plus de lettre de marque (abolition théorique de la guerre de course). C’est donc la fin de la guerre de course comme guerre des particuliers.

Le rêve des Anglais était que l’on n’attaque plus le commerce. Sauf que la guerre de 1914-18 arrivera avec une nouvelle arme : le sous-marin. Et les Allemands vont décider de faire la guerre au commerce. La guerre sous-marine remet « dans la course » les civils qui se retrouvent donc menacés et l’on revient à l’organisation de convois pour protéger le commerce et les civils.

Suivent de nouveau quelques questions-réponses dont on peut retenir deux informations :

Y a-t-il un film de fiction qui retrace bien la guerre de course du phénomène corsaire ?

Patrick Villiers sans hésiter cite « Master and Commander ». Avec un bémol, l’histoire retracée n’est pas exacte car elle parle d’un Français au lieu d’un Américain et aurait dû se passer dans l’océan Indien et non dans le Pacifique, mais la réalisation est fantastique et très belle.

Combien d’hectares de forêt sont nécessaires pour la construction d’un bâtiment de guerre du XVII ou XVIIIème siècle ?

Il faut de 2000 à 4000 m3 de chêne pour construire la coque d’un vaisseau de plus de 50 canons soit de 200 à 400 chênes centenaires, arbres issus des forêts françaises. Par contre le bois des mâtures, des pins de Riga en particulier, est importé de Russie.

L’armement de course était-il un bon investissement ?

A Saint-Malo, 50% des armateurs corsaires étaient déficitaires, menaçant de ruine les investisseurs et à peine 20-25% étaient véritablement rentables. La course est une loterie sur le plan financier.

5/ Remise en ordre des confusions au sujet de la « Stratégie corsaire ».

En 1628, l’amiral dunkerquois Collart a dit que « quand on veut attaquer une puissance maritime, soit on l’attaque dans sa flotte de guerre, soit on l’attaque dans son commerce ». C’est lui qui a été le premier à théoriser sauf que si l’on a une Marine qui sait s’organiser et ce sera le cas des Français et des Anglais au XVIIIème siècle, on riposte à la guerre de course par l’organisation des convois. Si le navire du convoi peut valoir une somme colossale (par exemple, un bateau qui part de Bordeaux chargé de vin ou de farine pendant la guerre de Sept ans ou la guerre d’Indépendance, coûte 60/80 000 livres. Quand il revient chargé de sucre, de coton ou d’indigo, il peut valoir 400/600 000 livres), on comprend l’intérêt pour un corsaire anglais ou français de le capturer. Navire équipé d’une petite dizaine de canons avec un équipage de 50 hommes, un corsaire de 50/100 hommes avec quelques canons peut facilement s’en emparer de ce navire colonial.

On peut donc se poser la question de l’investissement. 50/100 hommes et 10 canons sont faciles à réunir sous Louis XIV. C’est plus compliqué sous Louis XV parce que les Français inventent le navire de 74 canons et que les Anglais ripostent. On passe de 70 à 80 puis 110 canons pour les navires de guerre. Aucun armateur corsaire ne peut se permettre un tel investissement. Le plus gros investissement corsaire, c’est une Frégate (du type Hermione coûtant 300 000 livres). La plupart du temps, l’investissement ne dépasse pas 100 000 livres. On a donc affaire à des navires légers fortement armés mais qui ne peuvent pas soutenir le feu d’un navire de guerre dont en plus le blindage de la coque peut faire 30/40 cm. Le navire corsaire se limitera donc à l’attaque des navires marchands. À partir de Jean Bart, la séparation est définitive entre navire corsaire et navire de guerre, le premier s’enfuyant devant le second.

À l’inverse, attaquer le commerce ennemi ne pourrait-il pas être le fait de la flotte de guerre ?

D’où la « Stratégie corsaire ». Elle va être le fait d’une flotte de guerre. Un bel exemple avec Tourville qui s’empare du convoi de Smyrne. La flotte de guerre française (30 vaisseaux) surprend la flotte d’escorte (de 13 vaisseaux) et la capture. La valeur du convoi correspond à 2 années de budget de la Marine de guerre française des années 1692/93.

Mais il n’est pas facile de renouveler l’expérience car il faut surprendre la flotte anglo-hollandaise. L’astuce deviendra donc de disperser les attaques françaises et ce seront les fameux « Armements mixtes ». C’est-à-dire que le Roi va prêter des navires de guerre de 40 à 50 canons qui vont faire des divisions de 2 à 4 vaisseaux (Cela deviendra la spécialité des Malouins) et on va attaquer le commerce sur toutes les mers. Les Malouins vont attaquer les baleiniers au Spitzberg, tels navires au milieu de l’Atlantique, etc… Cela fonctionne assez bien. De nouveau la tentation d’attaquer les richesses à terre revoit le jour avec en 1697, Carthagène des Indes et en 1710/11, Rio de Janeiro.

Sous Louis XV, l’accord Fleury-Walpole autolimite à 50 vaisseaux la flotte de guerre française, mais la flotte anglaise est de 120 vaisseaux ; donc à partir de Louis XV, le rapport de force est de 1 vaisseau français face à 2, 3 ou 4 vaisseaux anglais. Comment utiliser cette flotte de guerre ? La réponse de Maurepas c’est : « escorter les convois ». Si l’on escorte les convois français, alors on ne peut plus attaquer les convois anglais. Le résultat sera plutôt bon pour protéger les convois français. La flotte française sera anéantie pendant la guerre de Sept ans. Par contre, pendant la guerre d’indépendance de l’Amérique, la guerre de course est intéressante, passionnante. 1000 navires seront capturés par les corsaires français et 500 navires seront capturés par la flotte de guerre française. Pourquoi ? Parce que la flotte de guerre française escorte les convois français et en même temps, elle ratisse l’Atlantique et attaque partout et là, la France a réellement gagné la bataille de l’Atlantique avec l’aide de la Marine espagnole et l’aide marginale des corsaires américains. Mais paradoxe, les meilleures prises sont faites par les navires du Roi et il y a un déclin de la rentabilité de la guerre de course. Les armateurs se demandent quel est l’intérêt d’attaquer les navires ennemis puisque le Roi fait les meilleures prises.

On en arrive aux dernières années de Napoléon 1er où il encourage la capture des bateaux anglais sauf qu’avec la supériorité de la marine anglaise, on s’aperçoit que 2 prises françaises sur 3 sont reprises par les Anglais. Dans ces conditions, ne faudrait-il pas mieux détruire les navires anglais puisqu’on ne pourra pas les revendre et les armateurs posent la question : On les détruit mais vous nous indemnisez !

Finalement on parvient à la stratégie de la guerre de 1914-18 : si on veut détruire le commerce ennemi, il ne s’agit plus de capturer les navires mais de les couler. C’est ce que les armateurs corsaires écrivaient déjà en 1812.

La conférence se termine par une nouvelle rafale de questions.

Suite à la demande de chiffres sur les prises de courses en Méditerranée durant la guerre de succession d’Espagne, Patrick Villiers renvoie à son livre « Les Corsaires » publié par les Éditions Jean-Paul Gisserot pour le prix modique de 5 €.

Merci à Patrick Villiers pour cette conférence passionnante qui a attiré 232 personnes à son début avec une pointe à 347 en cours. Un franc succès malgré quelques lapsus ou inexactitudes. 

Yves-Noël Massac

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