Le nom de COUSTEAU reste gravé dans la mémoire de tous les adolescents du siècle dernier qui découvrirent la richesse des océans à bord de la Calypso. Son projet de sous-marin habité à grande autonomie, vecteur d’exploration à grandes profondeurs, est aujourd’hui oublié du grand public. L’Argyronète, projet inabouti, lèguera sa coque nue au sous-marin de travail « crache-plongeurs » repris par Henri-Germain DELAUZE, le fondateur de la COMEX, un navire qui prendra le nom de SAGA (Sous-marin d’Assistance à Grande Autonomie). Celui-ci est le plus grand sous-marin civil jamais conçu à ce jour : 28 mètres et 300 tonnes.
Jusqu’à l’avènement des ROV, les robots téléopérés capables d’intervenir en grandes profondeurs, la COMEX était un auxiliaire incontournable de l’industrie offshore. Ce leader de la plongée sous-marine était détenteur de nombreux records de profondeur et son nom résonnait comme une promesse pour les jeunes gens avides d’aventures aquatiques.
Le SAGA est donc remis en chantier en 1981 à Marseille, dans le quartier légendaire de l’Estaque. Lancé en 1987, il établira en 1990 un record de profondeur en permettant à quatre plongeurs de sortir de sa coque à une profondeur de 316 mètres.

Alors que le challenge HYDROCONTEST BY ENSM (Jeune Marine & ENSM) va mettre à l’honneur l’innovation maritime dans la même ville (28 – 30 avril), l’aventure du SAGA démontre que Marseille a de solides antécédents en la matière. Le sous-marin fut un condensé de technologies novatrices :
- Une coque en acier à haute limite élastique mais un carénage extérieur allégé grâce à l’utilisation de la fibre de verre incorporant de la mousse syntactique incompressible pour une meilleure flottabilité ;
- Un caisson plongeurs à saturation, adossé à un compartiment équipage à la pression atmosphérique ;
- Des moteurs Stirling à combustion externe pour la plongée sous-marine
- Leur énergie thermique est obtenue par la combustion de kérosène et d’oxygène pur puis transmise à l’hélium dont le cycle thermodynamique en circuit fermé provoque le mouvement des pistons,
- L’oxygène est stocké sous forme liquide ; ce gain de place permet de travailler en plongée jusqu’à 21 jours,
- Le gaz de combustion, sous pression, est expulsable.
- Des réservoirs de gaz (oxygène, gaz de plongée, air comprimé) à 400 bars constitués d’un corps en acier renforcé par un enroulement filamentaire en fibres de Kevlar et d’Époxy.
- Un pilotage et une supervision assistés par un automate programmable et deux centrales d’acquisition.
Si certaines de ces technologies sont aujourd’hui d’un usage courant, elles représentaient dans les années 80 d’audacieuses révolutions.
Le SAGA permettait d’embarquer 4 plongeurs et 6 membres d’équipage à des profondeurs de travail allant en théorie jusqu’à 450 mètres (immersion maximale 600 mètres). Il vint hélas trop tard : le marché offshore, en quête d’économie et de sécurité, se tournait déjà vers les robots. Après 29 plongées, le sous-marin jaune fut mis au sec en 1991.
Le SAGA aurait pu rejoindre le cimetière d’un album photos. C’était sans compter le souvenir de l’aventure humaine qu’ingénieurs et techniciens avaient vécue.
En 2012, quelques « compagnons » rouvrent un hangar et redécouvrent « leur » sous-marin échoué et presqu’oublié. Tout est encore en place ; pas un boulon ne manque. Ils créent en 2014 l’Association des Compagnons du SAGA et se consacrent à maintenir vivant et visible le témoin d’une épopée sous-marine et d’une époque où les hommes travaillaient sous l’eau.
Le photographe Philippe MURA, lui-même ancien plongeur à la COMEX, et son ami Olivier EMRAN, à l’initiative du projet et auteur des textes, ont consacré au SAGA et à ses compagnons un livre témoignage qui relate l’histoire de ce sous-marin civil et dresse le portrait de quelques-uns de ses protagonistes ayant rejoint l’association. Tous évoquent avec nostalgie une très belle aventure collective allant jusqu’à la complicité. Pour nombre d’entre eux, le SAGA, son pétillement technique et son ambiance, fut la plus belle expérience professionnelle.
Parmi eux, Alain BIACHE, second capitaine et chef mécanicien, sortit de l’ENMM en 1979 avant de rejoindre les sous-marins de la Marine nationale à l’issue de son service militaire.
Les Hydros ne sont jamais loin.
La nouvelle génération se retrouvera au Stade nautique Florence Arthaud du 28 au 30 avril pour relever le challenge de l’innovation maritime (HYDROCONTEST BY ENSM) et démontrer aux compagnons du SAGA que Marseille continue sur leur lancée.

Informations pratiques :
Association des Compagnons du Saga.
149, plage de l’Estaque – 13016 Marseille
Site internet : www.lescompagnonsdusaga.org
Pour commander le livre :
Les compagnons du Saga (30€) : https://www.saga-le-livre.fr/
(Très belles photos et de précieuses informations)
Visites du SAGA : uniquement sur rendez-vous.



