Fiche de lecture : Eaux assassines
Dans le monde interlope de la navigation de commerce, le meilleur côtoie le pire et les héros de l’ombre y croisent des escrocs sous des pavillons marginaux. La trame d’Eaux assassines reprend sous une forme romancée l’attaque suspecte d’un pétrolier au large d’Aden en 2011, attaque fomentée par des pirates, l’incendie qui s’ensuit et les machinations ourdies pour tromper les assurances. La baraterie est, certes, une pratique relativement courante mais celle-ci va être suivie d’assassinats.
Si le roman reste fidèle aux faits dans ses deux premières parties, les suivantes sont dues à ma volonté de ne pas laisser certains crimes impunis. Dans un pays failli comme le Yémen, la justice tribale prime sur la justice officielle. Victor Sandorf, un jeune C1NM qui a été victime de l’enchaînement criminel en perdant son pétrolier ravitailleur à Aden, va connaître le choc des cultures car « les scrupules hérités d’une culture chrétienne n’ont pas force de loi dans ce pays où le sang appelle le sang ».
Autoportrait de l’auteur
Mon romantisme adolescent a rêvé d’un destin de Capitaine au long cours, terme qui n’avait déjà plus court, et j’ai fini mécanicien, fasciné par cet univers wagnérien que rythmait le bruit sourd des pistons. La navigation était d’abord la promesse d’une autre vie. Promesse tenue. Bien sûr, il y avait la mer, ses humeurs et ses horizons, mais il y avait aussi le mouvement perpétuel, les estuaires mystérieux, l’odeur des ports exotiques et le superbe isolement : au large, j’avais quatre heures par jour pour écrire de longues lettres et pour lire, lire encore. Jamais je n’ai retrouvé une telle liberté.
Alors que l’appel familial se faisait plus pressant, j’ai aperçu un immense navire dont la passerelle culmine à 183 mètres au-dessus de la mer, avec une cheminée plus haute que celle de vapeurs mais dont il ne sort nulle escarbille. J’y ai proposé mes services de marin, et je suis ainsi resté vingt-deux ans à l’usine de retraitement de La Hague. Les radionucléides y remplacent le sel marin, l’iode y est radioactif et les bureaux surveillent l’horizon au large du Cotentin. Un navire fascinant !
De migration nucléaire en migration nucléaire vers l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon, etc…j’ai échoué sur un nouveau rivage et repris contact avec le monde maritime en installant cent-vingt moulins à vent en mer du Nord, au large de Bremerhaven.
Jean-Vincent DUJONCQUOY, rencontré aux 60 ans de Michel LE LUYER, m’a ouvert les colonnes de Jeune Marine. Une autre navigation commençait avec un équipage des plus amicaux. De chroniques en chroniques, je suis passé au feuilleton (Très seul maître à bord) et du feuilleton à l’édition d’ouvrage maritimes et à l’écriture de romans qui ne parlent que de… bateaux. Allez savoir pourquoi…
Le questionnaire de Jeune Marine
Jeune Marine : quel est le livre qui a le plus influencé ton écriture maritime ?
Eric BLANC : Édouard Peisson et Le sel de la mer car sa trilogie dramatique reste terriblement actuelle et pleine d’enseignements pour les futurs commandants.
Jeune Marine : quel est l’objet ou l’image qui t’accompagne quand tu écris ?
Eric BLANC : La carte du Monde politique de l’IGN, carte murale de grand format et en couleurs, qui permet d’embrasser tous les pays et les océans d’un coup d’œil et de descendre dans le détail des côtes.
Jeune Marine : quel est ton processus de création ?
Eric BLANC :
– L’idée générale, qu’il faut laisser cuire à petit feu. Sans thème central, il n’y a pas de récit.
– La documentation : tout savoir (ou presque) sur les lieux, l’époque, la politique et la culture des lieux et de l’époque. Il y aura toujours un spécialiste pour relever une incohérence…
– La trame, avec les principaux personnages et le séquencement de l’histoire. Travailler très tôt la chute du récit car conclure une histoire peut s’avérer délicat.
– L’écriture : les personnages et les faits prennent beaucoup de libertés par rapport à la trame. Les héros ont leur propre vie.
– Les multiples relectures pour polir les phrases, choisir le mot juste, traquer les répétitions. C’est un travail d’artisan.
Bibliographie :
o Eaux profondes (2025 – Prix Écume de mer 2026)
Retrouvez tous les ouvrages de l’auteur sur le site des Éditions Jeune Marine : https://jeunemarine.fr/jeune-marine/les-editions-jeune-marine/




