Editions Jeune MarineJeune Marine N°284

Editions Jeune Marine : Les auteurs et leurs livres

Portrait d'Edouard MIRABAUD

Fiche de lecture : Rapport de mer (2026)

Entré à l’École Nationale de la Marine Marchande en septembre 1965, Édouard Mirabaud fait partie de la première promotion des officiers polyvalents appelés à devenir Capitaine de 1ère classe de la Navigation Maritime. En juin 1966, il embarque à bord du Fort Caroline, de la Compagnie Générale Transatlantique. En 88 mois de bord, il connaîtra 15 bateaux de la Transat et visitera de nombreux pays dans les deux Amériques. Son témoignage, d’une rare fidélité, nous fait revivre une navigation professionnelle, colorée et joyeuse au rythme des coups de vent, des avaries, des anecdotes et des rencontres, à bord comme à terre.

Peu d’officiers pourraient aujourd’hui retracer avec une telle précision et une telle verve leurs multiples traversées, ces semaines passés en mer à surveiller l’horizon et à veiller sur le navire en espérant l’escale et ses distractions.

Les terriens découvriront cette vie singulière qui alliait discipline et gaité, exiguïté du navire et immensité des océans, et les marins pourront mesurer l’espace-temps nous séparant de cette navigation encore artisanale qui comptait en journées quand les cadences d’aujourd’hui se mesurent en minutes.

crédit photo : Edouard MIRABAUD

Autoportrait de l’auteur :

Né en 1946, j’ai passé mon enfance à Paris. Ayant assisté à une intervention des sapeurs-pompiers, j’ai annoncé ma vocation à mes parents. : j’allais être soldat du feu. Une visite familiale à bord d’un navire de guerre me fit découvrir des uniformes encore plus prestigieux : je serai donc marin ! Mon père m’expliqua qu’un marin devait être fort en maths, un argument qui décida de mon cursus scolaire.

En 1962, fin de la guerre d’Algérie, l’armée n’avait pas la cote chez les jeunes gens. Je passai donc le concours d’entrée à l’ENMM et connus l’an 0 de la polyvalence.

Les marins ont souvent deux vies : une jeunesse en mer puis des décennies d’homme mûr à terre. La seconde vie a d’autant plus de valeur que la première a été riche. Je n’ai pas fait exception. Pendant dix ans, j’ai été ce jeune officier, heureux de découvrir le monde depuis l’océan, impatient d’apprendre et de montrer ce dont j’étais capable, heureux de vivre dans cette communauté de bord, forte de caractère mais toujours solidaire, et goûtant sans réserve les escales encore authentiques et les rencontres qu’elles permettaient.

Dix années riches et formatrices qui m’ont donné confiance en moi et l’envie de faire des choses nouvelles dans un monde nouveau.

Puis, comme pour de nombreux confrères, le mariage m’a conduit à jeter l’ancre et à inventer une nouvelle carrière. Pendant toutes ces années, fort occupées à exploiter des scénarios d’avarie, que ni mes clients ni moi-même espérions connaître, et à monter de complexes contrats d’assurance pour de réalisations aussi vertigineuses que le Pont de Normandie ou ténébreuses que le tunnel sous la Manche, je n’ai pas ressenti l’envie d’évoquer mes années maritimes, même si leurs leçons et leurs valeurs nourrissaient mes approches professionnelles.

Mon attrait pour les voyages ne m’avait cependant pas quitté car missions et vacances étaient souvent l’occasion de larguer les amarres : Hawaï, le Japon, l’Amérique du Sud, et bien d’autres pays déjà connus en navigant. Je les découvrais maintenant depuis les airs, en bon terrien.

Je parlais de deux vies mais, l’âge venant, j’ai dû admettre qu’il y en avait une troisième : la retraite. Celle-ci a été l’occasion d’exhumer mes souvenirs de mer, et lorsque ma famille m’a incité à raconter mes voyages, j’ai pris le clavier pour ramener à la surface les multiples épisodes de ces années navigantes. Il me fut facile de retrouver ces souvenirs et de les faire revivre dans l’ordre chronologique.

Je suis content de léguer ce modeste témoignage d’une époque que je sais révolue, une époque où le temps savait s’accorder aux hommes.

Le questionnaire de Jeune Marine :

Jeune Marine : quel est le livre qui a le plus influencé ton écriture maritime ?

Edouard MIRABAUD : Il y en a plusieurs :

– Avant que la mémoire s’efface – Olivier de Kersauzon ; oui, chaque jour passé sur la mer, j’ai appris quelque chose.

– La tempête – Sébastien Jünger ; le récit du typhon en baie de Tokyo.

– Mémoires du large – Éric Tabarly ; pour sa maîtrise en toutes circonstances et l’importance apportée à ses équipiers.

– Embarquées – Isabelle Rosensweig ; « la mer m’apporte bien plus que des promesses de solitude ».

Jeune Marine : quel est l’objet ou l’image qui t’accompagne quand tu écris ?

Edouard MIRABAUD : Mon Livret Professionnel Maritime, sur lequel figurent toutes les dates de mes embarquements et les bateaux sur lesquels j’ai embarqué. À partir de ces dates, tous mes souvenirs sont revenus, ainsi que la plupart des noms des copains et des commandants, les noms et les visages de mes rencontres, ainsi que les lignes d’horizon surveillées pendant ces longues nuits.

Jeune Marine : quel est ton processus de création ?

Edouard MIRABAUD : Je crois n’avoir rien créé ; j’ai laissé ma mémoire me dicter les mots qui venaient avec mes souvenirs. Nous aurions sans doute pu en faire un roman mais j’ai trouvé plus crédible d’en faire un rapport de mer, sur 88 mois et deux jours.

Bibliographie :

Rapport de mer – août 2026

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