Jeune Marine N°284Ports

Terre en vue : le marketing des ports

par Alexandre LAVISSIERE

Depuis les quais, une lecture stratégique du maritime : ports, chaînes logistiques et rapports de force qui structurent le commerce mondial.

Le marketing des ports est une affaire commune.

Lorsque l’on évoque le marketing portuaire, on imagine volontiers une direction commerciale de l’autorité portuaire, des campagnes de promotion, des salons internationaux ou encore des rendez-vous avec les compagnies maritimes. Cette vision n’est pas fausse. Elle est simplement devenue incomplète.

Le marketing d’un port ne se résume plus à l’action de son autorité portuaire. Il est désormais le résultat d’une dynamique collective portée par l’ensemble de la communauté portuaire.

Pendant longtemps, le port était perçu comme une infrastructure. Son attractivité reposait essentiellement sur ses caractéristiques physiques : la profondeur de ses bassins, la longueur de ses quais, la qualité de ses accès maritimes ou la disponibilité de son foncier. Aujourd’hui, ces éléments demeurent indispensables, mais ils ne suffisent plus à faire la différence.

Lorsqu’un chargeur choisit un port plutôt qu’un autre, il ne choisit pas uniquement un quai. Il choisit une solution logistique complète. Derrière ce choix se trouvent des opérateurs de terminaux performants, des transporteurs routiers et ferroviaires efficaces, des logisticiens, des transitaires, des industriels, des services douaniers, des autorités de contrôle, des collectivités territoriales et bien d’autres acteurs encore. Chacun contribue, à sa manière, à la qualité du service rendu.

En réalité, le véritable « produit » vendu par un port est la capacité de cette communauté à fonctionner collectivement.

C’est pourquoi les chercheurs parlent aujourd’hui de communauté portuaire. Cette notion dépasse largement les limites administratives du port. Elle rassemble tous les acteurs qui participent, directement ou indirectement, à la création de valeur autour d’une place portuaire. Certains sont implantés sur le domaine portuaire, d’autres dans son hinterland, d’autres encore à plusieurs centaines de kilomètres. Tous contribuent pourtant à son attractivité.

Cette évolution change profondément la manière d’envisager le marketing portuaire. Une campagne de communication réussie ne compensera jamais un terminal saturé, une desserte ferroviaire insuffisante ou une mauvaise coordination entre les acteurs. À l’inverse, une innovation développée par un opérateur de terminal, un nouveau service ferroviaire, un industriel générateur de trafics ou une coopération exemplaire entre les membres de la communauté renforcent immédiatement l’image et l’attractivité du port.

Le marketing devient ainsi la somme de milliers d’interactions quotidiennes. Il ne se construit plus uniquement dans les bureaux d’une direction commerciale ; il se construit dans la qualité des relations entre les acteurs qui composent le port.

Dans cette partition collective, l’autorité portuaire conserve naturellement un rôle essentiel. Peut-être même un rôle plus important qu’auparavant. Mais sa mission évolue. Au-delà de l’aménagement et de la promotion, elle devient le chef d’orchestre de la communauté portuaire. Elle fédère les initiatives, favorise les coopérations, fait émerger une vision commune et crée les conditions permettant aux différents acteurs de développer ensemble une proposition de valeur cohérente.

Les ports les plus performants sont rarement ceux où un acteur domine tous les autres. Ce sont souvent ceux où les entreprises, les institutions et les collectivités parviennent à coopérer autour d’une ambition partagée. L’attractivité d’un port n’est plus la simple addition des performances individuelles ; elle est le résultat de leur capacité à agir en réseau.

Le succès de Rotterdam, Los Angeles, Dubaï ou plus simplement de Barcelone ne s’explique pas uniquement par leurs infrastructures. Il repose sur la capacité du port à fédérer armateurs, opérateurs de terminaux, industriels, logisticiens, douanes et zones franches autour d’une proposition de valeur cohérente. C’est cette communauté qui est devenue la véritable marque de ces ports.

Cette évolution est probablement l’un des changements les plus profonds qu’ait connus le secteur portuaire au cours des dernières décennies. Le marketing n’est plus celui d’une infrastructure, ni même celui d’une institution. Il devient celui d’une communauté.

Parce qu’au fond, dans le maritime comme ailleurs, le marketing n’est pas seulement une affaire de communication. C’est une affaire de communauté.

Alexandre LAVISSIERE

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