BrèvesJeune Marine N°258Reportage

Inconditionnalité du sauvetage en mer : François THOMAS, Président de SOS MEDITERRANEE, nous répond.

Propos recueillis par Aymeric AVISSE

Inconditionnalité du sauvetage en mer : principe fondamental de la culture des marins il est malheureusement devenu habituel de le rappeler au plus grand nombre….

François THOMAS, C1NM promo Le Havre 1974 et Président de SOS MEDITERRANEE depuis juin 2019, a répondu à nos questions et nous éclaire sur ses attentes pour le respect de ce principe…. inconditionnel…

 

©SOS Méditerranée David ORME

Jeune Marine : Une tribune[1] pour l’inconditionnalité du sauvetage en mer, signée par plus de 70 personnalités du monde maritime, a été publiée par Ouest France le 22 mai dernier, que vous inspire-t-elle ?

François THOMAS : La solidarité des gens de mer n’est pas un phénomène nouveau, elle a été forgée au cours des siècles par la valeur des marins face à l’immense partie bleue de notre planète et face à d’autres humains fragiles devant ces mers et océans. Tous les jours quelque part dans le monde cette solidarité est présente. Elle est médiatisée à juste titre lorsqu’il s’agit du magnifique sauvetage de Kevin Escoffier par Jean Le Cam. Dans cette tribune, ces plus de 70 personnalités du monde maritime rappellent l’inconditionnalité du sauvetage en mer et ce devoir universel, inscrit dans le droit maritime. Porter secours à toute personne en danger, que ce soit à terre ou en mer, est un devoir moral et légal.

© Flavio Gasperini_SOS MEDITERRANEE – DR

Jeune Marine : Les systèmes SAR de recherche et sauvetage fonctionnent ils en Méditerranée, zone où SOS MEDITERRANEE intervient ?

François THOMAS : Si l’on évoque les zones sous responsabilité des autorités espagnoles ou françaises cela fonctionne très bien. Les CROSS en France font un travail magnifique dans les zones qui leur sont affectées et toutes leurs opérations ne sont pas toujours médiatisées. En zone SAR libyenne là où SOS MEDITERRANEE intervient, cela ne fonctionne pas du tout, la coordination n’existe pas et les moyens de sauvetage sont très insuffisants. L’un des derniers exemples, qui date du 22 avril dernier, est terrifiant par son inhumanité. Ce jour-là 130 personnes ont perdu la vie dans les eaux internationales au large de la Libye. L’Ocean Viking, le navire ambulance de SOS MEDITERRANEE, qui était à 10 heures de route de la position indiquée dans le mayday relay transmis par un avion de Frontex, est arrivé trop tard, de même que trois navires de commerce qui ont répondu également à l’appel. Les équipages et les marins sauveteurs n’ont retrouvé que l’épave et des corps qui flottaient. Le JRCC libyen n’a pas coordonné les secours et les garde-côtes libyens ne sont pas intervenus. Une telle situation en Méditerranée centrale en 2021 est intolérable. C’est une tragédie européenne pour reprendre les mots de la Commissaire européenne Madame Johansson.

© Flavio Gasperini_SOS MEDITERRANEE – DR

Jeune Marine : Dans ce contexte dramatique, quels sont vos souhaits ?

François THOMAS : La solution urgente est de mettre en place une flotte de recherche et de sauvetage européenne pour mettre fin à ce drame : plus de 20 000 personnes ont perdu la vie en Méditerranée depuis 2014[2], sans bien sûr compter toutes les personnes qui ont disparu sans témoins.

Comme l’ont très bien exprimé Isabelle Autissier et Roland Jourdain, dans la tribune dont ils sont les auteurs, « L’humanité, embarquée sur le vaisseau Terre, est un seul équipage. », le mot fraternité affiché au fronton de nos mairies devrait être universel, il y a encore un long chemin à faire. Mais n’oublions pas toutes celles et tous ceux qui se mobilisent pour exprimer cette solidarité.

La criminalisation des ONG doit cesser. Dans la continuité du sauvetage, l’une des missions de SOS MEDITERRANEE est le témoignage, cette mission est essentielle afin de ne pas oublier toutes les personnes qui ont perdu la vie. Depuis le début de l’année, plus de 600 personnes sont décédées en Méditerranée centrale[3], cela n’inclut pas toutes celles et tous ceux qui ont disparu sans témoin. Cette mission de témoignage est aussi importante pour dire haut et fort la situation qui existe en Méditerranée centrale et contrer les fake news de ceux qui n’ont qu’un objectif, la désinformation, alors que nous opérons dans les eaux internationales dans le plus strict respect du droit et en toute transparence. Le cycle infernal des départs des côtes libyennes continue, que les navires de sauvetage soient présents ou pas, les personnes tentent de fuir à tout prix ce qu’elles appellent l’enfer libyen. Il est de notre devoir de leur porter secours, c’est le cœur de la mission de SOS MEDITERRANEE.

 

[1] Lien vers la tribune publiée par Ouest France : https://www.ouest-france.fr/monde/migrants/point-de-vue-l-appel-des-marins-solidaires-pour-l-inconditionnalite-du-sauvetage-en-mer-79f8b328-b99c-11eb-a0fd-a22b595c4b48
[2] Source OIM : https://www.iom.int/fr/news/le-nombre-de-deces-de-migrants-dans-la-mediterranee-passe-la-barre-des-20-000-suite-un-naufrage 
[3] Source OIM : https://missingmigrants.iom.int/region/mediterranean

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