Jeune Marine N°260Vie à bord

Officiers de la Marine Marchande, à la recherche du temps partiel…

Par Hugo GUERIN

Les derniers mois n’auront pas facilité le parcours des marins et de leurs familles. Entre embarquements rallongés, quarantaine et difficultés de relèves, la pénibilité du métier sous toutes ses formes s’est trouvée fortement accentuée. Les interrogations se sont alors faites plus nombreuses face à l’impératif de mieux concilier vie privée et vie professionnelle ou à défaut de ne pas sacrifier l‘une pour l’autre.

La pénurie de marins que connaît le monde est déjà l’objet d’inquiétudes et devrait tendre à s’accentuer selon les dernières prévisions de l’analyste britannique Drewry publiées dans la Manning Annual Review and Forecast 2021/22.

En France, les politiques publiques d’incitations fiscales mises en place par l’Etat favorisent la récente dynamique d’accroissement de notre flotte, notamment sous RIF (Registre International Français) qui s’accompagne d’une demande en officiers en forte hausse à laquelle le marché de l’emploi n’est pas en mesure de répondre convenablement.

Cette tension sur la disponibilité des officiers français vient s’ajouter aux contraintes du contexte sanitaire actuel et ne fait que déstabiliser davantage l’organisation des armements et par conséquent les existences des marins qui leur sont tributaires.

Conscient du phénomène d’érosion constante dans notre métier et peut-être plus encore compte tenu des difficultés actuelles, le Ministère de la Mer, dans le cadre d’une consultation publique menée du 18 mars au 18 avril 2021 parmi dix autres questions avait interrogé les Français sur le point suivant :

« Comment améliorer l’attractivité du métier de marin en France ? ».

Les résultats de cette consultation devaient être publiés en mai dernier mais restent introuvables. Par ailleurs, les apports du Fontenoy du Maritime, présentés aux Assises de l’Economie de la Mer de Nice en septembre 2021 ne font pas état de mesures de soutien particulières ou d’innovation visant à ralentir l’évaporation dans nos professions.

A en croire les récentes demandes formulées auprès de certains CSE par des représentants des personnels ou encore les apports du travail de mémoire de fin d’études à l’ENSM au sujet de la « féminisation de la marine marchande » porté par S. Casabianca et L. Caillaud et accompagné d’un sondage largement diffusé par Jeune Marine, le temps partiel pourrait pourtant être l’une d’elles.

Celui-ci semble de plus en plus demandé par les officiers français, femmes ou hommes, pour garantir un équilibre de vie sain et adapté à chacun en fonction de son rapport au métier à différentes périodes de sa carrière. Néanmoins la coutume n’est pas au temps partiel et la plupart des armements ne font ni la promotion ni ne facilitent la mise en place d’un tel dispositif.

Photo libre de droits Pixabay

Compte tenu des difficultés actuelles à recruter, la généralisation du temps partiel semble d’autant plus difficile à obtenir qu’elle accentuerait de surcroît la pression sur les armements en manque de ressources humaines.

Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce point, en interrogeant les officiers afin de connaître l’intérêt porté à ce dispositif et les bénéfices qu’il pourrait apporter en garantissant à chacun de pouvoir exercer son métier dans les meilleures conditions pour les marins et en se prémunissant ainsi de reconversions prématurées pour les armements.

Au-delà des entreprises, ce sujet pourrait intéresser les services publics notamment le Service de Santé des Gens de Mer qui peut désormais s’appuyer sur le tout récent CRAPEM Centre de Ressource d’Aide Psychologique en Mer ouvert à Saint-Nazaire en 2020. Ce dernier permettra un meilleur accompagnement des marins et pourrait également ouvrir la voie à des réflexions des professionnels.

Hugo GUERIN

 

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