CroisièreInterviewJeune Marine N°260

Rencontre avec Mathieu Tsingrilaras, second capitaine du Commandant Charcot

Par Mathieu BURNEL

« Le Commandant Charcot est sans conteste différent des autres navires d’expédition. Il signifie une nouvelle filière pour Ponant en terme de destinations, d’opérations ; pour la France même, puisque c’est le premier du genre sous notre pavillon. »

En passerelle, c’est le Second Capitaine qui accueille et montre aux visiteurs en détail l’exceptionnel équipement de navigation dont est doté Le Commandant Charcot.

Mathieu Tsingrilaras suit cet ambitieux projet depuis ses premières heures : « j’ai commencé à me concentrer sur le Charcot au printemps 2019. Pendant mes congés à terre j’ai mené quelques missions, sur notamment l’équipage et le plan d’urgence. En février 2020, j’ai rejoint la mission au chantier roumain. Côté navigants, l’équipe était encore toute petite : seulement le Chef Mécanicien et son second. Un business familial ! Le directeur des constructions neuves, Mathieu Petiteau, a lui-même navigué avec la majorité de l’équipage actuel. Je suis ravi de faire partie de cette équipe » conclut-il, « elle est d’une cohésion extraordinaire. »

En ce qui concerne l’équipage, le Second Capitaine relève une importante revue des effectifs techniques. « Naviguer à bord d’un navire comme Le Commandant Charcot est très exigeant pour les officiers de quart. » Ne serait-ce que par sa dimension novatrice : « il est équipé de nombreux équipements modernes et de technologies nouvelles que l’on n’a pas sur le reste de la flotte. Pour naviguer ici, on a dû passer de nombreuses formations spécifiques avec les concepteurs du matériel, avec les fabricants… et à bord du navire lui-même. »

À passerelle différente, organisation différente. « On sait qu’il faut complètement revoir les axes de travail de chacun. En passerelle, on est neuf maintenant : six lieutenants, un First Officer, un Second Capitaine et le Commandant. Une revue similaire a été menée en machine : ils sont un First Engineer, un mécano-hôtel, trois officiers de quart, un officier gaz… Ce dernier constitue un nouveau poste, en plus de quatre ouvriers machine supplémentaires. » En passerelle, Le Commandant Charcot sera ainsi le premier navire de Ponant dont le quart sera mené par deux officiers. « Quand on est dans la glace, il y a toujours en passerelle un officier junior et un senior. En plus du Commandant, toujours prêt à passer en passerelle si nécessaire » décrit-il. « Je sais que plusieurs compagnies de croisière ont déjà adopté cette politique, mais pas Ponant : d’ailleurs Le Commandant Charcot va être le seul navire dans ce cas. »

Commandant Charcot © Éric Houri

Le Second Capitaine de ce navire hors du commun a commencé avec Ponant en 2010 : après ses temps d’élève, il s’est concentré sur le pont. « J’ai progressé doucement, sans accroc. Voilà dix ans que je navigue ici maintenant… avec beaucoup de passion ! » Par ce parcours, il a vécu le développement polaire de la compagnie marseillaise. « J’ai surtout navigué dans les régions polaires, d’abord à bord du Diamant. Ce navire est un chapitre immanquable de l’histoire de la compagnie : c’est le tout premier avec lequel on est vraiment allés dans les régions polaires. Avec Le Levant, Ponant naviguait en Baie d’Hudson, dans le sud de la Mer de Baffin… mais on n’a jamais fait les croisières réalisées avec Le Diamant » analyse-t-il. « À partir de là, j’ai beaucoup navigué en Arctique et en Antarctique, à bord du Boréal et de ses sisterships. C’est sur ces navires que j’ai grandi : d’élève officier pont à lieutenant, puis officier sécurité, pilote glace… »

La passion : la clé pour Mathieu Tsingrilaras. « On le ressent très bien sur ce navire : travailler sur un navire d’expédition est dans le cœur de beaucoup d’officiers. On a un équipage passionné ; certains depuis leur plus jeune âge ! Pour Le Commandant Charcot en particulier, on a sélectionné une équipe solide, expérimentée, motivée. Cela procure un flux d’énergie à tous : en tant que manager, je le ressens et je l’utilise pour amener tout le monde à son paroxysme. Avec un projet comme celui-là, ce n’est pas trop difficile de motiver les troupes ! »

Mathieu Tsingrilaras décrit son navire comme dépassant le cadre des croisières. « Le Commandant Charcot constitue une plate-forme : en plus de la croisière, il peut servir de base pour d’importants travaux scientifiques, logistiques… voire pour les relations internationales. Lorsque l’on navigue en zone polaire, on est parfois en position de secourir du monde que personne ne peut aider. On peut aussi amener des équipements, coopérer avec des bases scientifiques, des centres de recherche – d’autant qu’on peut les héberger pour des opérations sur le terrain. Il s’agit de bien au-delà faire un tour dans la glace ! »

« Personnellement, je ne pense pas que trente-six navires brise-glaces de croisière vont être construits » explique le Second du nouveau navire. Le Commandant Charcot a été décrit par tous ses visiteurs comme une pièce unique… risquant de le rester longtemps. À sa livraison, plusieurs de ses caractéristiques ont surpris – voire choqué – le grand public. Puissance propulsive, classe glace, destinations qu’il peut atteindre… jusqu’au coût du projet : il ne s’agit plus seulement d’approcher les continents blancs à quelques milles.

« À mon avis, ce navire constitue une nouvelle ère pour la croisière d’expédition. On navigue sur de nouveaux itinéraires, via une nouvelle méthode de navigation… En tant que jeune officier, j’ai vraiment l’impression de marcher dans les pas des plus grands explorateurs du 20e siècle. »

« Tout le monde regarde Le Commandant Charcot comme un paquebot doté d’une coque brise-glace… mais c’est bien plus que cela. C’est une philosophie : il représente un équilibre entre une industrie raisonnée, les besoins de la science et le respect de l’environnement » décrit le Second Capitaine. « Le Commandant Charcot est sans conteste un ambassadeur des pôles : en permettant aux gens de découvrir ces régions, il diffuse permet de prendre conscience de leur beauté et de leur fragilité… et donc de l’importance de leur protection. Nos passagers ramènent ces idées à la maison et de fait la diffusent. »

Commandant Charcot © Eric HOURI

« Si j’ai une attache spéciale pour Le Commandant Charcot… Évidemment ! Comment prétendre le contraire !? J’ai complètement consacré vingt mois de ma vie professionnelle à ce navire : sur ses facteurs humains, son équipage… », nous rapporte Mathieu Tsingrilaras, des étoiles dans les yeux. « En tant que Second Capitaine, j’ai été impliqué dans toutes les grandes décisions concernant ce projet ; y compris plusieurs au-delà de mon travail. J’ai été ravi de pouvoir m’exprimer sur de nombreux sujets dans lesquels j’aurais pu ne pas être directement impliqué. Alors si je suis attaché à ce navire… non : je suis marié avec ! J’ai des souvenirs dans tous les coins, à tous les stades du projet, avec tous ceux qui y ont participé… c’est un morceau énorme de ma vie professionnelle. C’est bien plus qu’un enthousiasme et c’est une passion contagieuse, de l’équipe en charge elle-même jusqu’à la compagnie. »

Mathieu Tsingrilaras passera les prochains mois à bord du Commandant Charcot, pour toute cette première saison en Antarctique. « Sur un navire aussi novateur, il est évident que l’équipage des premières croisières doit être celui du chantier. L’exploitation d’un bateau aussi spécifique doit être comprise en profondeur. L’année prochaine ensuite, le plan est de passer deux tiers de mes embarquements à bord du Commandant Charcot comme Second Capitaine et un tiers à bord d’un autre navire de la flotte, en tant que Commandant. Sur le long terme, mon but est de passer de plus en plus de temps comme Commandant… jusqu’à la jonction : commander ce navire. Mon rêve à long terme. »

 

 

Afficher plus

Nos abonnés lisent aussi...

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page