InterviewJeune Marine N°255Nice

Interview d’André Gaillard

Président de l’Union Maritime 06

André GAILLARD, C1NM promo 1991, est actuellement Pilote à Nice et Président de l’Union Maritime 06. En cette qualité, André nous fait l’honneur de nous présenter la situation de sa station et de sa région à l’heure où la ville de Nice se prépare à recevoir le rendez-vous annuel des acteurs du maritime : les Assises de l’Economie de la Mer.

Jeune Marine : Bonjour Monsieur GAILLARD, vous êtes pilote dans la station de Nice et Président de l’Union Maritime des Alpes Maritimes pouvez-vous nous présenter le port de Nice aujourd’hui ?

André GAILLARD : Pour décider où aller, il faut d’abord savoir d’où l’on vient…
Le port de Nice a été créé au milieu du 18ème siècle. Comme de nombreux autres ports, il a évolué au fil du temps pour s’adapter aux besoins de la ville qui est en perpétuelle évolution. Cependant il n’y a pas eu de modification notable depuis 1912, ce qui en fait aujourd’hui un port désuet, inadapté aux trafics par sa taille, trop petite, mais aussi par sa localisation (au cœur de la vieille ville) trop éloignée du réseau ferroviaire, de l’aéroport international et de l’autoroute A8. Le port actuel est ainsi dans l’incapacité de suivre les 2 tendances lourdes de l’évolution du monde portuaire : accueillir des navires plus grands et moins polluants d’une part et gérer les échanges avec l’hinterland via des solutions multimodales d’autre part.

Jeune Marine : Que faut-il faire à votre avis ?

André GAILLARD : Le vrai enjeu c’est la desserte de notre territoire. Les 540 000 habitants de la métropole Nice Cote d’Azur génèrent naturellement d’importants besoins en transport de marchandises pour leur alimentation, leurs biens de consommation, leur carburant, leurs déchets, le tout accentué par le faible niveau de production locale. Ces marchandises sont principalement acheminées par la route, ce qui engendre des trafics routiers significatifs autour et dans la ville. A ce trafic citadin, s’ajoute le trafic transfrontalier qui s’explique par la situation géographique de notre territoire enclavé entre mer et montagne sur un corridor de transport majeur entre l’Italie et la France.

Ce constat nous impose de nous tourner vers des modes de transport alternatifs pour réduire la pression sur les réseaux routiers et les nuisances associées. En réponse à ces enjeux de santé publique et de qualité de vie, nous devons réinventer un modèle de transport multimodal efficient et durable des marchandises comme des personnes.

Nice a la chance d’être au bord de la mer et de pouvoir bénéficier du mode de transport le moins polluant (qui émet 10 fois moins de CO² que la route pour une même tonne transportée sur 1 km) grâce à la massification qu’il permet et à sa lenteur : le transport maritime. Ce mode évolue en continu avec des nouvelles technologies de propulsion réduisant encore son impact environnemental : gaz, voile et bientôt hydrogène.

Par ailleurs, rares sont les métropoles du 21ème siècle de plus de 500 000 habitants qui ne se sont pas dotées d’outils multimodaux au service de leur desserte, qu’ils soient portuaires, fluviaux ou ferroviaires.

Cimentier port de Nice © Vincent BACCELLI DR

Jeune Marine : Vous prônez donc la construction d’un nouvel outil portuaire de dernière génération au sein d’un pôle multimodal qui constituerait une solution à long terme pour le territoire et présenterait de multiples opportunités ?

André GAILLARD : La Métropole Nice Côte d’Azur conduit un plan ambitieux de modernisation de son schéma de transport de passagers s’appuyant sur des interfaces multimodales réunissant l’aérien, le routier, le ferroviaire, le tramway, le vélo et le bus. Le transport de marchandises, qui présente des enjeux tout aussi cruciaux pour le territoire, mériterait dès aujourd’hui d’être mutualisé avec ce dispositif, avant qu’il ne soit trop tard.

Une infrastructure portuaire connectée au pôle multimodal Nice Saint-Augustin-Aéroport donnerait à cette zone l’outil et la dimension nécessaires pour répondre efficacement aux problématiques de transports de fret et de passagers d’aujourd’hui et de demain. La prise de conscience générale écologique devrait à terme se traduire par des décisions politiques fortes soutenant considérablement les transports alternatifs.

Un hub multimodal permettrait une réorganisation écologique et innovante des flux de fret sur le territoire ainsi que le développement durable des activités économiques du territoire. Ce green port multimodal serait la référence portuaire du 21ème siècle, au service de l’attractivité et du rayonnement du territoire.
Des opportunités et des synergies seront à valoriser pour les partenaires tels que l’aéroport, les ports du GIE de façade, les agglomérations de proximité, l’éco vallée de la plaine du Var, les acteurs économiques du territoire, ainsi que pour les commerçants et acteurs du tourisme qui ont par ailleurs énormément souffert de la crise du Covid19.

Jeune Marine : Pouvez-vous nous présenter l’ « Union Maritime 06 » dont vous êtes Président ?

André GAILLARD : L’ « Union Maritime 06 » est une association loi de 1901 qui regroupe l’ensemble des professionnels exerçant leurs activités maritimes, nautiques et portuaires dans les Alpes-Maritimes : armateurs, agents maritimes, chantiers navals, shipchandlers, services portuaires, sûreté, services aux navires, transport, logistique, etc.

L’Union Maritime compte plus 50 membres répartis dans 20 filières professionnelles et 40 entreprises, et représente à ce stade plus de 600 emplois directs et 300 M€ de chiffre d’affaires réalisé sur le département des Alpes-Maritimes et de Monaco.
Son rôle principal consiste, grâce à l’expertise et à la diversité de ses membres, à contribuer au développement de l’économie maritime et notamment des capacités portuaires de la Côte d’Azur en lien avec la Métropole, la Chambre de Commerce et d’Industrie et les autorités compétentes.

A ce titre, l’Union Maritime élabore ses contributions au projet de nouveau port métropolitain pour apporter l’éclairage de ceux qui, au quotidien, font vivre les ports, investissent, créent des emplois, gèrent et développent les activités maritimes et logistiques, les flux de marchandises et de passagers.

Jeune Marine : Merci pour cette présentation, avez-vous des évènements et changements à nous annoncer dans votre actualité 2021 ?

André GAILLARD : Tout est en évolution, rien n’est durable disait Darwin. Je considère que le changement est toujours une bonne chose.

Le principal changement donc et non des moindres, c’est l’arrivée de Nicolas PLUMION à la direction de la station de pilotage de Nice Cannes Villefranche.

Nicolas a la même vision des choses que moi et il va apporter l’énergie nécessaire pour la poursuite de l’action.

Ensuite, nous espérons tous que les Assises de l’Economie de la Mer 2020 permettront de mettre en lumière notre place portuaire, ses faiblesses mais aussi et surtout ses atouts, et ainsi attirer l’attention de nos dirigeants sur le potentiel de notre littoral et sur l’urgence d’agir.

 

Aymeric AVISSE

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