InterviewJeune Marine N°256

Interview de Baptiste Perrin

Au fil de l’eau, entre élève sur les mers et matelot sur les fleuves

« Le fluvial pourrait être une reconversion intéressante pour des marins qui souhaiteraient continuer de naviguer, tout en gardant un rythme de vie plus proche de celui des terriens. Elle pourrait favoriser les relations familiales, ne serait-ce qu’en ayant accès aux moyens de communications en permanence, comme à terre.  Pour ma part et pour l’heure, je suis jeune, élève officier, heureux, et la mer m’attend ! »

Baptiste Perrin, jeune lieutenant pont, ne cache pas son enthousiasme sur ses prochaines navigations. Âgé de 24 ans, il a terminé avec succès la formation OCQPI l’été dernier et s’apprête à commencer ses temps d’élève.

Baptiste n’a pas débuté sa navigation comme élève en effet. « Au cours de ces années passées à l’ENSM, j’ai travaillé dans deux compagnies de croisières au fluvial. » Une décision aux raisons doubles : d’abord il s’agissait de financer les études. « Sans contrat professionnel, il ne m’a jamais semblé réaliste d’imaginer pouvoir me financer réellement durant toute ma scolarité, en étant considéré comme stagiaire avec la rémunération qui est associée à ce statut. » En classe préparatoire intégrée cependant, les élèves ne sont pas encore inscrits aux gens de mer : « Je ne pouvais donc pas embarquer sur des navires de commerce et me suis donc naturellement orienté vers le milieu fluvial. » Ainsi Baptiste a rapidement pu embarquer comme matelot d’eau douce, diront ceux à l’humour facile, ou marinier.

C’est une expérience qu’il décrit comme passionnante et très formatrice pour la suite.

« Pour ma part, c’était mon tout premier embarquement : j’avais beaucoup d’appréhension sur comment gérer la situation, aborder les gens, comprendre les relations de hiérarchie, établir des relations avec les différents membres d’équipage … Des questions que tous les jeunes navigants se posent un jour. Finalement tout s’est déroulé dans des supers conditions. » Un premier départ en bateau, en somme, avec tout ce que cela implique de questions et de surprises. « J’ai eu la chance de rencontrer des hommes et des femmes qui m’ont appris et transmis énormément, qui ont pris le temps de m’expliquer, de me montrer et de partager leurs expériences, leurs savoirs. »

Croisement de deux bateaux en Seine, entre Rouen et Paris

Comme tout embarquement, ces expériences ont eu des avantages et des inconvénients. Sur l’un d’eux en particulier, Baptiste a été marqué par un rythme assez phénoménal, bien au-delà de ce que MLC nous engage à respecter en mer. « Je n’ai pas compté mes heures, j’ai clairement manqué de sommeil, forcé physiquement bien au-delà de mes habitudes, mais je suis heureux d’être sorti de ma zone de confort et d’avoir repoussé mes limites. » On revient ainsi à la plaisanterie du fameux embarquement très formateur : « en tant qu’officier, cette expérience va aussi me permettre de jauger de la fatigue et de l’énergie des équipages et des efforts à déployer quand je demanderai la réalisation d’un travail. »

En revanche, le jeune matelot a été marqué par les tâches qu’il s’est vu confier. « J’ai été touché par la confiance que mes commandants m’ont accordée lorsqu’ils m’ont laissé la barre dans des situations délicates. » Entrée et sortie d’écluses, espaces resserrés, croisements dans des courbes, passages de ponts, effets de squat… En rivière à bord de navires de 110 mètres voire 135 mètres de long, les manœuvres demandent de la précision. « De telles situations obligent à prendre ses responsabilités, à contrôler ses émotions et à rester très rigoureux et concentré. Je suis très fier de les avoir réussies en autonomie, à présent j’ai confiance en mes capacités. »

De son point de vue, Baptiste ne voit pas d’incompatibilité entre eau de mer et eau douce. « J’étais matelot et donc pas souvent en passerelle, mais de ce que j’ai pu voir, je pense qu’il n’y a pas de si grand écart » analyse-t-il. « Il y a des différences dans la méthode : par exemple nous marins travaillons en milles nautiques, les mariniers utilisent les kilomètres ; on utilise le terme de « bout » ou d’« aussière » et eux de « cordes » (mais l’embarcation par exemple est amarrée de la même manière), on dit « un navire » et eux « un bateau ». Ce sont des différences de termes et de manière de naviguer bien plus que de gestion en soi du navire. »

Baptiste rappelle l’absence de lien entre les deux mondes.

« Il n’existe pas d’équivalence de nos brevets dans le fluvial – pour le moment du moins – ce qui signifie qu’il faudra comptabiliser des heures de navigation en tant que matelot avant de pouvoir prétendre à passer le brevet de Capitaine. Mais l’esprit des bords est là, bien présente, avec son lot de personnalités, de caractères forts, de quart à rallonge, de dangerosité et de besoin de cohésion pour mener le bateau. Ainsi une fois effectué une belle carrière en tant qu’Officier, je ne m’interdis pas, de pourquoi pas un jour, revenir naviguer dans le fluvial. »

Le paquebot Bizet en escale à Honfleur

 

 

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